Besançon, capitale de l’antifascisme ?

Invitée à s’exprimer sur le site d’extrême droite « Frontières » le 27 janvier dernier, la porte-parole comtoise du groupuscule identitaire « Némésis » dressait le portrait d’une ville peu réceptive aux saillies racistes, islamophobes et anti-féministes. « Plusieurs bars m’ont bannie à Besançon » brodait ainsi l’intéressée, s’inscrivant dans une compilation sur la « censure » réalisée par une animatrice aux proximités sulfureuses. Mais, loin d’émouvoir le grand public, ses complaintes se verront, au contraire, massivement raillées sur les réseaux sociaux, d’abord et surtout par les habitant·e·s, enthousiastes que leur cité confirme ainsi l’héritage de Victor Hugo. Un renversement si désastreux pour le petit plan com’ initié, que la formation n’aura d’autres choix que de contre-balancer le naufrage par l’annonce d’une plainte pour « refus de vente ».

D’un flot ininterrompu d’anonymes aux commentaires de personnalités comme le député « insoumis » Thomas Portes, le coup fut rude pour les « fémonationalistes ». Jusqu’à promettre des suites judiciaires par Alice Kerviel, brandissant l’article 225-2 du code pénal. Une menace de recourir aux tribunaux, face à des tenanciers/tenancières pas toujours serein·e·s quant à leurs droits. Mais ce qu’oublient les plaignantes, c’est que l’appréciation d’un texte est également régi par la jurisprudence associée… Ainsi que le rappellent les références en la matière, d’une note de la « DGCCRF » à certains débats sénatoriaux. Risques de troubles au sein de l’établissement, atteintes à la sécurité du personnel, de la clientèle ou des tiers, comportement problématique, agressif ou de « mauvaise foi », pouvant être considérés comme « motifs légitimes ».

Entre la volonté de perturber la tranquillité publique par des propos violents, l’instauration d’un harcèlement envers quiconque incarnerait une opposition à ces idées, la proximité avec des franges parfois néonazies, jusqu’aux tapages précédents et enregistrements-pirates, ou, dernier exemple en date, l’occupation d’une terrasse par des protagonistes « déguisées » avec un hidjab et multipliant les captations contre le consentement d’autrui, la crainte de dérapages semble loin d’être excessive. A fortiori dans un contexte local où les estaminets ont dû gérer les multiples exactions de cette mouvance, ainsi que l’exposent divers articles publiés en 2016, 2019, 2020, 2022, 2026… Bien des patron·ne·s estimant donc que leur fin de non-recevoir relève ici du bon sens, beaucoup de celleux interrogé·e·s étant même prêt·e·s à le défendre à la barre s’il le fallait.


Illustration d’en-tête : dessin de Peha.