La « gauche de rupture » en ordre de bataille
Grand kursaal, ce lundi 23 février. Entre l’offensive d’une large part de la classe politico-médiatique, enivrée par la mort de Quentin Deranque, et une présence policière particulièrement forte aux abords du site face aux menaces de l’extrême droite, les « Insoumis·e·s » comptent plus de mille participant·e·s dans la salle, effectivement pleine à craquer. Beaucoup de jeunes, d’habitant·e·s de quartiers, de citoyen·ne·s dépolitisé·e·s, qui, au-delà des têtes d’affiche, en les députées Clémence Guetté et Mathilde Panot, entendent retrouver et affirmer un « idéal de gauche ». Lançant la soirée sous le célèbre slogan « siamo tutti antifascisti », les intervenant·e·s manifestent ainsi leur volonté de ne rien lâcher aux adversaires de tous bords.
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« Nous défendons d’abord un programme »
Un horizon qui s’inscrit pleinement dans la ligne tracée à Besançon, sous l’égide de Séverine Véziès. Alors qu’une alliance avec « l’union » menée par Anne Vignot n’a pu se nouer faute d’accord, la militante n’en semble que plus affirmée. Car, comme elle l’a déjà expliqué, « loin de chercher des places, nous défendons d’abord un programme. On est prêt·e·s à faire des concessions, mais pas au point de brader nos principes. Nous n’avons jamais exclu de construire une liste commune, encore faut-il pouvoir se retrouver sur des bases claires pour les appliquer ». Fustigeant l’espace important accordé à un « Parti Socialiste » devenu embarrassant par ses crises internes, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ne cache pas miser sur les abstentionnistes pour tirer son épingle du jeu.
Au sein du public comme dans le noyau dur, les doutes sont pourtant bien présents. Si la perspective d’un second tour semble presque acquise, la réalité d’une déroute collective finale apparaît tout aussi palpable. « Avoir des élu·e·s vraiment déterminé·e·s à la Mairie, ça serait un plus. Mais à quel prix ? Pour l’instant, on peut se permettre de soutenir ses convictions. Je le ferai, sans hésiter. Puis au second tour, je ne sais pas. Avoir Fagaut comme premier édile, il faut se rendre compte de ce que cela signifie. Les transports doux, le tissu social et solidaire, les associations alternatives et culturelles, tout ça risque de s’arrêter net, pour, à la place, l’armement de la police municipale, l’explosion de la vidéosurveillance, des luminaires et de la sonorisation dans les rues… » appréhende un retraité.

Entre stratégie et adhésion, la crainte d’une bascule
« Il y a des choses positives à souligner dans le mandat précédent, mais on est loin du compte. C’est sûr que ça reste mieux que la droite, sauf qu’on en a marre de ce chantage. La peste ou le choléra, ça ne prend plus. Moi, c’est simple, si l’offre s’était limitée aux écolos et leurs allié·e·s, dans ces conditions, je ne me serais même pas déplacé dans l’isoloir. Je ne souscris pas à tout ici, mais cette fois j’ai envie de bouger pour quelque chose auquel je crois. Sinon, ça n’a aucun intérêt » analyse Léo, étudiant, venu avec des camarades de l’université. Mobiliser des masses traditionnellement éloignées du scrutin par une campagne active de terrain, c’est bien la force de ce mouvement. Mais, avec le dilemme du « vote utile », les électeurs et électrices suivront-ielles jusqu’au bout ?
« Véziès espère être à plus de 10 % des voix pour négocier au mieux, Vignot rêve qu’elle soit juste en-deça afin de ne pas lui laisser de marges de manœuvre. Pour l’instant, tout le monde a le luxe de pinailler gentiment et de naviguer à vue. Mais si, après le 15 mars, les deux n’arrivent pas à s’entendre, leurs partisan·e·s vont finir par se rebiffer, surtout en cas de défaite » pronostique pour sa part un vieux routard du secteur Battant. Car, même en Franche-Comté, la capitale demeure une exception ; ailleurs, « LFI » est parvenue à multiplier les synergies dès le début, comme à Vesoul, avec le « PCF », à Belfort et Pontarlier, « Les Écologistes » en plus, ou même à Montbéliard, où ce sont cinq étiquettes qui concourent sous la même bannière en incluant le « PS » et une formation centriste.
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Illustration d’en-tête : Aperçu de la scène et du grand kursaal, au moment des salutations – capture d’écran Séverine Véziès.
