La MDFE : proposer aux personnes sexisées un accompagnement inclusif et pluridisciplinaire

La Maison Des Femmes pour l’Égalité ouvrira ses portes le 2 mars prochain. Située au 2A rue Andrey à Besançon dans le quartier Saint-Claude, la structure a été développée dans l’objectif de réunir les associations et les ressources autour de l’accompagnement des femmes et des minorités de genre. Chloé, co-présidente de la MDFE et administratrice de Solidarité Femmes Besançon, et Marion, membre du directoire de la MDFE et chargée de mission à Solidarité Femmes, nous en disent plus sur ce projet.

Dans le sigle MDFE, le terme « Femmes » est à comprendre au sens de groupe social et désigne aussi bien les femmes cis que les minorités de genre : « la MDFE est destinée à toute personne sexisée ». Solidarité Femmes réaffirme sa volonté de se former quant à ces questions : « notre cœur de métier, c’est la question des violences de genre et des violences dans le cadre intime, notamment au sein du couple. Pour les spécificités relatives aux minorités de genre, on essaie de se former ». Si la question d’un possible partenariat avec des associations spécialisées dans la défense des droits des personnes trans et non-binaires n’a pas encore été travaillée, la MDFE y serait favorable : « on milite à leurs côtés, la porte est ouverte ».

La MDFE garantit également un accueil inconditionnel aux travailleur·euse·s du sexe (TDS), autre frange de la population particulièrement exposée aux violences : « on accompagne les victimes de violences dans le cadre de rapports de domination genrés et de violences systémiques, surtout dans le cadre intime, mais parfois ça peut aussi s’étendre aux conditions d’exercice d’un travail. Donc, pour un besoin d’écoute, c’est oui, il n’y a pas de sélection ». Bien que non spécialisée dans les problématiques liées au travail du sexe, la MDFE affirme sa volonté de proposer un espace d’accueil, d’écoute, de lien, de soin médical, psychologique et d’accompagnement juridique inclusif : « il y a tout un tas de questions qu’on est amené à se poser et sur lesquelles on est toujours en recherche d’informations et d’actualisation de nos compétences. Et le CIDFF de son côté est tout à fait en mesure de proposer un accompagnement juridique à toutes les femmes et minorités de genre, y compris les TDS sur les questions liées au droit de la famille, du travail, des personnes étrangères, violences intrafamiliales et VSS. Pour un besoin d’accompagnement qui dépasse le cadre de nos missions premières, nous pourrons toujours orienter vers des structures partenaires. »

On peut venir à la MDFE pour toute difficulté qu’on rencontre en tant que personne sexisée : violences, question juridique relative à ses droits (droit de garde, droit au séjour, par exemple), question administrative ou de santé. La MDFE propose aussi un soutien sur le plan juridique : « on peut accompagner sur place lors du dépôt de plainte, pour aider à ce que le récit ressorte de manière fluide », un aspect encore en cours de développement : « à terme, on aimerait que les femmes puissent venir déposer plainte dans nos locaux ». En plus de réduire la déperdition (personnes qui abandonnent à mi-parcours) proposer un suivi pluridisciplinaire a pour avantage d’éviter la répétition de récits douloureux : « si la personne le souhaite, on peut faire un débrief avec nos partenaires pour les mettre au courant de la situation ». Aux professionnel·le·s présent·e·s au sein de la structure (travailleur·euse·s sociales, psychologues pour femmes et enfants victimes de violences intrafamiliales, juristes, conseiller·e·s en insertion professionnelle) s’ajouteront des organisations partenaires qui viendront pour des permanences.

« La description du bâtiment décrit notre projet, c’est une association d’associations » : la MDFE comprend 1000 m² de locaux, occupés en partie par le CIDFF du Doubs et Solidarité Femmes Besançon : « nos deux structures vont continuer à fonctionner de la même manière qu’avant : pas de fusion, chacune garde ses compétences spécifiques ». En plus des bureaux, Solidarité Femmes dispose à son étage d’un espace d’accueil de jour : « un studio est mis à disposition des femmes qui viennent sans rendez-vous, en urgence ou pas, pour la journée, où elle pourront prendre une douche, se poser, venir avec leurs enfants… » ainsi que de deux ateliers enfants, dédiés à la question de la parentalité et à l’accompagnement pluridisciplinaire des enfants victimes de violences intrafamiliales. Au rez-de-chaussée, en plus de l’accueil de la MDFE doté d’espaces sécurisés et garantissant la confidentialité, se trouveront la banque alimentaire du CHRS de Solidarité Femmes, une friperie gratuite ainsi qu’un centre de documentation mutualisant les ressources de diverses associations. Au total, la MDFE comptera 27 salarié·e·s auxquel·le·s s’ajouteront une trentaine de bénévoles.

Le deuxième étage du bâtiment sera dédié aux permanences des associations souhaitant se joindre au projet. Un local aménagé en cabinet médical sera mis à disposition des professionnel·le·s de santé : « on a eu énormément de sollicitations de la part de sages-femmes, de médecins, d’infirmier·e·s, socio-esthétique, art thérapie ». Cet aspect là est encore en construction et la MDFE est ouverte à toute sollicitation. Pour l’instant, les seuls partenariats actés concernent le CICS (Centre d’Information et de Consultation sur le Sexualité), l’association FETE (Femmes Égalité Travail Emploi), le CHU de Besançon (maison des femmes Santé), avec lequel une convention a été signée, ainsi que le Mouvement du Nid qui viendra tenir des permanences.

Maison des Femmes pour l'Égalité

Initié en 2019 par le CIDFF et Solidarité Femmes, le projet reçoit très vite le soutien d’Anne Vignot qui l’inscrit dans son programme de 2020. La ville a, entre autres, acheté un bâtiment au CCAS pour en mettre une partie à disposition de la MDFE afin qu’elle y installe ses locaux. Question budget, le fonctionnement du CIDFF et de Solidarité Femmes est assuré a minima pour 2026 : « on n’a pas encore les subventions suffisantes pour nous permettre de proposer la qualité de service qu’on souhaiterait, mais c’est en négociation ». La MDFE est donc dépendante de la mairie en ce qui concerne le financement et l’utilisation des locaux. L’opposition actuelle n’a pas voté contre le projet MDFE, ni les subventions allouées : « oralement, en conseil municipal, il a toujours été dit que le fond du projet n’était pas remis en cause ». Cependant, dans l’hypothèse d’un changement de mairie en mars 2026 à l’issue des municipales, rien ne garantit la continuité des subventions, et le soutien proactif équivalent à celui dont la maire actuelle a fait preuve, très engagée vis-vis de la MDFE.

Contacter la MDFE

N’ayant pas encore de site web ni de page sur les réseaux, la MDFE est pour l’instant joignable via le CIDFF du Doubs et Solidarité Femmes Besançon.




Illustration d’en-tête : Aperçu des locaux de la MDFE – Crédit : Solidarité Femmes 25.