À Besançon, une militante traditionaliste derrière un atelier « d’éducation à la sexualité » ?
Annoncé en mai prochain à Besançon, un atelier administré par la « pastorale des familles » suscite des interrogations. Sur une thématique particulièrement sensible, l’éducation affective et sexuelle à destination d’enfants et de jeunes adolescentes, apparaît une structure qui cache difficilement ses bases conservatrices, ainsi qu’une animatrice évoluant au sein de courants religieux réactionnaires. Si dans l’Ain, la bénévole vient d’être finalement écartée par le groupement paroissial concerné, les incertitudes demeurent, à ce stade, concernant la suite de son agenda, notamment dans la capitale comtoise.
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« Découvrir les mystères de la vie »
C’est une fidèle catholique qui a d’abord souhaité alerter « le Ch’ni », excédée de voir les sphères « ultra » œuvrer de manière insidieuse dans sa paroisse. Car pour elle, aucun doute, la banale journée dédiée à « la vie affective, relationnelle et sexuelle », envisagée le 30 mai 2026 à Besançon, s’avère en fait régie par des idéologies autrement moins charitables qu’annoncées. L’association organisatrice, le « Cyclo Show-XY », invite bien les filles de dix à quatorze ans et leurs mamans à « découvrir les mystères de la vie », le tout avec un « vocabulaire à la fois poétique et scientifique ». Jeux de rôles, histoires, musique, pour comprendre le corps et ses rouages.
Quelques doutes émergent néanmoins rapidement quant à de possibles tendances partisanes, entre une fondatrice qui a fait de la lutte anti-IVG un leitmotiv, des liens avec la société « LIFT » financée par le magnat identitaire Pierre-Édouard Stérin, ou une liste de soutiens qui comprend une égérie de la « Manif pour Tous » critiquée pour ses prises de position relativisant les VSS ou promouvant la culture du viol. Mais, jusqu’alors, pas de controverses dans la région. Les cours s’y enchaînant même, comme en 2023, 2024 et 2025. Les choses finiront néanmoins par basculer, surtout ces derniers jours, ce cadre déjà discuté s’ajoutant à une référente au parcours tranché.
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Une plongée chez les « tradis »
Car pour cette initiation, c’est une certaine Blandine Laroche qui devait officier à Oyonnax, Meyzieu et Besançon en 2026. Un choix qui a provoqué des réactions, le « collectif Haut-Bugey Antifa » publiant un dossier repris hier par « le Progrès ». Sa fonction dans une dépendance de la « Fraternité Saint-Pie X » est ainsi ciblée, l’antenne oscillant entre abonnements politiques sur « LinkedIn », comme aux pages de Marine Le Pen, Marion Maréchal et Jordan Bardella, participation à la fête de « Civitas », groupuscule dissous fin-2023 pour ses hommages collaborationnistes et antisémites, ou tenue d’un stand de « l’Étincelle », revue aux relents patriarcaux encensant Franco.
Entre une adhésion internaute aux « Fonds du Bien Commun » et une formation dispensée dans un établissement « Familya », la principale intéressée semble elle aussi porter un intérêt très direct et personnel à ce type de cercles. Un ralliement que celle-ci n’a pas voulu analyser, nous indiquant par téléphone ce jeudi « n’avoir aucun commentaire à faire sur cette affaire ». Mais la situation lui a déjà coûté sa place dans l’Ain, le vicaire général en charge ayant décidé de l’écarter en considérant que « cette dame appartient effectivement à un groupe d’extrême droite » alors que selon lui, le contenu validé se veut « aconfessionnel même si on parle d’un Créateur ».
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Pas de « certitude » que « cette personne interviendra »
Après des péripéties analogues déjà rencontrées avec « Alliance VITA » en 2023, le diocèse de Besançon se retrouve à nouveau en première ligne pour traiter de cette crise soudaine et délicate. Sollicité par nos soins via courrier électronique, son service communication nous a confirmé que « la responsable de la pastorale des familles a également été alertée sur cette question par d’autres personnes ». Tout en avançant qu’il n’y a, pour l’instant, pas de « certitude que cette personne interviendra à Besançon le 30 mai », notre interlocutrice certifie néanmoins que « nous sommes en lien avec l’association Cycloshow XY pour clarifier cette situation ».
Selon une source passée au cœur de l’institution, ce genre de difficultés devrait se multiplier dans le futur. « Chaque année, le poids démographique des traditionalistes s’amplifie dans le doyenné. Il ne faut pas résumer l’église catholique à cette orientation, mais progressivement elle commence à représenter un pourcentage notable chez les croyant·e·s les plus fervent·e·s et assidu·e·s mais aussi dans les instances symboliques et décisionnelles. Alors que la plupart des assemblées se rigidifient, en parallèle la société continue d’évoluer. Un gouffre se crée parfois, amenant à un climat de tension. Notre travail c’est de concilier tout cela, mais ça devient assez compliqué ».
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Illustration d’en-tête : Aperçu de la façade principale du centre diocésain/ancien grand séminaire, en 2025 – Wikipedro/cc-by-sa-4.0.
