Face aux lycéen·ne·s de Besançon, la carotte ou le tonfa
Avec plus de six cents établissements mobilisés en France, le 1er octobre marque une date historique dans les luttes lycéennes. Tenant enfin compte d’une colère qu’il ne maîtrise absolument plus, le gouvernement a constitué, dans l’urgence, une cellule de crise, afin de proposer une « plateforme de concertation ». Insuffisant pour bien des voix, dont une intersyndicale en constitution qui appelle d’ores-et-déjà aux grèves et manifestations à partir du mardi 6 octobre. Car, outre une absence de réponse sur le fond des revendications, dans le même temps, les réflexes sécuritaires ont achevé de mettre le feu aux poudres. Y compris à Besançon, où la plupart des actions interrogent quant au « maintien de l’ordre ».
Trois principales « zones de front »
Barricades incendiaires, feux d’artifices, usages de projectiles, altercations internes, mouvements de foule… Dans ce qui pourrait relever d’un véritable « soulèvement », les situations chaotiques se sont multipliées. Présent·e·s à Planoise-Victor Hugo, nous avons pu constater des départs de feu et des uniformes accueilli·e·s avec quelques pierres. Mais les ardeurs ont été contenues, sans recours à la surenchère, grâce à un dispositif restreint et surtout au concours des enseignant·e·s/assistant·e·s. Sur les sites de Jules Haag-l’Horlogerie, Jules Haag-Marceau et Condé, la réplique fut autrement moins magnanime et raisonnée. Usage de lacrymogènes, emploi de « lanceurs de balles de défense » et recours aux « grenades de désencerclement » y ont été légion.
Si une importante communication a été accordée aux gendarmes et policiers qui auraient été blessé·e·s sur le département, aucune mention ne fera état de quelconques atteintes chez les participant·e·s. Pourtant, il n’est pas difficile de retrouver ici une adolescente fortement incommodée par les gaz, là un jeune apparaissant le visage ensanglanté « suite à des coups de matraque » affirme-t-il. Comme elleux, combien d’autres « dommages collatéraux » ? Dans le lot des interpellations fièrement recensées, là encore certains cas posent question. Comme celui de cet élève en fauteuil roulant que nous avions rencontré, qui aurait été arrêté selon deux témoins. Pourquoi, dans quelles conditions, comment garantir sa dignité en garde-à-vue ?
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Un maniement singulier des armes
Énièmes prises qui laissent dubitatif·ve avenue Commandant Marceau, ces agents munis de MP7 cougars scandant des commentaires évocateurs après avoir lâché leurs munitions : « Ah les petits joueurs ils s’en vont ! », « les yeux ça pique ça pique ! » balance un fonctionnaire, « oh eh tu vas te faire renvoyer ! » poursuit ironiquement un second. Alors que les affrontements perdurent, l’un va réaliser un tir tendu sur un groupe. Visiblement en contradiction avec les cadres réglementaires préconisant un angle minimal de 25 degrés, ici très éloigné, selon nos mesures, même avec l’inclinaison de la route. Un procédé qui, plus tard, sur Battant, provoquera la stupeur de la conseillère municipale Séverine Véziès, s’élevant contre cette volonté de « viser à hauteur de tête ».
Est-ce cette seule intervention qui motivera le récit romanesque du maire Ludovic Fagaut, entre accusations d’une prétendue tentative de main-mise fomentée par les membres de l’opposition municipale sur le déroulé des évènements et « reconnaissance aux forces de l’ordre qui sont intervenues pour faire respecter les règles de la République et protéger la population ainsi que les biens » ? Pour celui qui exhorte à ne pas davantage « attiser les tensions », un détour sur le terrain pourrait sans doute le ramener au réel. Comme à travers cette phrase, émanant d’un policier, à destination de notre correspondant, prononcée devant un élu, lui recommandant de porter un brassard presse plus visible car « en zone de guerre cela ne suffirait pas à vous faire remarquer ».
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu de lycéen·ne·s faisant pacifiquement face aux uniformes, au niveau de la place Marulaz – Crédit : Nadwo.
