Remontée à bloc, Anne Vignot veut incarner l’union de la gauche et des écologistes à Besançon
Il y avait la foule des grands jours ce mardi soir au kursaal de Besançon, où toute la sociale-démocratie comtoise s’était retrouvée pour cette date fatidique de la campagne électorale des municipales. Malgré les têtes d’affiche parfois surannées et une salle en partie bien chargée par les armadas de militant·e·s, Anne Vignot et ses équipes semblent avoir réussi leur pari : redynamiser les troupes, convaincre au-delà des seul·e·s inconditionnel·le·s, imprimer une incarnation du « vote utile » dès le premier tour. Une réussite de l’instant qui n’évite pas un écueil majeur, celui de la (non) alliance avec « la France Insoumise ». Car pour celle qui veut figurer au mieux « l’union de la gauche et des écologistes », il faudra probablement davantage qu’un événementiel garni pour préserver son mandat face à Ludovic Fagaut.
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Un cœur de cible enthousiaste mais limité
C’est une ferveur qu’on pensait jusqu’alors réservée aux meetings de Séverine Véziès, mais qui s’est également déployée avec force, sous l’égide d’une masse de petites mains communistes, écologistes et socialistes, bien décidées à chauffer l’arène. Mais, entre l’animation assurée par la députée Dominique Voynet, l’allocution de l’ex-présidente de région Marie-Guite Dufay, ou le renvoi à un comité de soutien dont l’ancien dirigeant du conseil départemental Claude Jeannerot est l’un des prestigieux noms cités, la volonté de mettre au placard les idoles et archaïsmes du XXe siècle pour « s’inscrire dans le XXIe » n’est pas toujours des plus flagrantes. La présence de certaines personnalités, comme Guillaume Roubaud-Quashie du « PCF » ou Clémentine Autain de « l’Après », apporteront, heureusement, un peu de relief politique et littéraire.
Mais l’essentiel, c’est que le public soit là. Même si la sociologie, notamment en ce qui concerne les habitant·e·s jeunes et racisé·e·s, tranche avec celle du 23 février. Une réalité dont ont bien conscience les cadres et sympathisant·e·s, qui ne manquent pourtant pas d’affirmer un engagement constant sur le terrain. La résolution est donc là, la pratique visiblement moins. En-dehors de clichés place Cassin – d’ailleurs restitués sur l’écran – à Planoise, par exemple, peu d’habitant·e·s interrogé·e·s par ailleurs se remémorent un quelconque passage, là où d’autres multiplient les stands et portes-à-portes. Si la mobilisation de la petite classe intermédiaire et moyenne, établie dans l’hypercentre et les secteurs bucoliques, apparaît acquise, la faiblesse réside peut-être avec un « prolétariat » qui peine à se reconnaître dans les programmes et dynamiques proposés.
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2020-2026 comme référence
Lors de la conférence de presse qui précédait, la défense du bilan ne pouvait pas mieux résumer ce fossé entre les mondes : à l’instauration du bio deux fois par semaine dans les cantines et la mise en place de la « Maison des Femmes pour l’Égalité », succédaient également les pistes cyclables, les arbres plantés place de la Révolution, ou la statue de Colette à Viotte. Quant à la réhabilitation des grands ensembles à marche forcée ou à « l’éco-quartier » des Vaîtes, aucune allusion ne filtrera. « Il y a des critiques sur ce qui a été fait, comme s’il fallait forcément passer par des projets tapageurs ou coûteux pour être un·e maire reconnu·e. Emporter une vision d’ouverture et la transition écologique pour que nos gosses puissent juste vivre dans de bonnes conditions, ce sont des avancées modestes, au quotidien, à bas bruit, mais concrètes pour les gens » tonne un encarté « PS ».
Et pour celleux qui conserveraient encore des doutes et hésitations, la perspective d’une bascule en faveur de Ludovic Fagaut est brandie. Marine Tondelier, secrétaire nationale « Les Écologistes » et prétendante aux présidentielles de 2027, enfonçant le clou, dans une tirade aux accents paternalistes, affirmant que l’électorat a besoin d’une offre simple et lisible ici constituée par le « bulletin utile » de « Besançon vivante, juste et humaine ». Clémentine Autain se veut plus persuasive, en particulier sur la sécurité : « Si, à droite, il s’agit de mettre des uniformes armés partout, nous, notre approche diffère, évidemment. Sur les VSS notamment, on ne va pas mettre un policier dans les foyers. Alors c’est moins flamboyant, mais on mise sur le volet éducatif, la prévention, le tissu social, pour trouver des solutions pérennes qui ne sont pas simplement des mots ou de la communication ».
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Le spectre du 22 mars dans toutes les têtes
Autre mantra repris avec poigne, cette candidature est bien « celle de la gauche et des écologistes ». Par l’alliance de huit organisations, leurs tenant·e·s considèrent avoir « fait la démonstration d’une réelle unité ». Pas un seul mot ne sera consacré à la « dissidence » formée par les « Insoumis·e·s », dont le rapprochement est pourtant discuté avec insistance au sein de la base. « Je ne suis pas très à l’aise avec les excès du parti au national, ce n’est pas un sentiment isolé. Mais, à Besançon, je ne crois pas que les divergences soient si lourdes, ni, surtout, qu’on ait le luxe de continuer à se déchirer. Il aurait fallu y arriver dès le 15 mars, mais avec un peu de bonne volonté, de part et d’autre, on doit dès à présent envisager cette idée. La plupart d’entre nous le veulent et pensent que c’est possible, sinon ça risque d’être compliqué » analyse une proche de la majorité restée « société civile ».
Même chez les apports « centristes », on voit mal comment régler différemment l’équation. « Ça ne m’enchante pas, comme elleux ne raffolent pas de nous non plus. À ce stade, on n’en parle toutefois pas officiellement, on se concentre sur le premier palier et on verra ensuite ce qu’il en est. Mais l’éventualité fait son chemin, en tous cas tout reste ouvert » nous confie un nostalgique de la présidence Hollande. Un horizon partagé au-delà des appareils, comme en témoigne encore dernièrement la pétition lancée par « les Victoires Populaires » : « Nous le savons, à quelques voix près, une division peut tout faire perdre. Nous nous adressons à l’ensemble des listes de gauche candidates aux municipales à Besançon pour leur dire : soyez responsables, unissez-vous au second tour ! » est-il ainsi demandé. Jusqu’au bout, la « raison » l’emporte donc, à défaut d’une franche adhésion.
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Illustration d’en-tête : Aperçu du grand kursaal, alors que le public accueillait Anne Vignot.
