Dans l’affaire Quentin Deranque, un protagoniste originaire de Besançon

Via un dossier paru le 1er avril dernier, le média « StreetPress » dressait les profils de treize activistes mobilisés pour « Némésis », le 14 février 2026, se soldant par une rixe et la mort de Quentin Deranque. Désormais eux aussi inquiétés avec la remise en cause progressive du récit médiatique jusqu’alors imposé, ils s’étaient pourtant spontanément présentés en tant que témoins à charge contre les antifascistes. Via leurs auditions, ancrages et discours, se dessine un milieu de recrues néofascistes, identitaires et hooligans. Dans cet ensemble, où le sacré n’est jamais loin, Guillaume V., un bisontin de dix-neuf ans, se distingue. Étudiant à l’université catholique de Lyon, on le retrouve, dans la capitale comtoise, entre les sphères traditionalistes et le bureau du macroniste Laurent Croizier. .
.

Un membre de la grande famille traditionaliste
Ainsi qu’il l’a exposé aux agent·e·s, avant les faits, Guillaume V. avait déjà participé à un service d’ordre relatif à la procession de la « Fête-Dieu », sur sa ville natale. À Besançon, une seule congrégation maintient encore la coutume, a fortiori en recourant à un tel dispositif sécuritaire : la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre » (FSSP), établie à l’église de la Madeleine, qui, en effet, célèbre l’évènement chaque année, avec des bénévoles dédié·e·s à la surveillance, reconnaissables à leur allure parfois milicienne incluant le port de brassards. Pour le jeune homme, une présence qui ne s’est d’ailleurs pas limitée au simple coup de main occasionnel, étant cité au sein de divers bulletins paroissiaux, que nous nous sommes procurés, avec, notamment, sa communion notée à la date du 14 mai 2023. Un rendez-vous avec le Christ, mais, aussi, peut-être, avec la politique ?

Car depuis quelques années, ce site est devenu l’un des épicentres locaux de l’extrême droite, où cadres du « Rassemblement National » (RN), adeptes des « Vandal Besak » (VDL BSK) et autres nostalgiques de « l’ordre nouveau » se retrouvent ensemble aux offices. C’est encore ici que Yona Faedda, porte-parole comtoise de « Némésis » et à l’initiative d’un hommage à Quentin Deranque, a récemment pris ses attaches spirituelles, visible au dernier « Dimanche des Rameaux » ce 29 mars. Tout ce petit monde partageant une même vision du catholicisme, où religion et société convergent vers un idéal volontiers conservateur. Installé dans la capitale des Gaules, c’est donc en toute logique que Guillaume V. fréquente l’église Saint-Georges du Vieux-Lyon, également de rite tridentin, où il a été recruté pour servir de chaperon aux fémonationalistes. .

Aperçu des cérémonies de la « Fête-Dieu », en 2013 à Besançon. Au sein de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre » (FSSP), elles consistent en une procession autour de l’église de la Madeleine encadrée par un service d’ordre, dont un membre est ici bien visible – archives TdP.

.
Croizier, Fagaut et Vuillemin
Mais, avant l’incident mortel, le fidèle a également erré dans des arcanes plus « classiques » du pouvoir. Il a ainsi « effectué une semaine de stage d’observation en juillet 2025, auprès du député Modem du Doubs Laurent Croizier ». Une réalité toujours palpable à travers le site et le compte « Facebook » de ce dernier, où deux publications du 11 juillet 2025 évoquent bien « Guillaume étudiant en 1ère année de droit à Lyon » avec une photographie du parlementaire en compagnie de son apprenti. Si l’élu n’a pas donné suite à nos demandes, il a confirmé à « StreetPress » que « le stage s’est déroulé dans de bonnes conditions » et « qu’il n’a plus de contact depuis ». Alors que son patronyme est associé à une figure du barreau, il aurait été intéressant de comprendre par quels biais Guillaume V. a pu atterrir et évoluer aux côtés d’un si haut représentant de la nation.

Toujours est-il qu’entre convictions profondes et nécessités professionnelles, il est difficile de démêler le sens de ses engagements. Sur son profil « LinkedIn », Guillaume V. a laissé de nombreuses traces : entre une cérémonie « RN/UDR/IDL » en l’honneur de Quentin Deranque, une référence à Charlie Kirk, ou une conférence sur la vie de Jean-Marie le Pen, on relève des dizaines d’interactions sur des publications de Laurent Croizier, mais aussi de Benoît Vuillemin et de Ludovic Fagaut. Un intérêt prononcé pour la sécurité publique, la circulation routière, ou la confrontation avec Anne Vignot, qui ne se limite pas à ces quelques jours de formation mi-2025, puisque les relais commencent dès l’ouverture du compte en novembre 2024. Alors qu’hier encore, nous exposions les travers concrets de « l’union des droites », à nouveau, une telle alchimie interroge.

. Illustration d’en-tête : Guillaume V. (à droite) aux côtés du député Laurent Croizier, à l’occasion de sa fin de stage le 11 juillet 2025 – capture d’écran « Facebook ».
.

Le jeudi 9 avril à 13h12, « le Ch’ni » a reçu ce droit de réponse de Guillaume V. que nous publions en intégralité :

En réponse à l’article intitulé « Dans l’affaire Quentin Deranque, un protagoniste originaire de Besançon », publié le 4 avril 2026 sur le site « Le Ch’ni », je souhaite apporter les précisions suivantes.

L’article précité me mentionne sous l’appellation « Guillaume V. », me rend identifiable par la publication de ma photographie et me présente comme un « protagoniste » de l’affaire dite « Quentin Deranque », en m’inscrivant dans un « milieu de recrues néofascistes, identitaires et hooligans » et dans un environnement qualifié d’« extrême droite ».

Je ne suis membre d’aucun groupe néofasciste, identitaire ou hooligan.

Je n’entretiens aucun lien d’adhésion ou de participation organisée avec le mouvement « Némésis » ni avec aucune structure groupusculaire d’extrême droite. Les rapprochements opérés dans l’article entre ma personne et ces milieux, présentés comme des évidences, ne reposent sur aucun fait établi me concernant.

Ma présence à Lyon le 12 février 2026, telle qu’évoquée dans l’article, ne saurait, à elle seule, me faire considérer comme un « protagoniste » de l’affaire ayant conduit au décès de M. Quentin Deranque. Je conteste expressément toute participation aux faits de violence relatés et, à ce jour, aucune juridiction ne m’a condamné ni même reconnu comme auteur ou coauteur d’infractions en lien avec ces faits.

L’usage, dans le titre même de l’article, du terme « protagoniste », dans le contexte d’une rixe mortelle, crée à tort, pour le lecteur, l’impression que je serais personnellement impliqué dans cette affaire.

Les activités religieuses ou bénévoles auxquelles j’ai pu participer au sein de la communauté catholique de Besançon, notamment dans le cadre des cérémonies de la Fête-Dieu, relèvent de ma vie spirituelle et de mon engagement personnel. Elles ne constituent pas l’expression d’une adhésion à une idéologie extrémiste ou violente.

Il est exact que j’ai effectué en juillet 2025 un stage d’observation auprès du député du Doubs M. Laurent Croizier, dans le cadre de mes études de droit. Il s’agit d’une expérience purement universitaire, limitée dans le temps, sans suite ni engagement politique de ma part. Le fait de la présenter, au sein d’un article consacré aux mouvances dites « néofascistes » et à « l’union des droites », lui confère une portée politique qu’elle n’a pas et que je conteste fermement.

En me désignant publiquement, de manière identifiable, comme appartenant à un « milieu de recrues néofascistes, identitaires et hooligans » et comme « protagoniste » d’une affaire ayant entraîné un décès, alors qu’aucune décision de justice ne m’a reconnu un quelconque rôle pénal dans ces faits, l’article porte atteinte à ma réputation et à la présomption d’innocence dont je bénéficie. Dans le contexte particulièrement tendu entourant cette affaire, une telle présentation, associée à la diffusion de ma photographie, est de nature à m’exposer à des menaces, à du harcèlement ou à des agressions, ce que je déplore vivement.

En conséquence, je demande à la rédaction de « Le Ch’ni » de bien vouloir publier intégralement le présent droit de réponse, dans les conditions prévues par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et les textes applicables aux services de communication au public en ligne, et dans des conditions de présentation et de visibilité analogues à celles de l’article initial.

Fait à Lyon, le 09/04/2026
Guillaume V.