Chez Ludovic Fagaut, une colistière abonnée à un néofasciste condamné pour terrorisme

Ces derniers jours, les soutiens de Ludovic Fagaut multiplient les communiqués visant l’éventualité d’une alliance entre « l’union de la gauche » et « la France Insoumise » au second tour des municipales. Pour le sénateur « les Républicains » Jacques Grosperrin ou la présidente départementale du « MoDem » Anne Falga, Séverine Véziès, par son étiquette, endosserait plus ou moins directement la responsabilité du drame survenu à Lyon ou l’écho des sorties reprochées à Jean-Luc Mélenchon. Dès lors, si Anne Vignot venait à opérer un rapprochement avec elle, cette logique voudrait que celle-ci réponde également de tels griefs. Une récrimination par contagion, classique en rhétorique. Mais, dans la liste de droite et du centre, au lendemain d’un meeting-phare au kursaal, il n’est pas difficile de retourner cette exigence. .
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« La vertu trouve plus d’admirateurs que d’imitateurs » (*)
« Aucune ambiguïté n’est possible face aux extrêmes » a tranché Laurent Croizier, exhortant la maire sortante à prendre ses distances avec sa gauche. Entre la controversée « loi immigration » votée par le député et figure de « Ensemble Besançon Avance » (en numéro trois), le partage du site « Boulevard Voltaire » par Laurence Mulot (numéro dix), ou les compagnonnages hasardeux de Franck Defrasne (numéro quarante-trois), il pouvait déjà y avoir débat. Sans compter la tête de liste Ludovic Fagaut, avec ses frasques sur le « mariage pour tous », ses exhortations dès 2012 à « respecter » les votant·e·s du « Front National », son lancement d’une fake-news accusant la municipalité de vouloir censurer Noël, sa participation aux dénigrements d’une statue de Victor Hugo jugée « trop noire » qui s’est soldée par des dégradations racistes, ou sa pose avec un « ami » mis en cause pour VSS.

Notre regard va néanmoins surtout s’arrêter à la vingt-quatrième place, en la personne de Manon Monnier. Cette étudiante collectionne les casquettes, de référente numérique pour « les Jeunes Républicains » du Doubs, à gestionnaire de la « communication politique au sein de l’opposition à la mairie actuelle » depuis le 1er avril 2025, en passant par son rôle de colistière très pris à cœur, puisqu’il ne se passe pas un jour ou presque sans qu’elle ne soit auprès de ses mentors. Pour cette personnalité publique et spécialiste du web, la vigilance n’est cependant pas toujours infaillible. Sur son compte « Instagram », tout un chacun avait ainsi accès à une série de « contacts » parfois surprenants. Sur les 778 « suivi(e)s » à son actif au 3 mars 2026, les internautes revendiquant ostensiblement leur appartenance aux sphères lepénistes, traditionalistes, royalistes, se chiffrent par dizaines. .
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Aperçu des pages « Instagram » de Manon Monnier et de Logan Nisin, superposées. Une vision au 3 mars 2026, avant notre demande de contradictoire et les évolutions opérées dès le lendemain – captures d’écran « Instagram ».


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Divers projets concrets de tueries
Aux cadres de « l’UDR », partisans de Charles Maurras, membres du « GUD », adeptes des
« fleurs de lys » et « croix celtiques », va succéder un certain Logan Nisin. Figure de la mouvance identitaire et fan de l’assassin de masse Anders Breivik, il passe par les « Jeunesses nationalistes », « l’Action Française », ou le « Front National », avant de fonder le « Mouvement Populaire Nouvelle Aurore », porté sur la profanation de stèles mémorielles. Un cran encore trop tiède pour l’activiste, qui envisage alors des attentats sous le sigle « OAS » afin de contraindre à la « remigration par la terreur ». Les cibles ? Des mosquées, kebabs, bars progressistes, ou le ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Équipes, armes, revendications, tout était prêt. Arrêté in extremis en juin 2017, il est condamné à neuf ans de détention pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Depuis sa libération mi-2025, il n’a rien renié de ses idéaux, persistant de références à Adolf Hitler, en usages du terme « pute à nègres », jusqu’aux menaces contre « les gauchistes ». Un tableau limpide, qui n’empêchera pas Manon Monnier de s’y abonner… Un accès, au surplus, privilégié, puisque soumis à une stricte approbation préalable. L’intéressé ayant au passage engagé la réciproque, ajoutant, lui aussi, la bisontine dans son annuaire. Alors que ce ménage vient d’être exposé avec des pontes du « RN », de « Reconquête » ou des « Ciottistes », une connexion entre « les Républicains » et le meurtrier manqué paraît inédite. Une jonction édifiante, au sein d’un camp qui, à la recherche de radicalité chez ses adversaires, devrait peut-être d’abord faire le ménage dans ses propres rangs. .

Dans sa biographie « Instagram », Logan Nisin indique un lien hypertexte qui renvoi sur une page « Amazon ». Il s’agit d’une présentation de son livre, « Notre cause », publié le 27 septembre 2025 à compte d’auteur, dont les 384 pages sont consacrées à son parcours, sa vision du monde, ses projets… Sur la couverture, il se met en scène, dans un univers carcéral, entouré de drapeaux frappés de la « croix celtique » et de la « fleur de lys » – Logan Nisin.

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Pas de « cordon sanitaire numérique »
Sollicitée dans la soirée du mardi 3 mars 2026 via « Instagram » et « Facebook », Manon Monnier nous a répondu dès le lendemain en fin de matinée : « Je suis surprise de voir que l’étude de mes ‘abonnements’ occupe une place si centrale dans votre ligne éditoriale. Pour répondre précisément à vos interrogations, mon compte Instagram n’est pas un manifeste politique, mais un outil de veille. Dans le paysage politique français actuel, suivre l’ensemble des courants et des sensibilités politiques me semble être la base d’une citoyenneté éclairée. On ne comprend bien le monde qu’en observant tous ses acteurs, y compris ceux dont on ne partage pas les idées. De plus, je ne saurais être tenu pour responsable des opinions, des symboles ou du passé judiciaire des personnes que je suis, ou qui me suivent. Un ‘follow’ n’a jamais valu adhésion, tout comme lire un auteur ne signifie pas valider sa biographie ».

Avant de conclure, sans concession : « Enfin, pour reprendre les termes de J. Grosperrin et A. Falga que vous citez, il n’y a effectivement aucune ambiguïté : mon ouverture d’esprit consiste à observer le réel tel qu’il est, sans œillères ni cordon sanitaire numérique ». Une explication osée, dont le fond laisse songeur. Car, dès les premières heures du jour, le mercredi 4 mars, après réception de notre contradictoire mais avant d’y réagir, nous avions constaté que son compte litigieux, jusqu’alors accessible, est brusquement passé en « privé », avec une évolution du nombre de contacts. Pourquoi ce réflexe, alors que la démarche serait transparente et assumée ? Autre point intrigant, l’étendue de cette « curiosité » : malgré nos investigations, cet intérêt pour le « réel » semble, par exemple, s’arrêter aux voix de gauche, dont nous n’avons relevé aucune trace dans son répertoire.
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Ludovic Fagaut, lors de la campagne municipale de 2020 – Guillaume Clerc/« Factuel.info ».

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Pour Ludovic Fagaut, le silence est d’or
Confrontée à ces ultimes réserves, Manon Monnier nous précise : « Ma démarche d’observation du réel ne saurait être confondue avec une obligation d’exposition personnelle permanente. Le passage de mon compte en mode privé est une mesure de prudence élémentaire face à une sollicitation dont je ne maîtrise pas les contours ; c’est un droit fondamental qui relève de la sécurité personnelle, et non de la méthode de réflexion. Je n’ai aucun souhait de nourrir une quelconque polémique stérile. L’ouverture d’esprit réside dans la réception des idées et l’analyse des faits, pas dans la transparence forcée de l’intimité. Ces deux sphères sont, et resteront, distinctes ». Une réplique étonnante, de la part d’une candidate à une échéance notable, qui sait mieux que quiconque, de par ses responsabilités, combien les réseaux sociaux peuvent aujourd’hui être scrutés et peser auprès des électorats, médias, institutions.

Errement d’une « brebis galeuse » selon l’expression en vogue, ou symptôme de problématiques plus profondes ? Sollicité·e·s par courrier électronique dans la soirée du mardi 3 mars 2026 et relancé·e·s hier par de multiples canaux, la liste « Ensemble Besançon Avance » ainsi que son dirigeant Ludovic Fagaut ne nous donneront pas le moindre éclaircissement. Leur rappelant les déclarations épinglant, selon elleux, les silences taxés d’équivoques, nous souhaitions ainsi savoir si les « proximités », depuis revendiquées, de leur colistière, avec des profils aussi ombrageux, étaient compatibles avec cette philosophie, posée en injonction envers leurs opposant·e·s. D’autant plus que Manon Monnier, par la place qu’elle occupe, serait éligible, si le principal rival d’Anne Vignot venait à l’emporter.
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Illustration d’en-tête : Logan Nisin, visible à gauche. Photographie prise en 2017, lors d’une opération de « l’Action Française » Provence contre des militant·e·s de gauche à la faculté Saint-Charles de Marseille – « Action Antifasciste Marseille » et « le Monde ».