« Drôlement bien », premier festival d’humour en France
Lancé à partir de 2023 sur Besançon par la société « NG production », le festival « Drôlement bien » s’est très rapidement imposé comme la principale référence du genre en France. La dernière édition, qui s’est tenue du 22 au 25 janvier 2026, a encore fait le plein, attirant quelque 20 000 spectateurs et spectatrices dans la capitale comtoise. Avec, en 2027, une extension déjà prévue à Lyon, pour à terme déborder, qui sait, sur le reste de la France. Au-delà des affichages politiciens mutuellement opportunistes et des « partenariats » auprès d’une presse dont les louanges n’ont plus d’égal que le niveau d’arrosage, il faut en effet reconnaître un succès artistique, commercial et populaire. Mais, surtout, un vent de fraîcheur, qui était visiblement attendu par le public.
Comme Laurent Ruquier à son époque, Hamid Asseila serait-il en train de relancer une scène qui pouvait sentir le formol ? Entre une organisation rodée et une offre loin d’être saturée, il y avait matière à œuvrer. Mais sans doute que la réussite ne s’explique pas seulement par un savoir-faire reconnu et un contexte favorable, loin de là. À notre sens, la réponse se trouve d’abord dans la programmation, qui déborde systématiquement de talents confirmés et en devenir. Laquelle était facilement complète, preuve d’un intérêt concret même dans une moyenne ville de province. Renouvellement, diversité, audace, tels pourraient être les qualificatifs retenus pour résumer ce parterre d’artistes, de la fulgurante Morgane Cadignan à l’incontournable Wally Dia.
Sans casser la magie d’une soirée qui relève d’une occulte alchimie et du goût de chacun·e, c’est donc bien la sociologie et le fond que nous tenions à souligner. Car si le monde du stand-up est parvenu à gagner ses lettres de noblesse tout en devenant le refuge d’une pluralité encore trop limitée dans d’autres milieux, les représentations qui arrivent à concentrer autant de profils racisés, féminins, prolétaires, mais ô combien compétents, ne sont finalement pas si courantes. Une vitalité de parcours dont le pendant est celui du propos parfois engagé, reflets de ces scènes de vie jusqu’alors assez absentes des grandes fresques érigées en patrimoine commun. Un cachet, une âme – dont les tôliers n’ont peut-être même pas toujours conscience – qu’on espère retrouver.
Illustration d’en-tête : Hamid Asseila et son équipe, en 2023 – capture d’écran « Instagram ».
