À Besançon, le projet d’un « centre LGBT+ » au cœur des enjeux électoraux de gauche

Alors que les élections municipales sont plus que jamais amorcées à Besançon, les principales figures sociales-démocrates ont introduit la suite de leurs programmes respectifs. Que ce soit Séverine Véziès pour « la France Insoumise » (LFI), ou Anne Vignot menant une « union de la gauche » (PS/PCF/EÉLV/div.), le constat est partagé quant à la volonté de créer un futur « centre LGBT+ » dans la capitale comtoise. Publiquement exposée ces derniers jours, leur vision n’est toutefois pas identique quant aux tenants et aboutissants exacts de ce projet… Lequel reste aussi et surtout d’abord astreint aux réalités et attentes du terrain, qui pourraient être parfois bien éloignées des promesses de campagne.


Une liste d’engagements forts pour Séverine Véziès
Lors d’un meeting organisé le 29 janvier au centre Nelson Mandela, la candidate « insoumise » Séverine Véziès a dédié sa parole à la lutte contre les discriminations au niveau communal. Après diverses interventions, comme celles d’Émé, militante pour les droits des personnes trans, ou de Nadège Abomangoli, députée de Seine-Saint-Denis, celle-ci évoquait plusieurs propositions : instauration d’un observatoire citoyen avec prérogatives et budget, expérimentation d’un récépissé de contrôle d’identité pour la police locale, abandon des pratiques scolaires « ségrégationnistes » touchant les « gens du voyage », valorisation du devoir de mémoire autour de la citadelle en y incluant antinazisme, antifascisme, décolonisation, migrations et utopies…

Mais aussi, donc, tout un volet prévu pour « promouvoir les droits et la dignité des personnes LGBTI et des travailleurs du sexe » (TDS). « En lien avec le centre de santé sexuelle qui existe déjà à Besançon, nous allons proposer la création d’une antenne spécialisée dans l’accueil des personnes LGBTI et des travailleurs et travailleuses du sexe. Nous soutiendrons également les structures d’échange et d’entraide sur ces questions, comme il en existe déjà rue des frères [Pierre et Jean] Mercier à Besançon [il s’agit de « Partage, Droit, Autonomie », ndlr] ». Si le regroupement LGBT+/TDS peut faire débat, il reste un horizon notable surtout en sachant la position des instances nationales et la ligne violemment abolitionniste assumée par la plupart de ses compagnon·ne·s.

Aperçu du meeting « Faire Mieux pour Besançon », avec la tête de liste Séverine Véziès en compagnie de la députée Nadège Abomangoli.


Chez Anne Vignot, un certain cafouillage
Réuni·e·s en conférence de presse ce samedi 31 janvier dans leur permanence, les protagonistes de la liste « Besançon Vivante, Juste et Humaine » déclinaient elleux aussi leurs moutures. Anne Vignot, maire depuis 2020 et première femme élue à la tête de la cité, introduisait le tout par son souhait d’une continuité consacrant toujours plus la ville comme une référence d’ouverture, de diversité et de progrès. Attribution de 90% des marchés publics à des structures locales, intensification de la végétalisation afin que chaque foyer bénéficie d’un espace vert à moins de 150 mètres de son domicile, renforcement de la démocratie participative via une enveloppe multipliée par quatre quant aux suggestions des habitant·e·s, en forment autant d’aspects.

Mais plus étonnamment, c’est, au sein d’une stricte planification « santé », que l’idée d’un « centre LGBTQIA+ » a été abordée par Marc Paulin, de la formation ruffiniste « Debout ! ». Au milieu d’un premier point sur « les maladies mentales » et d’un troisième à propos des « addictions », certes intéressants, celui-ci va ainsi présenter l’éventualité en réponse « aux personnes qui rencontrent des problèmes de genre ». Ticage sur les bancs de la presse et silence de ses acolytes, il se reprendra en indiquant « que ce n’est sans doute pas la bonne formulation ». Si l’intention de base était certainement louable, le lien sous-jacent est assez catastrophique ; soulignant, qu’en France, la « dysphorie de genre », par exemple, n’est plus considérée comme une « pathologie » depuis 2009.

 

Aperçu de la conférence « Besançon Vivante, Juste et Humaine », avec – de gauche à droite – Anthony Poulin (« les Écologistes »), Marc Paulin (« Debout ! »), la tête de liste Anne Vignot (« les Écologistes »), Jean-Sébastien Leuba (« Parti socialiste »), Jérémy Jeanvoine (« Génération·s ») et Hasni Alem (« Parti communiste français »).


Un projet déjà porté par ailleurs…
Concernant les travailleuses et travailleurs du sexe, cependant, rien n’a semble-t-il été envisagé de ce côté-là du spectre. Il faut dire que la politique jusqu’ici menée par la municipalité s’est beaucoup attachée à soutenir la présence du « mouvement le Nid », une association prohibitionniste très controversée et pourtant partie-prenante de la « maison des femmes ». Interrogée tant sur cette entente que pour la reconnaissance de recommandations parfois qualifiées de « stigmatisantes et répressives » qui en découle, Anne Vignot s’est globalement engagée à ce que les espaces inaugurés soient justement des sites « qui permettent le dialogue et la construction, en tenant compte la diversité des parcours et des demandes, dans le respect de chacun·e·s ».

Il demeure encore une donnée primordiale, l’avis des concerné·e·s. Car depuis déjà quelques mois, activistes et organisations LGBT+ du secteur envisagent l’élaboration d’un « centre ». Une entreprise toujours en pleine réflexion, alors que Dijon vient tout juste de se lancer. Si nos contacts confirment en avoir parlé au débotté avec Séverine Véziès, aucun ne se souvient d’une quelconque correspondance avec un·e membre de la majorité actuelle. « Pour l’instant, il est trop tôt pour vous donner des éléments. Ce qui est sûr, c’est que les choses ne se feront pas sans l’ensemble de nos voix. On prendra avec plaisir les appuis officiels, mais aucun·e prétendant·e à la mairie ne doit perdre de vue que ce projet est le nôtre bien avant d’être un hochet électoral » nous expose-t-on.


Illustration d’en-tête : Aperçu de la marche des fiertés, en 2024 à Besançon.