Aux municipales de Besançon, un « Rassemblement National » aussi lisse que possible
Cette année à Besançon, c’en est a priori terminé des colistiers fans du « Klan » ou des frasques issues du IIIe Reich. Alors que le « Rassemblement National » compte ses « brebis galeuses » en Franche-Comté, ou que la concurrence de droite comme de gauche est épinglée pour ses proximités parfois sulfureuses, Jacques Ricciardetti a voulu rompre avec les polémiques, après une modeste traversée du désert en 2021. Un casting aseptisé à l’extrême, adjoint d’un programme axé sur la tranquillité publique et le développement économique… Le prix à payer pour que les coutures tiennent ? Quitte à aboutir à une litanie de figurant·e·s, voire de prête-noms, que l’état-major n’a même pas tenté de mettre en scène. Un « village Potemkine » éclatant, qui oscille pourtant toujours entre sacres réactionnaires et rapprochements périlleux.
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Une candidature sous le sceau du Christ-Roi ?
Sur les premières identités arrêtées, pas de bouleversements. On retrouve le tandem Jacques Ricciardetti (numéro un) et Thomas Lutz (numéro trois), tout juste séparé, parité oblige, par Anaïs Vial (numéro deux), vingtenaire, aux racines familiales lepénistes, devenue cadre du parti. Particularité, les deux compères, au-delà de leur parcours commun à l’extrême droite – étant d’ailleurs collègues au sein du conseil régional de Franche-Comté – se côtoient également sur les bancs de la messe. Ce sont des fidèles de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre » (FSSP), une congrégation traditionaliste installée dans l’église Sainte-Madeleine depuis 2009. Loin du concile de Trente qui consacrait Besançon en bastion catholique, l’obédience conservatrice de l’assise n’est pas sans interroger leur rapport à la laïcité, au droit à l’avortement ou aux avancées intersectionnelles.
Suppléant-collaborateur de la députée Géraldine Grangier et magnanime avec les dérapages de Jean-Marie le Pen, la tête de liste assume puiser dans l’évangile en tant qu’élu ; alors maire du bourg de Tressendans, il est apparu, le 20 février 2008 à Paris, muni de l’écharpe tricolore, à une « marche pour la vie ». Une cordée très spirituelle qui persiste en petites mains de la « FSSP » ou de « l’école Saint-Anselme », jusqu’à l’énigmatique Ludivine Ventre (numéro quatre). En fait, une reprise d’un état-civil plutôt que d’un nom d’usage, pourtant mentionné en 2020, qui n’est autre que Lutz, celui de Thomas, son époux, cité ci-avant. Secrétaire d’une association anti-IVG pendant dix ans, l’étiquette était peut-être trop sensible. Un tour de passe-passe déjà observé en 2024 avec Monique Jacquinot, dont le patronyme était devenu embarrassant, après les déboires de son petit-fils.
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À l’élargissement, le recyclage et un certain vide
Alors que sa propagande électorale mentionne la présence de « l’Union des Droites pour la République » (UDR) et ressuscite le « Rassemblement pour la République » (RPR), Jacques Ricciardetti a visiblement surtout dû composer avec ce qu’il pouvait. Exit les Théo Giacone et Jean-Baptiste Batifoulier casés il y a six ans, mais sans pour autant retrouver de la vigueur. Figure de caution tant son profil est rare, Anaïs Vial (numéro deux) est représentante d’un « Rassemblement National de la Jeunesse » (RNJ) au passif local chaotique. À cette exception près, le mouvement n’est donc pas parvenu à séduire, en particulier dans ses « viviers » maintenant habituels, à l’instar de la « Cocarde Étudiante » ou « l’Union Nationale Inter-universitaire » (UNI). Pas plus d’alliance avec le groupuscule identitaire « Némésis », malgré un fort soutien et une future entente actée mi-2025.
À la place, Pascale Perrichon (numéro six), ancienne de « Debout la France » (DLF), un temps égérie de « Reconquête » (REC). Ou Philippe Mougin (numéro cinq), proche de Sophie Montel qu’il a suivie dans l’éphémère scission « les Patriotes » (LP). Leader du « Front National » (FN) en 2014, il avait arraché son entrée dans les arcanes du pouvoir bisontin avec 8,2 % des voix au second tour. Au menu : armement de la police, augmentation de la vidéosurveillance, réinstauration du porc dans les cantines. Si le volet « sécurité » n’est guère plus novateur en 2026, islam et immigration ont été éclipsés par la construction d’un tunnel sous la place Leclerc, la création d’une « aréna » sur la zone-fantôme des Auxons et un amoncellement de formules béni-oui-oui comme « renforcer les services publics ». En cas d’élection surprise, ne restera plus qu’à trouver une équipe pour incarner ces projets.
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Illustration d’en-tête : Meeting du « Rassemblement National », le 25 avril 2019 à Besançon. Avec, de gauche à droite, Gilbert Collard, Jacques Ricciardetti, Thierry Mariani et Julien Odoul.
