Chez les partisan·e·s de Fagaut, cachez ces SDF qu’on ne veut pas voir
Édito. Alors que la campagne électorale s’intensifie, boules puantes et dérapages verbaux se multiplient entre inconditionnel·le·s de Ludovic Fagaut et adeptes d’Anne Vignot. Mais, pour les premiers/premières, tout semble permis afin de cibler l’adversaire. La permanence de la prétendante à sa succession à peine inaugurée en pleine Grande-Rue, qu’une militante s’est « amusée » à traquer les sans-abris, mendiant·e·s et autres galérien·ne·s dont l’image pourrait ainsi dépareiller avec les locaux. « Le slogan ‘Besançon vivante, juste et humaine’ juste à côté, avec un SDF à deux pas de la permanence… On dirait presque une blague visuelle. C’est beau la communication : ça brille en vitrine, pendant que la réalité s’assoit juste devant la porte » tranche-t-elle publiquement, le tout accompagné d’un cliché de l’infortuné jeté dans la journée d’hier.
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Dans la lignée de son mentor ou d’une Rachida Dati, exhorter au retour de valeurs cardinales n’est donc pas incompatible avec l’exploitation de la misère à des fins boutiquières. La personne ne se résume déjà plus qu’en une matière « Instagramable » — ou ici, « Facebookable » — quitte à aller au bout de la logique en exposant allègrement son image sur les réseaux sociaux. Quant à l’idée d’obtenir un consentement préalable et éclairé, de garantir l’anonymat du concerné en floutant son visage par exemple, ou de poser quelques cadres sur le fait d’étaler ainsi une position de dénuement, qui interroge sa propre responsabilité sur cette intrusion dans la dignité d’autrui, on repassera. Ne comptent que le goût du clic, l’instinct de polémique, le besoin de salir tous azimuts. Ce que ne manqueront pas de dénoncer les sensibilités de gauche, effarées de relever cette obscénité.
Concernant le fond de l’affaire, les activistes de droite semblent enfin se découvrir une fibre sociale expurgée des rhétoriques du genre « prenez-les chez vous » ou un remake de « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Cela pour questionner sans ménagement l’inaction des pouvoirs publics, enfin de façon très choisie : « Madame la ‘maire écolo’ qui a réussi l’exploit de rendre la ville moins vivante que son slogan, moins juste que ses promesses et… comment dire… pour l’humanité, on repassera ». Exit, évidemment, les engagements d’Emmanuel Macron auquel « les Républicains » se sont depuis associés au gouvernement, les décisions désastreuses d’un vice-président du conseil départemental relatives à l’aide sociale à l’enfance ou la prise en charge des jeunes exilé·e·s, ou le programme d’un candidat précis qui escompte reléguer le centre Jeanne-Anthide…
Chez les aficionados de la liste « Ensemble Besançon Avance », la force de l’illustration est définitivement plus forte que le poids des réalités. L’autrice expliquant, en commentaire, que « apparemment, dans la ville écolo, ce genre de scène devant la permanence passe crème. La transition ‘verte’, c’est peut-être juste pour les affiches ». Pousser au nettoyage des rues avant d’imaginer une quelconque solidarité, les choses ont au moins le mérite d’être clair. « Vivement les prochaines élections afin de changer tout ça » poursuivra encore l’internaute, alimentée par les « likes » de son camp. Probablement que l’armement des agent·e·s municipaux pourrait concourir à cet objectif auprès des plus récalcitrant·e·s, avec, qui sait, les voix d’un « Rassemblement National », qu’un partenaire historique appelle à rallier, l’ensemble rêvant d’une cité façon Perpignan de Louis Alliot.
Illustration d’en-tête : Publication « Facebook » d’une militante pour Ludovic Fagaut, parue le samedi 17 janvier 2026 à 16h02 de façon publique. La personne sans-abri y figurant, visiblement malgré elle, dont le visage était aisément reconnaissable, a été floutée par nos soins – capture d’écran.
