Après la marche d’hommage à Quentin Deranque, un regain d’activité des groupes néofascistes locaux ?

Parmi les près de 3 000 personnes comptées à la marche d’hommage au néofasciste lyonnais le 21 février 2026, plusieurs membres de groupes comtois étaient présents. Particulièrement des membres des « Vandal Besak ou Lons », qui ont participé au service d’ordre de la manifestation, comme ils en sont déjà coutumiers pour celle du « Comité du 9 Mai à Paris », à l’instar de Florent Gaillot et Arthur Tolle, identifiés par nos soins. De son côté, la représentante locale et nationale de « Nemesis », Yona Faedda, était absente sur place mais très présente sur les réseaux pour promouvoir l’évènement. Quelles réalités des activités néofascistes locales, près de trois semaines après le rassemblement opéré par les extrêmes droites ?
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Les « Vandal », une prolifération jurassienne qui s’intensifie

Longtemps associé à la capitale comtoise, les « Vandal Besak », groupuscule néonazi violent, semble avoir lancé une antenne jurassienne par le biais d’un nouveau groupe, les « Vandal Lons ». Les premières apparitions de cette mention datent de 2024 et le groupe ne semblait pas être particulièrement actif en dehors d’entraînements sportifs et rassemblements ponctuels. Parfois associés au groupe suprémaciste « Active Club », ces entraînements, en marge des villes, n’étaient que peu visibles mais depuis peu, leurs déambulations dans la ville de Dole commencent à inquiéter.

Le journal la « Voix du Jura » relevait le 15 février dernier, au lendemain de l’annonce de la mort du jeune néofasciste, une opération de stickage sur différents commerces au cœur du centre-ville Dolois. D’un côté un tacos, un kebab et un commerce de CBD, de l’autre, un bar, le « Meltingpotes », considéré par plusieurs habitant·e·s comme « un nouveau lieu culturel et social engagé ». C’est déjà aux abords de ce dernier que des habitant·e·s avaient signalé des menaces et tentatives d’intimidation de la part de membres des « Vandal », fin janvier. « Ils sont venus à plusieurs, tout en noir, cagoulés ou visages masqué avec des ‘croix celtiques’ visibles. Ils ont insulté et réclamé des ‘1v1’ aux gens », nous rapporte un des clients du bar présent ce soir-là.

Une invitation au combat et à la violence qui peut paraître ridicule, mais qui peut aussi tourner très vite à l’agression physique raciste ou LGBTQphobe, comme ça a déjà été le cas à Besançon en 2023. Mais de combien de personnes parle-t-on réellement ? Le soir du 31 janvier, ils étaient huit dans les rues de Dole. Un peu plus d’une dizaine lors du déploiement d’une banderole pour Quentin Deranque à Besançon, le 15 février. Et une quinzaine sur deux photos postées sur les réseaux sociaux, regroupant des personnes de l’ensemble de la Franche-Comté, de Belfort à Saint-Claude.

Story postée sur le compte Instagram des Vandals le 23 février 2026, deux photos de groupes, une avec le drapeau VDL BSK, prise sur le parking Chamars à Besançon, la deuxième avec le drapeau VDL Lons, lieu inconnu et un texte de recrutement – Capture d’écran.

Une volonté de grossir les rangs

Mais ce chiffre pourrait être amené à grandir. Amputés de plusieurs membres depuis la descente néofasciste à Romans-sur-Isère en 2024, les « Vandal » ont, à la suite de leur passage à Lyon, créé un compte « Instagram ». Il est vrai que le groupuscule était un des rares en France à ne pas avoir de visibilité numérique en dehors des comptes personnels de ses membres et de quelques publications sur des boucles « Telegram » comme « Ouest Casual ». Alors, hasard du calendrier ou véritable volonté de réunir d’autres néofascistes galvanisés par la marche lyonnaise ?

Dans tous les cas, l’objectif est clair : attirer de nouvelles personnes et s’entraîner au sport et au combat, comme le laisse entendre la bio de la page : « Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi ! Identité, Sport, Communauté | Rejoins les tiens ! ». Le tout accompagné de photos d’entraînements à Besançon, dans le parc en face de l’ancienne Rhodia. Les membres du groupe se mettent en scène, visages et tatouages floutés, en train de faire de la boxe ou posant avec un drapeau grimé d’une croix celtique, avec des tee-shirts aux inscriptions « Defend Europe », « Fuck Israël » ou encore « We Hate Antifa ».

S’ils se cachent sur les photos, ils sont beaucoup moins discrets lorsqu’ils sont aperçus à la terrasse du bar « le Madigan’s » à Besançon, le 7 mars, en marge de la manifestation pour les droits des femmes et des minorités de genres. Tatouages apparents et tee-shirts couverts de croix celtiques et totenkopfs, aucun des présents ne semble soucieux d’être vu ou reconnu, à l’image d’Arthur Tolle et Florent Gaillot, encore une fois présents, avec leurs tee-shirts « Defend Vesontio ». Mais est-ce encore l’heure de la discrétion ? Ou leur sentiment d’impunité a-t-il dépassé leur envie de ne pas être reconnus ?

Post « Instagram » des « Vandal » 7 mars 2026, le groupe pose autour d’un drapeau avec une croix celtique devant l’ancienne Rhodia – Capture d’écran.
Post « Instagram » des « Vandal » 7 mars 2026, le groupe s’entraîne à la boxe devant l’ancienne Rhodia – Capture d’écran.

Chez les fémonationalistes, beaucoup de provocation, peu d’existence

Si l’élan d’assurance des « Vandal » est récent et reste à confirmer, un autre groupe néofasciste présent dans la région a beaucoup fait parler au moment de la mort de Quentin Deranque, le « collectif Nemesis ». Porté localement par Yona Faedda, devenue rapidement porte-parole nationale du mouvement, cette dernière n’a jamais vraiment réussi à faire vivre le collectif dans la capitale comtoise. Si des actions ont eu lieu à Besançon, Dole ou Dijon et qu’une section semble difficilement survivre à Belfort, la vitalité de ce groupe ne tient qu’à son unique représentante locale qui peine à déplacer ses membres pour des actions dans la région.

Seule sur les marches de l’église Saint-Pierre au soir du dimanche 15 Février, son appel n’avait réussi à réunir qu’une soixantaine de personnes, souvent venus de loin, et peu, voire pas du tout de membres du collectif. Un échec amplifié par les nombreuses accusations de responsabilité du collectif dans la mort de Quentin Deranque, largement relayées dans les mouvances groupusculaires néofascistes, y compris localement. Il faut dire que « l’agitprop », si elle a fonctionné ailleurs, est loin de faire de l’effet à la population bisontine et comtoise.

Et pourtant, comme les « Vandal », le collectif colle stickers et affiches à Dole, Dijon ou Besançon mais, loin de provoquer de la peur, « Nemesis » et Yona Faedda génèrent surtout beaucoup d’énervement. « On a en marre, il y a un ou deux ans, c’était des pochoirs, il y a quelques mois des stickers partout » déclare des enseignant·e·s de son ancien lycée. « Pendant les portes ouvertes [le 14 février 2026], elle est même venue se pavaner dans les couloirs et arracher des affiches, elle cherche le conflit, la moindre chose dont elle pourrait se plaindre pour montrer qu’elle existe ».

Yona Faedda, photographiée devant un poteau couvert de sitckers « Nemesis », posté sur son compte Instagram le 15 janvier 2026 (supprimé depuis), photo prise sur le parking à l’arrière du Lycée Ledoux à Besançon – Capture d’écran.

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Finalement, si la parole de « Nemesis » a inondé les médias pendant les deux semaines qui ont suivi la mort de Quentin Deranque, cela ne se traduit pas par un élan d’engagement ou d’activité de ces dernières au niveau local. De l’autre côté, les groupuscules néofascistes à tendance paramilitaires, prônant l’entraînement physique et les sports de combat, semblent être pris dans un élan qui n’épargne pas le territoire franc-comtois. S’il est encore tôt pour tirer des conclusions, une tendance se dessine, à travers la volonté de recrutement des « Vandal », reste à voir si elle sera effective ou non.

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Illustration d’en-tête : Capture d’écran d’une photo de groupe des « Vandal » après un entraînement, postée le 13 mars 2026 sur « lnstagram ».