En soutien au mouvement national kurde, une démonstration de force à Besançon

Malgré la conclusion d’un accord ce matin même, la diaspora kurde et ses soutiens tenaient à alerter quant à l’offensive engagée à partir du 13 janvier par le gouvernement de transition d’Ahmed al-Charaa sur les zones tenues par les « forces démocratiques syriennes ». Alors que l’ensemble du territoire reste encore rongé par les divisions, exactions et insurrections, l’instauration d’une unité nationale centralisée autour de Damas ne pouvait s’accommoder d’administrations farouchement autonomes, à l’instar du Rojava. Défendant l’idéal d’un municipalisme libertaire autant que la cause de leur peuple, jusqu’à trois cents personnes se sont donc rassemblées cette après-midi place du Huit-Septembre 1944.
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« Nous ne sont pas prêt·e·s à rogner nos libertés, solidarité avec la résistance kurde ! » Notamment introduite par ces quelques mots, la mobilisation du jour a vu s’enchaîner de nombreux discours durant toute l’après-midi au pied de l’église Saint-Pierre. Un lancement toutefois entaché par la présence d’obscur·e·s opposant·e·s, d’un islamo-nationaliste pro-Erdoğan « passé prendre la température » à une petite dizaine de partisans « d’Hayat Tahrir al-Cham » venus plus directement provoquer la foule ; deux d’entre eux étant d’ailleurs finalement embarqués après des violences, qui cesseront avec le déploiement d’importants effectifs policiers. Mais pas de quoi entamer le moral des troupes, entre prises de parole, chants et danses jusqu’au crépuscule.

« Le fait que l’ancien régime ait été renversé fin 2024, on ne peut que s’en réjouir. Mais, au-delà, nous restons attentifs/attentives à ce que les changements qui en découlent ne se traduisent pas par une remise en question brutale des équilibres. Nous tenons à préserver les garanties dont bénéficient les minorités, comme le fait que celles-ci puissent exercer un pouvoir concret dans les régions où elles sont historiquement implantées. Une prérogative obtenue au prix de notre sang, ces dernières années comme depuis des décennies. La trêve qui vient d’être signée revient sur pas mal de choses, comme l’inclusion militaire individuelle aux dépens de régiments spécifiques. Pour savoir si cette entente tient, on verra surtout dans la durée comment ça se passe » explique une membre du staff.

Venue en famille de toute la métropole et visible par de multiples banderoles et drapeaux, la communauté a donc massivement répondu à l’appel. À travers ses ressortissant·e·s syrien·ne·s, bien sûr, mais aussi irakien·ne·s, iranien·ne·s et turcs/turques, elle tenait ainsi à afficher une unité pour exposer sa mémoire, ses craintes, ses revendications, souvent complexes et plurielles. « Par rapport aux manifestations d’il y a dix ans, on voit que les forces ont été renouvelées et qu’elles se sont enracinées » analyse un observateur. Les organisations alliées étaient également bien présentes, à l’image de « la France Insoumise » (LFI), du « Parti Communiste Français » (PCF) ou du « Nouveau Parti Anticapitaliste » (NPA), dont des représentant·e·s ont été au micro.

Entre un ancien élu de droite et des militant·e·s anarchistes reconnaissables à leurs étendards rouge et noir, le consensus fut donc large. Même si quelques voix moins laudatives étaient aussi de la partie, ne cachant pas une solidarité certes, mais plus réservée. Un participant souhaitant par exemple nuancer la vision occidentale, parfois idyllique à propos des combattant·e·s kurdes. « L’objectif n’est pas de remettre en cause cette lutte légitime, qui fut, entre autres, formidable contre Daesh. Mais bien d’en restituer les limites, comme des connivences passées avec le régime el-Assad, l’ostracisme des populations arabes dans des zones où elles sont pourtant majoritaires, ou les crimes perpétrés par certaines milices. Ce sont aussi des problématiques, qu’il faut régler ».


Illustration d’en-tête : Aperçu de la place du Huit-Septembre 1944 cette après-midi, lors de la manifestation en soutien au mouvement national kurde.