Pour la Révolution iranienne, un peu de solidarité et beaucoup de confusion

Un discours émouvant, dénonçant le régime des mollahs, les injustices du quotidien, les milliers de mort·e·s suite au soulèvement initié le 28 décembre dernier… C’est ce que nous retenons en premier lieu de la manifestation lancée ce samedi place du Huit-Septembre 1944, en solidarité de cette « révolution iranienne » qui fait flancher la dictature. Malgré le huis-clos le plus sanglant depuis 2022-2023, la contestation ne faiblit pas et enflamme désormais bien au-delà de la capitale et des grandes villes. Un espoir pour la diaspora comtoise, qui s’est associée avec la ville de Besançon pour un temps de recueillement. Mais, ces prises de parole, aussi équilibrées et touchantes soient-elles, ne peuvent masquer une réalité plus discutable.

Membres de la communauté, majorité « PS » – « EÉLV » – « PCF » dont la maire Anne Vignot, responsables du monde associatif, syndical et politique, mais aussi figures de droite à l’instar du sénateur Jacques Grosperrin ou du conseiller municipal Guillaume Bailly… Sur le papier, la communion avait donc tout pour réussir, abondée, en cela, par des discours poignants et cadrés, unanimes pour renverser la théocratie chiite instaurée en 1979. Mais, rapidement, le malaise est devenu palpable. D’abord, par la présence d’une représentante de « Némésis », un groupuscule identitaire, venue avec une pancarte « contre la charia en Iran comme en France » afin de s’incruster sur les clichés de presse. Une habitude visant à exister tant bien que mal, pour l’unique adhérente du secteur.

Aperçu de la mobilisation, place du Huit-Septembre 1944.


Mais l’initiative n’a pas manqué d’être saluée par quelques participant·e·s, drapé·e·s d’étendards explicites aux couleurs de la dynastie Pahlavi ou exposant « vive le Shah ». L’une n’hésitant pas à aller plus loin, évoquant ostensiblement « son attachement à CNews » qui la conforte dans la nécessité de « devoir nettoyer les quartiers » et qu’il faille « rétamer les gauchistes ». Une logorrhée loin d’être isolée, de portraits de Reza Pahlavi, brandis, à la sortie d’une affiche, stipulant « Make Iran Great Again », pour paraphraser la formule de Donald Trump. Selon un élu communiste, aucune surprise néanmoins : « Avec les contacts qui se sont noués autour de cette date, nous avons tout de suite compris que les ressortissant·e·s organisé·e·s s’inscrivaient largement dans cette mouvance ».

Avant qu’un second interlocuteur n’ajoute, tout aussi dépité : « Nous aurions toutefois pu imaginer qu’il s’agissait de ralliements par défaut ou des sympathies vagues, pas de militant·e·s aussi extrêmes ». Mais une activiste de « Lutte ouvrière », tout aussi intraitable pour s’élever face à « l’opium du peuple », ne se résigne pas, faisant le tour du site, munie d’un petit texte publié il y a trois jours dans son journal, afin de confronter ces partisan·e·s les plus acharné·e·s. « Sur Arak, 500 000 habitant·e·s, c’est un conseil ouvrier qui s’est constitué, proclamant sa volonté de bannir tous les tyrans. Alors oui, il faut aussi le dire, il n’y a pas que les adeptes de l’islamisme, de la monarchie, ou l’extrême droite, mais également bien d’autres voix qui portent et qui mériteraient d’être entendues » exhorte-t-elle.


Illustration d’en-tête : Devant le portrait d’opposant·e·s assassiné·e·s par le régime, deux manifestant·e·s se drapent d’étendards aux couleurs de la dynastie Pahlavi et exposant « vive le Shah ».