Julien Delaunay alias « Flooz-Flooz », un missionnaire religieux et politique pas si burlesque
Usage prononcé du patois, récit des richesses de la gastronomie, odes passionnées aux paysages… Avec ses montages teintés d’humour, de folklore et de dévotion narrant ses terres de Haute-Saône, « Flooz-Flooz » était parvenu à se faire un nom. Mais, ces derniers mois, redevenu Julien Delaunay, « l’influenceur » montre un tout autre visage, politique cette fois. Ambitionnant de prendre la tête du village où il réside, il s’est lancé dans la course aux municipales. Un tournant acté cet été, qui prend toutefois la suite d’une évolution en réalité palpable depuis un moment. Car le vidéaste potache a laissé place au prêcheur catholique, ses comptes jadis suivis par des abonné·e·s basculant en une assemblée d’ouailles. Jusqu’à passer à l’extrême droite, par l’émergence d’entourages et de projets franchement réactionnaires.
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Un virage spirituel, marqué en quelques mois
Si ses mises en scène étaient à l’origine tournées vers les coins à champignons, « Flooz-Flooz » s’est dernièrement consacré à des combats plus connotés. Règlement de compte ciblant les « associations de protection des animaux », selfies auprès de la très droitière « Coordination Rurale », exaltation d’un aïeul qui fut « Camelot du Roi », « percée du vin jaune » en tenue templière… Sans omettre l’église de son hameau, dont la restauration est au centre de toutes les attentions. Une nouvelle fibre qu’il tente de faire passer en continuité d’un label terroir, surfant sur les mots-clés comme « patrimoine », « histoire » ou « culture ». Entretenir, restaurer et mettre en valeur les monuments y compris religieux, a priori aucun problème sur le principe. Mais, rapidement, la terminologie corrélée à cet élan d’altruisme va dessiner une trame moins désintéressée que présentée.
Pèlerinage promu comme le rappel « que nos racines chrétiennes sont vivantes et qu’elles se transmettent encore aujourd’hui malgré cette époque » dans un temps « pour honorer l’Archange Saint Michel mais aussi pour témoigner de notre foi » (4 octobre), affirmation que « la France est la Fille aînée de l’Église » et que « l’État ne viendra pas les sauver » (5 décembre), agriculteurs décrits en « Gaulois veillant sur leur bétail » (12 décembre), projet de « relever une croix » notamment « pour prier » et s’inscrire « dans la pierre et dans la foi » (3 janvier), prose estimant que « un pays qui oublie ses racines finit par se perdre » alors que « on investit toujours plus dans les grandes villes, dans le béton et le neuf, pendant que nos petits villages, eux, on les laisse mourir doucement » avant d’inviter à « remettre sur pied la chrétienté » (10 janvier), s’enchaînent ainsi, sans filtre, depuis l’automne.
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« Saint-Pie-X » et « SOS Calvaires » en toile de fond
Dans ce flot, le post du 10 juin 2025 se distingue. « Flooz-Flooz » commence par une analyse, livrant que « à travers mes contenus, je cherche à vous transmettre du rire, mais aussi des moments plus profonds, liés à la nature, au patrimoine, aux traditions ». Puis de poursuivre, solennel mais laconique : « Cette année, j’ai eu l’honneur de faire le pèlerinage de Chartres avec le chapitre de Saint-Ferréol, Saint Ferjeux ». Sans préciser que cet évènement s’avère être un incontournable de la mouvance intégriste, ni que la « chapelle Saint-Ferréol-et-Saint-Ferjeux » est la dénomination comtoise de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X » (FSSPX). Une congrégation schismatique initiée par le prélat Marcel Lefebvre en 1970, entachée par la protection de nostalgiques du IIIe Reich, la propension persistante à l’antisémitisme et l’émergence de dérives sectaires et d’affaires pédocriminelles.
Une formation à ce point marginale et fanatique, qu’elle n’est toujours pas en pleine communion avec le Saint-Siège. La proximité avec cette fange est donc intrigante, mais loin d’être isolée. Car avec la restauration citoyenne de son lieu de culte, le père de famille s’est parallèlement mué en ambassadeur de la section « SOS Calvaires ». L’organisation, aussi présente dans le Doubs, via des traditionalistes lié·e·s à « Saint-Pierre » (FSSP), reste obscure pour le grand public, en comparaison de références telles que la « Fondation du patrimoine » ou la « Mission Stéphane Bern ». Lors d’un reportage réalisé par « France 3 Franche-Comté » le 26 mai dernier, seules celles-ci étaient d’ailleurs citées, à défaut de tout autre patronage ; aussi absent que la moindre logorrhée tendancieuse. Simple « oubli », art du « double langage » ou « radicalisation » fulgurante du bénévole ?
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Après le web, la tentation des urnes
Centre, Auvergne, Pays de la Loire, Corse, Alsace… Depuis la publication d’un dossier par « StreetPress » le 23 novembre 2022, les polémiques s’enchaînent et se ressemblent pourtant sur tout le territoire. Entre un financement du magnat identitaire Pierre-Édouard Stérin et des connivences néonazies parfois assumées, les élévations et autres sacrements se voient même désavoués par les pouvoirs publics et dénoncés par certaines voix catholiques. Une œuvre aujourd’hui si décriée qu’elle ne trouve bien plus que « CNews », « Valeurs Actuelles » et « le Figaro » comme relais conséquents. Ainsi que le diocèse de Besançon, ultime institution à croire en un aspect « apolitique ». En tout cas, il semble difficile d’ignorer la nature sulfureuse de cette entité, surtout à l’été 2025 et l’adhésion supposée de « Flooz-Flooz » qui réalise sa première promotion.
Une énième aspérité dont la presse ne rendra jamais compte, préférant les portraits laudatifs et assertions comme sur la remise d’un cygne à l’eau… Avec l’annonce de sa candidature aux prochaines échéances municipales, on aurait cependant pu espérer que le prétendant à la mairie d’Amoncourt soit considéré à l’égal de ses adversaires. Mais c’était sans compter sur la généreuse couverture encore offerte par « la Presse de Vesoul », « les Affiches de la Haute-Saône », ou « l’Est Républicain » – propriété du « Crédit Mutuel » – bien consciente des orientations de « SOS Calvaires ». Alors que Julien Delaunay s’est attaché aux services d’une entreprise pour sa com’, son programme exposé sur les réseaux sociaux ce jeudi n’en finit plus de transposer le filon numérique d’hier en projet électoral de demain, sur une ligne résolument conservatrice.

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La région de Port-sur-Saône en future vitrine ?
Création d’un « réseau de voisins sentinelles » pour « prévenir les vols et renforcer le sentiment de sécurité », volonté de « favoriser la bonne entente entre chasseurs et habitants », instauration de « banquets » campagnards, d’un « barbecue » de la fête nationale et de « repas autour du Beaujolais » afin de « faire vivre nos traditions » et, évidemment, nécessité de « préserver et valoriser notre patrimoine local : l’église, les calvaires, notre histoire », en forment autant d’aspects. Et pour celleux qui s’interrogeraient sur les réalités financières propices à mener de telles opérations, le jeune homme assure en conclusion avoir su « construire un réseau solide de connaissances et de partenaires ». Nul·l·e ne sait quels cercles exacts pourraient être concernés, mais voilà une impulsion qui ne manquera pas d’attirer à coup sûr les chantres d’une ruralité fantasmée et très partisane.
Contacté par nos soins via courrier électronique le 30 janvier 2026, nous avons d’abord parlementé avec le « service communication » de Julien Delaunay alias « Flooz-Flooz » quant au sens de son adhésion à la controversée association « SOS Calvaires » et les bases qui cimentent ses récents engagements électoraux et/ou politiques. Mais jusqu’alors habitué à une certaine complaisance médiatique, son tempérament prolixe ne se confirmera pas face aux sollicitations portées par « le Ch’ni » confrontant ses « éventuelles inspirations ou proximités avec l’extrême droite ». « Merci de m’avoir contacté, j’ai pu échanger avec mon équipe et nous ne sommes pas intéressés malheureusement. Par soucis de neutralité et unanimement avec les gens de ma liste électorale » nous retournera directement « l’influenceur » après une ultime relance, hier jeudi 5 février.
Illustration d’en-tête : Julien Delaunay alias « Flooz Flooz » (au centre avec un tee-shirt vert-foncé, tenant la croix), indiquant en légende : « Sur cette photo, entouré de mes amis des SOS Calvaires, la croix à mes côtés, je contemple le chemin parcouru » – capture d’écran « Facebook ».
