À Besançon, le « Parti socialiste » dans la tourmente

Marqueur incontournable de la vie politique comtoise pendant des décennies, le « Parti socialiste » (PS) de Besançon traverse aujourd’hui l’une de ses pires tempêtes. Entre les départs fracassants, les menaces de candidatures dissidentes, les accusations en autoritarisme, la saisine de commissions internes, ou les affaires judiciaires, ces derniers mois ont révélé la crise qui secoue cette référence de la sociale-démocratie. Alors même que, dans le cadre des prochaines échéances municipales, le mouvement venait de rallier la liste d’Anne Vignot, y obtenant des places confortables, ce panorama local, couplé à un contexte général déjà délicat, risque de plomber « l’union de la gauche ».
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L’ancien maire Jean-Louis Fousseret passé devant le tribunal, le cadre Nicolas Bodin un temps entré en scission, les responsables Patrick Bontemps et Joachim Taïeb qui claquent la porte… Ces derniers mois, le mouvement à la rose enchaînait déjà les difficultés. Jusqu’au 23 février dernier, où la situation a basculé. À la suite d’une procédure interne, Jean-Sébastien Leuba, déjà contraint par le national à se joindre à la majorité sortante après avoir tenté une liste PS/PP/PRG/Cap21 autonome, est exclu du « Parti Socialiste » ; le soir-même, les plus hautes instances de l’organisation annoncent saisir le procureur de la République pour de possibles « malversations » visant Myriam El-Yassa, ex-secrétaire fédérale du Doubs.

Dans le premier cas, le dossier est d’autant plus embarrassant que l’intéressé est, entre-temps, devenu le second d’Anne Vignot et de la liste « Vivante, Juste et Humaine ». Alors que, depuis un an au moins, plusieurs militant·e·s dénoncent ses « méthodes brutales », à tel point qu’une commission « de lutte contre le harcèlement et les discriminations » avait été saisie. Laquelle vient de trancher dans le sens des plaignant·e·s, prononçant, à quelques semaines du premier tour, la destitution de celui qui fut chef de file socialiste. Une issue contestée par Jean-Sébastien Leuba qui, ayant fait appel, reste engagé dans la campagne jusqu’au dénouement de cette affaire, qui sera réexaminée par une assemblée spécifique.

Concernant Myriam El-Yassa, difficile de savoir les reproches exacts formulés après le « pétard mouillé » de Noël 2024. Détournement, incompétence, désintérêt ? À l’époque en tous cas, bien des charges nous avaient été remontées, motivant un contradictoire de la part du média « le Ch’ni » : « certaines voix auraient ainsi exigé un accès à des comptes qu’elles estiment ‘verrouillés’, faisant état de potentielles ‘irrégularités’ quant à des sommes de plusieurs milliers d’euros en liquide et dénonçant ‘un passif d’environ 33 000€ aux tenants et aboutissants obscurs’ », exposions-nous, par mail, le 28 décembre 2024, dans une demande restée lettre morte, mais dont la trame a depuis été consolidée par « France 3 Franche-Comté ».

Beaucoup de questions, mais peu de réponses à ce stade. Entre les fortes divergences de lignes et les procès en trahison, la conjoncture n’était déjà pas glorieuse pour la structure de centre-gauche. Selon les adhérent·e·s de base, ces polémiques étaient donc plus que dispensables. « Personne n’est surpris que ça ait fini par péter, les tensions et rancœurs étaient très fortes. Mais le choix du timing, c’est vraiment un suicide politique. Depuis le mandat de François Hollande, j’ai l’impression qu’on ne fait plus qu’essuyer les plâtres entre les susceptibilités de chacun·e. Alors que nos rangs se désertifient, peut-on encore jouer à cela ? Si le but est de finir dans une cabine téléphonique, à ce rythme, on va y arriver » lance, écœuré, un historique.


Illustration d’en-tête : Détail d’un visuel ornant le siège du « Parti Socialiste » à Besançon.