À Besançon, Anne Vignot peut-elle encore gagner ?

18h15, les bureaux de vote sont désormais fermés. Durant toute la journée, les quelque 68 000 inscrit·e·s que compte la ville étaient ainsi invité·e·s à trancher entre seulement deux têtes pour le second tour des élections municipales : celle d’Anne Vignot, maire sortante, conduisant une « union de la gauche » via la liste « Besançon Vivante, Juste et Humaine » et celle de Ludovic Fagaut, déjà concurrent malheureux en 2020, figure d’une « coalition de la droite et du centre » dénommée « Ensemble Besançon Avance ». Entre les résultats du 15 mars dernier, le comparatif du taux de participation et les retours du terrain, votre média « le Ch’ni » livre, avant les résultats qui tomberont à partir de 20h00, ses premières analyses.
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Une « sévère claque ». C’est ainsi que nous avions qualifié le verdict des urnes pour la gauche, à l’annonce du premier scrutin dimanche dernier. En établissant la cartographie des candidat·e·s arrivé·e·s en pôle position (illustration ci-dessous) notre pressentiment sur son électorat n’en est désormais que plus affirmé : « Si la mobilisation de la petite classe intermédiaire et moyenne, établie dans l’hypercentre et les secteurs bucoliques, apparaît acquise, la faiblesse réside peut-être avec un ‘prolétariat’ qui peine à se reconnaître dans les programmes et dynamiques proposés » écrivait-on, notamment, le 5 mars dernier. Depuis, les alliances, consignes, positions, ont précisé, encore un peu plus, les difficultés et objectifs pour tenter de revenir dans la course.

La (re)distribution de ces bulletins trace dès lors une tendance, même si celle-ci n’est jamais aussi arithmétique qu’un suivi comptable. Reste qu’à ses 40,13% de départ, Ludovic Fagaut devrait ainsi espérer y ajouter les 8,00% de Jacques Ricciardetti (« Rassemblement National ») et les 5,67% d’Éric Delabrousse (« Horizons »). Anne Vignot, à 33,37%, bénéficierait, avec la fusion, d’un report des 10,90% de Séverine Véziès (« la France Insoumise ») et d’une part des 1,93% de Nicole Friess (« Lutte Ouvrière ») ; bien que, au « Parti Socialiste », chez les partisan·e·s de Mélenchon, comme au cœur du mouvement trotskyste, plusieurs aient affirmé qu’ielles ne se déplaceraient pas à l’isoloir. Mais, rien qu’avec cet idéal, on partirait, respectivement, sur un 53,8% versus 46,2%.
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Cartographie des résultats du premier tour, le 15 mars dernier. À gauche, la tête de liste arrivée en première position ; à droite, celle arrivée en seconde position – document « le Ch’ni ».

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Comme beaucoup le présageaient, les 30 000 abstentionnistes devraient arbitrer le match. Avec près de 3 000 voix à aller chercher, « l’union de la gauche » doit effectuer une sacrée « remontada ». Un exploit loin d’être insurmontable cependant, comme l’a remarqué Jérémy Chevreuil pour « France 3 Franche-Comté », puisque, aux législatives de 2024, la mobilisation populaire était montée à un total de 25 000 approbations, juste sur Besançon, sur les noms de Dominique Voynet et Séverine Véziès (plus de 17 500 cumulées le 15 mars pour ce seul camp, soit un potentiel supplémentaire de 7 500). Toutefois, désillusion ce jour, la participation n’a pas été aussi haute qu’espérée : 26,77% à midi et 56,31% à 17h00, soit environ +1 800 et +2 700 suffrages.
Une évolution notable, certes.

Mais pas tout à fait le réveil massif des abstentionnistes, escompté par la gauche. Et encore faut-il, aussi et surtout, considérer la nature de cet afflux. Exemple vendredi, devant l’école Cologne, alors que nous prenions en photo les panneaux adjacents ; une femme de vingt-deux ans, passant avec ses parents, réfugié·e·s politiques, nous expliquant ainsi « combien elle était déterminée à choisir la droite afin de dégager cette traîtresse pour nos quartiers ». Une phrase redoutable, mais qui témoigne du spectre qui s’est constitué contre la politique de la majorité. Même en son sein, nos sources remontent « un manque criant d’adhésion et d’enthousiasme ». Si cette dernière n’a pas encore perdu, nul doute qu’elle devra, quoi qu’il arrive, engager un sérieux examen de conscience.
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Illustration d’en-tête : Dépouillement à Brive-la-Gaillarde, le 6 mai 2012 –  Le grand Cricri/cc-by-sa-3.0.