Vesoul, nouveau symbole des luttes anti-lepénistes ?
Édito. Comme le présidentiable Éric Zemmour avant lui en 2022, la nouvelle coqueluche des sondages et médias semble devoir affronter la loi des séries en se confrontant à la rue. Après la farine déversée le 25 novembre à Vesoul, c’est un œuf qui a été éclaté sur le crâne de Jordan Bardella hier, dans le Tarn-et-Garonne. Pas d’adolescent, cette fois, mais un retraité qui entendait, lui aussi, signifier son hostilité au responsable du « Rassemblement National ». Certes, la tradition s’avère finalement bien française, tant les hommes et femmes politiques de tous bords ont été visé·e·s par de tels « assauts ». Mais, dans les rangs de l’extrême droite, l’inquiétude monte, le symbole étant ici particulièrement lourd, alors que les appels pour « terminer le gâteau » se multiplient.
Mardi dernier en Haute-Saône, l’évènement aura surpris tout le monde. Dans ces terres réputées acquises aux idées lepénistes, c’est un gamin du cru qui a brusquement brisé ce consensus socio-politique désormais presque intouchable. Un geste assumé, l’intéressé expliquant avoir ainsi voulu illustrer son opposition. Un lycéen qui revendique agir de la sorte en plein bastion, l’emblème était trop fort. Le forfait à peine accompli, le service d’ordre s’est ainsi immédiatement donné comme mission de réprimer le trouble-fête et d’interdire toute documentation de l’évènement. Ainsi que le rapporte « Libération », la presse a été empêchée d’exercer. Un contrôle des images toutefois voué à l’échec, puisqu’une vidéo explicite sortait quelques heures plus tard.
Une pièce qui a tourné dans l’établissement du contestataire, ce dernier parvenant à sortir tout un milieu d’une torpeur prolongée. Outre ses camarades, « CGT », « FSU » et « LFI » se sont en effet rapidement emparés de l’affaire. Tous épinglant, à travers des communiqués, la coercition, entre une garde-à-vue de 24h et la plainte des députés Antoine Villedieu et Émeric Salmon, jurant avoir été touchés par des ersatz de poudre, puis les réactions de la victime, brocardant un « manque d’éducation » et assénant que « Jean Moulin a(vait) fait mieux ». Un ultime lapsus troublant, qui le placerait donc en partisan du nazisme cible d’un acte de la Résistance… Dans la ville de Raymond et Lucie Aubrac, une incitation au sursaut contre un parti fondé par d’ex Waffen-SS ?
Illustration d’en-tête : (de gauche à droite) Antoine Villedieu (député de la première circonscription de Haute-Saône), Jordan Bardella (président du parti), Émeric Salmon (député de la deuxième circonscription de Haute-Saône) et Matthieu Bloch (député de la troisième circonscription du Doubs), lors de la « Sainte-Catherine » à Vesoul (Haute-Saône), quelques minutes avant l’enfarinage – photo témoin.
