Pour le droit des femmes et minorités de genre, plus de mille manifestant·e·s à Besançon
À l’appel de l’intersyndicale féministe (FSU, SUD/Solidaires, CGT-éducation et spectacle), avait lieu la marche relative à la « journée internationale des luttes des droits des femmes et des minorités de genres ». Environ un millier de participant·e·s étaient comptabilisé·e·s par nos soins, une fréquentation comparable à 2025. La journée se poursuivant place Granvelle avec un village associatif et diverses animations. Si la question de l’égalité salariale, de la répartition des tâches domestiques ou encore de la parité dans les sphères de pouvoir étaient au centre des revendications, on retrouvait aussi un accent particulier quant au traitement des « violences sexistes et sexuelles » ainsi qu’à la montée des extrêmes droites.
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Militant·e·s, habitant·e·s et jeunes étaient au rendez-vous, ce mardi au départ de la Mairie. Une masse dynamique et colorée qui s’est ensuite élancée dans les rues de la vieille ville, ponctuée d’allocutions évoquant la persistance des disparités socio-économiques, le développement d’une culture du viol toujours ancrée, ou la spécificité des questions LGBT+ et des travailleurs/travailleuses du sexe. Comme pour mieux répondre au tapage existentiel du groupuscule identitaire « Némésis », une bannière était dressée : « les féministes sont antifascistes ». Une évidence pour la plupart, un rappel nécessaire selon d’autres. Mais pour toutes et tous, la période prête à la confusion, nourrie par la réappropriation de causes ou de cadres jusqu’ici fermes sur leurs principes.
« Féminisme, droit des animaux, dénonciation du génocide à Gaza, bien des repères se sont brouillés. Mais en fait, pas besoin d’aller loin pour le constater. Quand on sait qu’à Besançon même, un homme, reconnu coupable de violences conjugales, condamné pour antisémitisme et défendant publiquement Némésis, peut, encore aujourd’hui, prendre tranquillement le micro et tenir la banderole de tête dans certaines manif, avec l’approbation de référent·e·s du monde syndical, politique et associatif, qui continuent de marcher avec lui en toute conscience, il y a de quoi halluciner… » tempête un fonctionnaire. Une dichotomie pour laquelle les responsables intéressé·e·s ne trouvent d’ailleurs toujours rien à redire, malgré leurs discours intraitables récités ce 7 mars devant les caméras…

Alors qu’une pancarte proclame « agressée – classée sans suite », la problématique des ressources judiciaires anime très fortement le reste des débats. Ainsi, la note du garde des sceaux, Gérald Darmanin, qui, en date du 27 février, exhorte la haute-magistrature à ce que les audiences pour « viol » soient maintenant tenues en une seule journée maximum, avec limitation des témoins et expert·e·s, embrase les consciences. « Sans parler du taux ridiculement faible de condamnations, qu’un dossier aille déjà jusqu’au procès est un véritable petit miracle. Mais même ça, le gouvernement veut essayer de le bâcler davantage ? C’est un scandale. Après, faut-il s’en étonner ? N’oublions pas que celui qui porte ce projet, il a justement été mis en cause pour ce motif » s’agace une lycéenne.
Si la reconnaissance des femmes et minorités de genre comme citoyen·ne·s à part entière est officiellement inscrite, c’est donc l’aspect pratique qui demeure source d’inquiétudes. Accès aux plannings familiaux, possibilité concrète de recourir à l’IVG, suivi médical adapté tout au long de la vie ou développement de l’éducation affective et sexuelle, autant de thématiques fondamentales qui, souvent, stagnent ou régressent, faute de moyens. Une réalité qui frappe jusqu’à la « Maison des Femmes pour l’Égalité » tout juste inaugurée, qui doit elle aussi se battre pour trouver un équilibre. « Rien n’est acquis, c’est pour ça qu’on est dans la rue. Au-delà des chiffres, consacrer un budget, c’est sauver des vies. À chaque fois, il faut le redire » résume une bénévole du « CICS ».

À l’arrivée au niveau de la promenade Granvelle, de nombreux stands étaient prêts afin d’accueillir la suite des festivités. L’occasion d’échanger avec des structures locales qui œuvrent au quotidien, à l’instar de « Antispéfem », le « Groupe d’Actions Féministes », « la Furieuse », « l’Interstice », « Intransigeance », « Nouvel Esprit », « Partage, Droit, Autonomie », « Resto Trottoir », « Transcende », « Solidarité Femmes », « Amnesty International », « ASPTT », « CICS », « CIDFF », « MDFÉ », « Fondation Léo Lagrange », « Peuples Solidaires », « Solidarité Migrant·e·s/Réfugié·e·s », ou encore « Trans’Comté ». « On retrouve les incontournables, évidemment, mais aussi des champs complémentaires, comme la culture, le sport, l’aide aux étrangers/étrangères » nous explique-t-on.
Entre la « horde vocale » pour le lancement et « Lucie Dernière Minute » au DJ-Set jusqu’à 22h00, l’animation était à l’image de la sociologie du jour. À distance, on pouvait aussi apercevoir une drôle d’équipe, caractérisée par les guirlandes que ses membres portent sur elleux. Une « team luciole », dédiée à l’assistance de quiconque serait dans le besoin, dans le cadre d’une agression morale ou sexuelle, d’un manque lié à une addiction, ou d’interrogations sur le consentement. « Constatant l’absence d’une cellule avisée sur tout ce qui tourne autour du ‘care’ lors de nos évènements, nous nous sommes constitué·e·s en un groupe mobile et à l’initiative. L’idée étant de pouvoir agir et répondre en toutes circonstances, avant que les choses ne dégénèrent » relate une volontaire.
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Illustration d’en-tête : Aperçu du cortège, au niveau de la Grande-Rue.
