Mila Orriols et Yohan Pawer agressé·e·s à Besançon, un récit victimaire bidonné

Que s’est-il passé dans la soirée du samedi 4 avril, place du Huit-Septembre 1944 à Besançon ? À cette question, l’extrême droite a déployé son récit habituel. Celui d’une agression aussi soudaine que gratuite, qui repose sur une trame politique ficelée. Sur les réseaux sociaux, deux starlettes identitaires rapportent ainsi avoir été la cible unilatérale d’insultes salées, de menaces explicites et de gestes brutaux à cause de leurs seules idées. Sans autre élément que leur parole, l’occasion de jeter de prétendus assaillants à la vindicte populaire. Mais aux statuts victimaires et vengeurs dégainés pour les fans et algorithmes, ont rapidement surgit des zones d’ombre. Les deux protagonistes désignés ayant une toute autre version des faits, dépôt de plainte et certificat médical à l’appui. « Le Ch’ni » les a rencontrés.
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Une entrevue fortuite dans un bar
Mila Orriols, influenceuse empêtrée dans de nombreuses apologies racistes et totalitaires, ainsi que Yohan Pawer, responsable du collectif « Eros » et intervenant sur « CNews », l’affirment mordicus : « Nous avons été agressés hier soir en plein cœur de Besançon par deux individus. Nous étions tranquillement posés sur des escaliers. Ils nous ont reconnus et insultés de ‘sales nazis’. L’un a jeté sa cigarette allumée sur moi, l’autre m’a craché à la jambe ». « Il nous a également menacé de mort » ajoute la première, achevant l’appel au harcèlement en diffusant également la photographie des intéressés avec les mentions « rendez-le célèbre ! » et « sans oublier son ami le gros tat » (sic). Mais pas de vidéos de la scène, cette fois, rompant avec leurs réflexes, les virtuoses du web se contentant de simples captures d’écran, destinées à divulguer visages et informations personnelles.

À l’encontre des romances nationalistes distillées clés-en-main, c’est peut-être que la réalité est moins glamour que celle contée. C’est en tous cas l’avis du tandem mis en cause, que nous avons retrouvé quelques heures après l’éclatement de cette affaire. Loin de toute chasse organisée, les amis d’enfance étaient de passage dans la capitale comtoise pour visiter leur famille. « Nous vivons sur la région parisienne désormais, mais comme nous étions chacun dans notre ville d’origine au même moment, on s’est proposé d’aller boire un verre ensemble dans le centre » commence par développer Hayk. C’est à « l’Iguane café » que les péripéties débutent, autour de 20h00. « Une partie de l’arrière-salle semblait réservée, il y avait une quinzaine de personnes au total. On n’y avait pas fait attention plus que ça, puis au moment d’aller aux toilettes j’ai croisé Alice Cordier » poursuit-il.
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Façade de « l’Iguane café », établissement annexe à l’église Saint-Pierre.

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Échanges piquants et gaz lacrymogène
Dévisagé par la fondatrice de « Némésis », elle aussi visée par de graves polémiques, le jeune homme, pris de court, lui assène : « la montée du front, visiblement ce n’est pas une légende ! ». Il regagne ensuite sa table, sans réaction. Avant de partir peu après 20h30, sortant de l’établissement en direction de la rue de la République. C’est là que le duo aperçoit deux individus détaché·e·s du groupe, posés sur les marches de l’église Saint-Pierre. « Je crois reconnaître Mila, ce qui m’étonne. Je lance à mon pote, de manière audible, ‘qu’est-ce qu’il se passe, c’est quoi ce rassemblement de nazi·e·s ?’ Elle réagit vivement, mais mon compère s’interpose en lui expliquant qu’en effet nous trouvions très problématique qu’elle ait exécuté des saluts fascistes. Pas de réponse derrière, on repart. Là elle se précipite sur nous, hurlant qu’on est des lâches et qu’on doit venir s’expliquer ».

« Arrivée à notre hauteur, Mila m’a aspergé le visage avec une bombe au poivre. C’est là que la clope et le crachat sont intervenus, alors que Yohan Pawer, qui filmait depuis le début, se rapprochait. Bien sûr, nous étions choqués et énervés. Mais on en est resté là, décidant plutôt d’aller déposer plainte » poursuit Lautaro. Lequel a poussé les portes du commissariat de la Gare-d’Eau et réitéré sa vision des choses, d’après un procès-verbal de deux pages qu’il nous a communiqué. Non sans être préalablement passé par le CHRU Jean-Minjoz dans l’attente des réquisitions IML, dont l’examen clinique énumère bien « un érythème au niveau du cou à droite, une toux irritative et une rougeur conjonctivale bilatérale ». L’attestation d’un potentiel recours à une arme de catégorie D, qui, étrangement, n’a jamais été mentionnée dans la prose larmoyante servie par la partie adverse.
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Entrée du commissariat de la Gare-d’Eau.

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La légende comme seconde artillerie
« Nous on s’est dit, bon comme ielles sont en tort, ça va en rester là. Mais dès le lendemain, on est tombé sur leurs publications vite devenues virales. Sans surprise, leurs méthodes connues ne bougent pas : relater un incident de manière partielle et partiale, en nous affichant pour que nous et nos proches subissions des représailles. Mais sincèrement, on ne s’attendait pas à ce que leur bidonnage atteigne de tels sommets. On a alors réclamé la diffusion de la vidéo en leur possession, pour que leur communauté puisse se faire un avis libre et éclairé. Quitte à continuer de nous trasher, mais qu’au moins toutes les pièces soient mises sur la table. Évidemment, nous n’avons jamais eu de suites. En attendant, les insultes et menaces persistent. Mais nous n’avons aucun regret à confronter les opinions, ayant adopté un comportement citoyen au-dessus de toute critique » analyse Lautaro.

Si les acolytes assument leur sensibilité à gauche, ils assurent toutefois n’être encartés nul part. « J’ai vu fleurir les allusions à mon poids, à mon diabète, ou à mes origines. C’est d’autant plus drôle dans ce dernier cas, que je suis d’ascendance exclusivement européenne et de forte conviction chrétienne. Comme quoi, les clichés… » résume Hayk. Qui espère que la procédure ira à son terme, alimentée par la vidéosurveillance, dont un dispositif couvre la zone. Présente en marge du baptême d’une porte-parole comtoise de « Némésis », la cohorte d’extrême droite comptait d’autres membres comme la belle-sœur de Marion Maréchal. Sollicité·e·s lundi midi quant à leurs éventuels oublis et contradictions dans leur trame, Mila Orriols et Yohan Pawer n’ont pas réagit à nos demandes. Reste donc le volet pénal en cours, maintenant entre les mains de la police et de la justice.

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Illustration d’en-tête : Aperçu des marches de l’église Saint-Pierre et du renfoncement de la place du Huit-Septembre 1944 qui comprend la terrasse de « l’Iguane café ».