Besançon : Une défaite historique pour la gauche, qui « entre en résistance »
Comme nous le pronostiquions, le retard pris au premier tour s’est confirmé ce dimanche pour « l’union de la gauche » à Besançon. Avec 21 781 bulletins pesant pour 53,29% des voix, la « coalition de la droite et du centre », incarnée par Ludovic Fagaut, affiche ainsi un écart de 6,5 points sur son adversaire, Anne Vignot, et ses 19 095 votes soit 46,71%. Le tout avec une participation en hausse, atteignant 61,51 %, donc le taux le plus fort depuis… 1989. Pour la première fois en soixante-treize ans, la municipalité bascule. La ville, quant à elle, compte bien « entrer en résistance ». C’est, en tous cas, la promesse de la désormais ex-majorité, mais, plus encore, d’une opposition de la société civile, dominée par la jeunesse.
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« On n’a pas su parler aux classes populaires » concède un adjoint, pour qui « la recherche de figurant·e·s a aussi pris le pas sur le travail de terrain ». En écho aux résultats remontés la semaine passée, le panorama des bureaux de vote à nouveau gagnés par la liste « Ensemble Besançon Avance » illustre en effet à quel point la population a alterné entre un rejet marqué de l’équipe sortante et une demande d’alternance. « Ce n’est pas le moment de faire le bilan, mais tôt ou tard, l’heure des comptes sonnera » lance également une sympathisante socialiste présente sur la liste « Besançon Vivante, Juste et Humaine ». « Au moins, l’avantage, c’est qu’en 2032, ielles ne nous ressortiront pas Dominique Voynet, ou son double, Anthony Poulin, enfin j’espère » s’amuse une militante féministe.
Pour toute une nouvelle génération, la défaite du soir n’est donc pas vraiment une surprise. « J’ai voté Vignot en me pinçant le nez, même si il y a un tas de gens toxiques, dans son équipe, qui sont dans le milieu militant depuis des années, que beaucoup ne veulent plus voir. Il serait temps d’envisager une autre vision de l’avenir, afin de construire un projet qui ne sente pas le formol » analyse notamment un altermondialiste. Difficilement quantifiable, l’adhésion « par dépit » semble bien significative. « Vu la claque déjà prise, il reste qui dans le navire, si en plus on enlève les ralliements pour faire barrage à la droite ? Cette clique, elle vit dans une bulle qui se limite surtout à l’hyper-centre. Le retour sur terre va être difficile, mais la note, ce sont les habitant·e·s qui vont la payer ! » poursuit-il.
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Au Kursaal, la première femme et écologiste à être en charge de la cité finit par apparaître. Après avoir livré les résultats, non sans émotion, elle rappelle que « Besançon est attachée à son histoire », indiquant « qu’elle et les siens seront vigilant·e·s aux six prochaines années » alors que les forces progressistes « entrent en résistance ». Au slogan « siamo tutti antifascisti » scandé place du Théâtre, répond, devant la permanence de Ludovic Fagaut dont les voies adjacentes ont été privatisées pour accueillir ses partisan·e·s, « la Marseillaise ». On y retrouve, pêle-mêle, des administré·e·s sans-étiquettes, des gaullistes, ou un membre de « Reconquête » peu avare en menaces. « Je veux être le maire de l’ensemble des bisontin·e·s, sans exception » déclame le futur édile de droite.
Un vœu d’unité qui se heurte déjà aux réalités, nos correspondants relevant nombre d’échanges aux relents nauséabonds : « Ceux qui ont voté Vignot sont sortis de leurs HLM » assenait par exemple un convive, quand des commerçants comparaient leur victoire « à la chute du mur de Berlin ». Alors que des lycéen·ne·s manifestent leur mécontentement à deux pas, une empoignade manque également se s’envenimer à travers un protagoniste particulièrement agressif. Sur les réseaux sociaux, entre un néonazi félicitant « son ami » et les exultations de « Némésis », des fanatiques ne filtreront pas davantage leur joie ; aux parallèles avec la « Libération », une internaute rêve ainsi de « moins pour les cas sociaux » mais aussi de voir « dehors les migrants du centre-ville ». Tout un programme.
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Illustration d’en-tête : Devant la permanence de Ludovic Fagaut, c’est dans la liesse que ses partisan·e·s ont fêter la victoire – photo : Antoine Mermet.
