À Besançon, l’extrême droite rend un hommage à Quentin D.

Jeudi 12 février, une altercation mortelle sur Lyon a provoqué une onde de choc. Si les tenants et aboutissants exacts restent encore flous, les premiers éléments attestent d’une rixe entre sphères d’extrême droite et antifascistes en marge d’une action du groupuscule identitaire « Némésis ». Ce que résume un riverain interrogé par « TF1 », qui relate : « Deux groupes s’affrontaient, d’une vingtaine de personnes chacun. Un groupe a fini par lyncher la personne qui est restée sur place ». Quentin D., la victime, dont le décès a été prononcé hier, était un étudiant engagé, passé par les cercles néofascistes « Allobroges », « Luminis » et « l’Action Française ». Ce dimanche dans la capitale comtoise, une mobilisation lui était dédiée.
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Une soixantaine de participant·e·s
Comme dans plusieurs villes en France, la date fut initiée par « Némésis ». Si les appels aux agressions aveugles et dégradations de permanences de gauche par l’extrême droite se multiplient, l’idée était ici de réunir le panel patriote – et au-delà – afin d’observer « une minute de silence ». Malgré l’émotion suscitée et le relais numérique massif, l’hommage n’a toutefois pas attiré les foules. À 16h15 place du Huit-Septembre 1944, une soixantaine de personnes étaient recensé·e·s par nos soins. On y retrouvait, outre les fémonationalistes et catholiques traditionalistes, un fan de musique « NSBM » venu de Baume-les-Dames, le responsable comtois du « cercle d’action légitimiste », ou encore le conseiller municipal de Ronchamp Christophe Devillers.

Sous une importante escorte policière, les protagonistes se sont regroupés devant Saint-Pierre. À l’exception de deux drapeaux tricolores, aucun symbole particulier ni portrait n’était visible. Yona Faedda, porte-parole de « Némésis » et unique adhérente dans la région, lance alors son discours, chapelet en main, retransmit en direct sur le site « ligne droite ». Lequel désigne la « Jeune garde » comme responsable de l’incident mortel, expliquant qu’une trentaine de ses partisan·e·s auraient frappé Quentin D. alors que l’intéressé était placé « en protection » d’une action de protestation visant un meeting de Rima Hassan (*). Avant de souligner sa conversion au christianisme, affirmant être décrit par ses ami·e·s comme quelqu’un de « pacifique » (*).

« Un martyr de son pays et de la religion »
Alors que les hôtes étaient invité·e·s à se taire temporairement, un vieil homme s’époumone : « c’est un martyr de son pays et de la religion, la chaîne qui se créer doit permettre d’empêcher que ça se reproduise » (*). Yona Faedda reprenant sa saillie contre « les antifas », égratignant notre journaliste « Toufik-de-Planoise » et son travail relatif à « l’observatoire de l’extrême droite en Franche-Comté » (*). Une quinzaine de fidèles entrent ensuite dans l’église attenante, pour y allumer des cierges. Pendant ce temps-là, les moins pieux discutent à l’extérieur. À l’instar de ce « gilet jaune » qui se dit sympathisant de gauche, avec qui nous échangeons. « Moi, je trouve ça dramatique qu’à vingt et quelques années on puisse mourir pour ses idées. C’est pour ça que je suis là ».

Comme lui, la plupart de celles et ceux qui ont fait le déplacement, parfois de loin, telle une famille qui a « cumulé une heure de route depuis le Jura » (*), assurent être davantage dans un état de stupeur que de haine. Mais toutes et tous ne seront pas dans cette unique optique, à l’instar d’un retraité qui tenait à clâmer auprès de nous que « l’extrême droite n’a pas de sang sur les mains au contraire de leurs opposant·e·s qui tuent chaque jour dans nos rues » ; confronté à trois exemples récents en la matière, la contradiction le fait exploser au point qu’il du être retenu par ses camarades (*). D’autres encore se confondront en logorrhées bien plus menaçantes, à l’image d’une femme âgée s’exaltant en notre direction « j’aimerais bien qu’un antifa se fasse tabasser, là » (*).

Géraldine Grangier, députée de la quatrième circonscription du Doubs.

Une indignation à géométrie variable ?
Au-delà des coups d’éclats groupusculaires, l’incident a aussi été évoqué par plusieurs candidat·e·s aux élections municipales. C’est le cas d’Anne Vignot et de sa liste (« union de gauche »), de Séverine Véziès (« la France Insoumise ») ou de Ludovic Fagaut (« union de droite »), toutes et tous, via leurs réseaux sociaux, déplorant la disparition d’un individu dans ces circonstances et condamnant le recours aux brutalités quelles qu’elles soient. Une parole ferme mais mesurée malgré le contexte encore confus, qui tranche avec certains détournements confinant parfois à l’obscène. Comme avec les postures de Géraldine Grangier, cadre locale du « Rassemblement National » depuis 2019 et élue conseillère régionale en 2021 puis députée du Doubs en 2022.

Ce dimanche matin, via son compte « Facebook », la parlementaire a ainsi préféré les règlements de comptes politiciens à la mémoire de la victime, pour laquelle elle n’aura d’ailleurs finalement pas un seul mot de compassion. Proclamant, par exemple, que « la gauche tue », avant d’ergoter sur son inquiétude face à de prétendues « milices » et le danger qui menacerait la « démocratie ». Une prise de conscience d’ailleurs assez soudaine et sélective dans ce registre, car malgré nos recherches appuyées n’ont n’avons pas trouvé trace de sa moindre réaction quant aux nombreuses exactions violentes de ses ouailles dans la région, à la descente armée ciblant des syndicalistes en plein Paris, ou encore aux assassinats de Federico Martin Aramburu et d’Ismaël Aali.
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Entre recueil et remontrances
À peine Yona Faedda achevait son laïus contre le représentant « du Ch’ni », certains n’ont pas manqué de saisir l’occasion pour vomir leurs rancœurs personnelles. Ludovic Laude, photographe à « l’Est Républicain », désignant l’intéressé en prenant la foule à témoin, s’exclamant « t’façon cette presse indépendante là… » avant de tancer la ligne éditoriale du média visiblement jugée trop critique (*). Tout en mesurant l’hostilité grandissante des participant·e·s à ce moment-là, ces mots sonnent comme une exhortation à ce que les choses dérapent. Même attitude concernant Yves Quemeneur, contributeur à « Hebdo 25 », qui, sur le départ, interpelle le journaliste, certes de manière plus feutrée, lui assénant « tu aurais pu éviter de venir » (*).

 

Mise à jour du dimanche 15 février à 21h00. Quelques protagonistes se sont également retrouvé·e·s, une fois la nuit tombée, passerelle des Glacis, pour y déployer une banderole « Quentin présent », sur fond de fumigènes.

 

(*) Les propos cités ont été enregistrés.

Illustration d’en-tête : Aperçu du rassemblement pour Quentin D., face à l’église Saint-Pierre.