Fresque « pour la paix » : une polémique justifiée ?
Dans la presse locale et nationale, une œuvre est au centre de toutes les attentions depuis deux jours. Réalisée le 7 octobre dernier par un graffeur renommé sur un mur dédié à l’expression libre, cette fresque était destinée à évoquer la réalité du conflit au Proche-Orient et son épouvantable bilan humain. Mais une polémique a été initiée cette semaine par la section locale du « Conseil représentatif des institutions juives de France », un groupuscule habituellement surtout attaché à faire taire la moindre réserve visant les politiques menées au nom d’Israël. Alors que la municipalité vient d’annoncer son caviardage, des voix de gauche s’emportent contre une « censure ». Pourtant, oui, cette réalisation comporte une part d’embarras.
Via ses réseaux sociaux, « Nacle » s’était clairement avancé sur les tenants et aboutissants de ce projet : « Vanité contemporaine, méditation sur la mort, la guerre et la mémoire. Le crâne coiffé d’un keffieh, la menorah, la grenade et la pastèque se répondent comme les symboles d’une humanité déchirée entre deux peuples, deux mémoires, deux douleurs. J’ai voulu confronter ces signes opposés sans les juger, pour rappeler que la mort, elle, ne fait aucune distinction – Memento mori sicut illi : souviens-toi que tu mourras, comme eux. Face à la violence, il ne reste souvent que l’art pour dénoncer, témoigner, résister. Une réflexion sur notre monde, entre foi, chaos et désir de paix. Besançon 7 Octobre 2025 (la Malcombe) » – le tout notamment conclu par « #stopthewar ».
Ainsi qu’il le laisse entendre, l’auteur ne pensait donc certainement pas ouvrir une controverse. Pour celui qui s’est déjà illustré par son engagement lors de l’invasion russe de l’Ukraine ou à propos de la crise sanitaire et de ses effets, l’expérience est d’autant plus lourde que l’affaire s’est uniquement amorcée par voie de communiqués et annonces de procédures pénales. Le tapage immédiat plutôt que la tentative de dialogue, c’est donc, sans surprise, la trame choisie par le « CRIF », abondé par son plus fidèle relais, « l’Est Républicain » – propriété du « Crédit Mutuel », loin d’être exempt de certaines reproches. Reste que la structure précise le fond de sa dénonciation, selon elle justifiée par des éléments qui relèvent d’un « antisémitisme qui ne dit pas son nom ».
Derrière la profusion de symboles qui est l’essence-même d’une « vanité », par définition chacun·e aura son interprétation. Mais, l’apparition d’une « menorah », chandelier à sept branches caractéristique, au pied de laquelle errent deux balles, risque en effet poser question. Entre une figuration sur les armoiries de l’état hébreu et la volonté d’hommage aux victimes du « Hamas », un argumentaire convaincant est certes tout à fait possible. Mais, malgré ces éclaircissements, il n’en demeure pas moins, auprès du grand public, une représentation potentiellement glissante. Car si les autres références sont d’ordre culturel ou militant, celle-ci est surtout marquée par sa connotation confessionnelle qui la relie intrinsèquement au judaïsme.
Même sans cette intention, l’idée de guerre, d’injustice, d’hécatombe, se voit ainsi directement associée, dans l’imaginaire collectif, à une religion et à ses adeptes en tant que tel·le·s. La réflexion confine à l’obscur, au complexe, voire au tortueux, mais c’est aussi dans ce genre de subtilités, loin d’être abstraites ou intellectuelles, que naissent parfois les raccourcis, stéréotypes et malentendus les plus dommageables et persistants ; chaque production devenant dès lors un numéro d’équilibriste, le poids des mots ou des traits relevant bien du sacerdoce. Une « maladresse » qui n’a pas de quoi mettre « Nacle » au pilori, lui qui ne demande qu’à échanger pour apaiser la situation… Et qui sait, s’accorder sur une explication ou modification, plutôt que l’effacement ?
.
Illustration d’en-tête : Aperçu de la fresque réalisée par « Nacle », le 7 octobre 2025 – capture d’écran « Nacle ».
