Un drapeau beaucoup trop large pour la ville de Besançon

Hier mercredi 30 juillet, un fait divers a agité le petit Landerneau local. Le drapeau ukrainien qui flottait rue Laurent Mégevand aurait subitement disparu, remplacé par un fanion figurant la ville de Besançon. Les Autorités montent immédiatement au créneau, pressées par des grattes-papiers qui entendent chroniquer l’affaire. Derrière le vol aux conséquences symboliques lourdes, l’histoire s’est dégonflée en révélant un naufrage général. Alerté par une source dès le matin, « le Ch’ni » avait accueilli froidement l’information. La disparition d’une enseigne officielle est certes envisageable, ainsi qu’en témoignent l’arrachage d’étendards à la Mairie le 18 juillet 2021 et sur Saint-Jacques le 6 avril 2023. Mais sa substitution par une bannière aux couleurs historiques de la cité apparaissait plus improbable, malgré la présence d’une poignée de « régionalistes » jusqu’au-boutistes dans le secteur.

Les efforts conséquents de la manœuvre, la portée insensée du geste, mais surtout l’acquisition et le renoncement d’une pièce aussi rare a fortiori dans ces dimensions, ne pouvaient qu’inviter à la prudence. « C’est peut-être un pavillon belge retourné ? » nous a-t-on alors suggéré, hypothèse qui impliquerait des circonstances bien hasardeuses et cadrerait assez mal avec les comtois·e·s les plus puritain·e·s. Ayant plus de doutes que de réponses, nous n’avons donc pas traité. À 11h14, le média en ligne « MaCommune.info » publiait le scoop estampillé « exclusif ». En ayant toutefois pris le soin d’interroger la commune au préalable, qui avait confirmé : « Ce n’est certainement pas nous qui avons demandé à nos services de changer le drapeau, ce n’est pas une volonté politique ». Avant d’annoncer le dépôt d’une plainte. Toute la presse reprend l’incident à son compte, suivie de près par « BFMTV », « le Figaro », « le Parisien », etc.

Alors que les choses s’emballent, personne ne prendra la peine d’analyser les tenants et aboutissants de ce « casse » singulier. Un rectificatif finira par tomber en milieu d’après-midi, excluant la subtilisation douteuse. Il s’agissait finalement d’une simple incompréhension entre services municipaux, à l’occasion du pavoisement le 14 juillet. Rétropédalage complet dans les rédactions, qui corrigent tant bien que mal sur le tard. Le journalisme, c’est aussi admettre qu’on ne peut pas traiter toutes les questions et ne pas se précipiter sur la moindre actualité a priori saignante. Mais loin de remettre en cause les pratiques du métier, c’est la majorité – en particulier Anne Vignot – qui sert désormais d’exutoire en faisant l’objet de toutes les railleries. Quant aux bandes bleues et jaunes elles sont réapparues ce matin à leur place initiale, depuis leur installation le 25 février 2022, au lendemain de l’invasion russe.


Illustration d’en-tête : Mâts de la Mairie hier matin, avec les drapeaux européens, français et bisontins – alerte témoin.