À Pouilley-Français, la colère paysanne en état de siège
Au cœur de ce village situé à vingt kilomètres de Besançon, la crainte couvait depuis la fin de semaine dernière. « C’est une famille d’exploitant·e·s modeste et discrète, sur qui le couperet est tombé » nous relatait un proche dès vendredi. Nouvel emblème d’une crise agricole que nous suivions déjà en 2024, c’est dans une ferme de cette commune que le premier cas comtois avéré de dermatose nodulaire a frappé. Alors que les bêtes avaient été vaccinées depuis peu, les autorités ont livré une sentence radicale après un premier test : le cheptel doit être entièrement éliminé, préférez « opération de dépeuplement » dans la novlangue préfectorale. Un traitement annoncé pour ce mardi, non sans susciter de fortes tensions.
Immédiatement, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Les syndicats se sont emparés de l’affaire, « Coordination Rurale », « Jeunes Agriculteurs » et « Confédération Paysanne » en tête. Pendant que les appels plus larges au soutien et à la mobilisation se multipliaient, des « gilets jaunes » de la région à la députée « Rassemblement National » du Doubs Géraldine Grangier. Car, pour bien des voix, si le principe de précaution peut certes prévaloir, il ne doit pouvoir justifier de mesures systématiques et massives de cet ordre. « On a enchaîné les rendez-vous avec les pouvoirs publics, afin d’exposer des alternatives crédibles. Sans succès, la décision était ferme et définitive » regrette un opposant.
Dès le week-end, engins professionnels et troupes mobiles se sont donc positionnés dans l’optique de ce face-à-face explosif au petit matin. Mais, prévoyant un important contingent et des dépanneuses, les uniformes bouclent le bourg et investissent le site et ses abords. Malgré la fronde, casques et boucliers prendront ainsi largement le dessus. Emportant deux contestataires, interpellés pour leur résistance farouche. Alors que l’assaut se poursuit, l’amertume domine sur place. « On n’a rien contre les gendarmes, mais c’est du sale boulot qu’il nous font. On ne demande qu’à être écouté·e·s et associé·e·s pour gérer au mieux les choses, que cette catastrophe sanitaire ne se transforme pas en chaos social » tacle ainsi un herbager.
Mise à jour du mardi 2 décembre à 19h15. Alors que nous dressions les premières tensions relevées entre 06h00 et 10h00, la situation s’est détériorée jusqu’en début d’après-midi. Pendant que plusieurs recours étaient examinés devant le tribunal administratif de Besançon, trois à cinq-cents protestataires se dressaient contre près de deux-cent gendarmes surarmés. Déploiement de gaz lacrymogène, tirs de « lanceur de balle de défense » occasionnant un blessé, arrestations de deux nouveaux protagonistes… Un véritable théâtre de guerre, poursuivi jusqu’aux conclusions judiciaires à 14h15. La famille Lhomme, propriétaire, exigeant alors le retour au calme, à l’annonce que ses quatre-vingt trois bêtes étaient condamnées.
Illustration d’en-tête : Aperçu de l’opération policière, ce mardi matin.









