Sur Besançon-la Malcombe, l’aire d’accueil des « gens du voyage » rasée pour y construire un parking ?

Avec la campagne des municipales, plusieurs candidat·e·s s’étaient avancé·e·s sur la question des « gens du voyage ». Le tandem Ludovic Fagaut/Laurent Croizier ayant ainsi livré ses propositions sur le sujet, en particulier quant à l’aire d’accueil de la Malcombe. Considérant que le site était inadapté pour ces populations, ils projetaient d’en faire un parking. Sans esquisser de réelles alternatives pour la vingtaine de familles sédentarisées présentes, qui vit pourtant sur place parfois depuis des décennies. Alors qu’il exprimait déjà ses craintes à l’annonce d’une telle idée en juin dernier, l’élection de la liste « Ensemble Besançon Avance » achève ce climat de tension pour Rémy Vienot. Selon le président de « Espoir et Fraternité Tsiganes de Franche-Comté », il y a un véritable risque d’ostracisme.
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À Besançon, les voyageurs/voyageuses ont-ielles leur place ? Malgré les années de luttes, Rémy Vienot porte cette interrogation sans relâche. D’abord durant le mandat de Jean-Louis Fousseret, où les confrontations étaient déjà nombreuses. Une vigilance qui s’est maintenue avec l’arrivée d’Anne Vignot en 2020, même si, enfin, la situation semblait s’être stabilisée. « Tout n’était pas parfait, on l’a vu avec la descente policière du 27 mai 2024 sur Témis ou l’arrêté visant la friche de la Rodia il y a quelques jours. Mais à chaque fois qu’il y avait un problème, nous étions considéré·e·s, consulté·e·s, intégré·e·s, si bien qu’on trouvait toujours des solutions. Avec la nouvelle majorité, nous ne sommes plus dans cette optique » expose-t-il en toile de fond. Car l’équipe installée depuis le 27 mars dernier n’a jamais caché sa vision des choses, prévoyant de raser le site de la Malcombe pour permettre le stationnement des visiteurs/visiteuses de Micropolis.

« Entre l’existence de soixante-dix à quatre-vingt-dix administré·e·s et les quelques bagnoles qui manquent de places lors de gros évènements comme la ‘Foire Comtoise’, ce sont évidemment les premiers/premières qui sont sacrifié·e·s. Au moins les choses sont nettes, nous sommes vu·e·s comme des citoyen·ne·s de seconde zone ! Après, fallait-il s’en étonner ? Ces derniers mois, des partisan·e·s de Ludovic Fagaut se sont aussi acharné·e·s contre nous sur les réseaux sociaux. Les deux expressions se complètent d’ailleurs, entre une violence administrative incarnée par des notables policés et un déchaînement de haine sans filtre à travers leur base fanatisée. Dans tous les cas, le résultat est le même, leur vision du monde c’est qu’on n’a pas notre place dans la société » s’emporte le bientôt cinquantenaire, qui évoque sans artifice son « écœurement » et une part de « résignation ».

Car depuis son coup de gueule il y a presque un an, les intéressés n’ont jamais tenté de clarifier leur projet. Une absence d’horizon qui nourrit les appréhensions, alors que les législations et attaques se multiplient. « Ici, la plupart gagnent leur vie sur les marchés, d’autres bénéficient du CHRU Jean-Minjoz à deux pas, quand les gamins sont inscrit·e·s à l’école Jules Ferry juste à côté… On ne peut pas déraciner une communauté installée depuis cinquante ans, sans anticiper ces dimensions professionnelles, médicales, scolaires. Ce qu’on aimerait ce sont des garanties, que ces ménages ne soient pas dégagés entre une forêt et une décharge au milieu de nulle part, dans un cadre qui, sur le papier, respecterait les lois, mais, dans les faits, les couperaient de tout. Aujourd’hui, c’est là-dessus que se concentre l’essentiel de nos inquiétudes » achève le militant associatif.

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Illustration d’en-tête : Rémy Vienot à Auschwitz-Birkenau, le 28 octobre 2020 – tous droits réservés.