Radon : ce gaz inconnu que l’on respire au quotidien
Le radon est un gaz radioactif qui provient de la dégradation de l’uranium, un métal naturellement présent dans la croûte terrestre. Sur Terre, chaque tonne (t) de roche contient en moyenne entre 2 et 3 grammes (g) d’uranium, moins rare donc que certains métaux précieux comme l’or (0,0011 g/t) ou l’argent (0,075 g/t). Passant d’un état solide à gazeux, inodore et incolore, il se fraie un passage à travers les failles géologiques ou les sols perméables en remontant jusqu’à la surface. Une fois à l’air libre ou dans l’eau, il se dilue naturellement sans faire parler de lui. En revanche, s’il se trouve un endroit clos sur son passage (cavité, bâtisse dépourvue de ventilation…), il pourra s’y accumuler dans des conditions le permettant par effet de confinement, et donc voir sa concentration augmenter inexorablement.
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Quels risques sur la santé ?
Principale source d’exposition aux rayonnements ionisants pour la population française, le radon est classé « cancérogène pulmonaire certain » par l’Organisation mondiale de la santé (« OMS ») depuis 1987. Deuxième cause de cancer du poumon en France avec, en moyenne, 2 000 cas par an. L’augmentation du risque est proportionnelle au niveau d’exposition. (+15% chaque 100 Bq/m3), ses effets néfastes sur la santé sont multipliés par 20 s’il est associé au tabagisme.

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En Franche-Comté, la fraction de cancers du poumon attribuable au radon est comprise entre 14 et 27%, alors qu’elle ne représente entre 5 à 12% en France, selon le plan régional santé environnement dit « PRSE 2 ». Pour évaluer l’impact du radon sur la santé, on s’intéresse à sa concentration dans l’air, qui se mesure en Becquerel (Bq)/m3. En 2009, « l’OMS » a recommandé un niveau de référence de 100 Bq/m3, La réglementation Française quant à elle, fixe un seuil de référence à 300 Bq/m3.
Mais attention, s’il y a une forte concentration en radon dans votre logement, d’autres polluants peuvent probablement s’y trouver, tous symptomatiques d’un manque de renouvellement de l’air intérieur ; qui peut être jusqu’à 10 fois plus pollué que l’air extérieur, alors même que nous passons en moyenne 80% de notre temps en lieux clos. En effet, l’humidité, le monoxyde de carbone, dioxyde de carbone et autres COV (Composés Organiques Volatiles) s’accumulent en permanence en milieu occupé et s’il n’est pas correctement renouvelé par un système mécanique contrôlé appelé (VMC), cela se traduit par diminution de la qualité de l’air intérieur, dont les conséquences sanitaires sont certaines.
Il est important de rappeler ici que le coût global de l’inaction est nettement supérieur au coût de l’action, notamment sur le sujet de la Qualité de l’Air Intérieure, appelée QAI. Un groupe de travail pluridisciplinaire « REMEDIER » (REcherche de MÉthoDe coût-bénéfIce pour la gEstion du Radon) a été créé en 2024 et cherche à explorer l’application de l’Analyse Coût-Bénéfice (ACB) aux travaux de remédiation dans l’habitat privé. (ASNR, IRSN, CSTB, CEPN, CEREMA, ATMO…).
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Comment savoir si je suis exposé à ce risque ?
Il est compliqué d’évaluer à grande échelle le risque radon, car ce gaz est diffus par nature et dépend de beaucoup de facteurs, notamment de la géologie du milieu avec la présence de plus ou moins d’éléments uranifères (sols granitiques, volcaniques…) mais aussi de sa capacité à laisser transiter ce gaz jusqu’à la surface (sols karstiques, sableux, failles naturelles, etc).
En France, plusieurs cartes se sont succédé et ont été adoptées pour tenter de prévenir de l’exposition potentielle et/ou fixer un cadre réglementaire, notamment pour les ERP (Établissements Recevant du Public) et occupants de logements (diagnostic immobilier lors de l’achat) :
– Une carte avant 2018 basée sur des relevés de terrains (caduque) ;
– Une carte après 2018 basée sur le potentiel géologique (en vigueur).
La première en vigueur jusqu’en 2018 [figure 2], basée sur des relevés de terrain, a permis de mettre en pratique un principe de vigilance dans les zones concernées et notamment dans le Doubs, classé alors zone à fort potentiel, avec :
– Obligation de mesure du radon lors de la construction d’un ERP avec obligation de travaux si dépassement ;
– Obligation de publication du niveau de risque élevé dans le diagnostic immobilier lors de l’achat d’un bien.

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La deuxième carte [figure 3], en vigueur depuis 2018, détermine le nouveau cadre de vigilance en France, on peut y constater la quasi-disparition des radars du territoire du Doubs qui passe en « potentiel faible » (catégorie 1). [figure 3 et 4].
Cela se traduit par la non-obligation des ERP en construction ou à venir d’effectuer un contrôle radon ; l’apparition du risque de manière anecdotique dans les diagnostics de ventes immobilières affecte la prévention prévue par le droit du travail puisque le département est désormais classé « potentiel faible ».

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Est-ce la fin du risque pour les habitant·e·s du département ? Non, la réalité est beaucoup plus contrastée que cela et les retours de terrain sont préoccupants. Pour exemple, le Haut-Doubs, classé « potentiel faible », a vu après deux campagnes de mesures organisées par les communautés de communes (CCVM et CCPHD) certains logements pouvant atteindre une concentration moyenne en radon à plus de 4800Bq/m3 (dans une pièce de vie, sur plusieurs mois). Soit une mesure seize fois plus élevée que la recommandation de l’OMS.
Ces campagnes menées entre 2022 et 2025 ont concerné 247 logements ; 52% présentaient un dépassement du seuil de référence de 300Bq/m3, dont 10% au-dessus de 1000Bq/m3. Une partie des résultats peuvent s’expliquer par le concours de particularités géologiques et constructives des secteurs du Haut-Doubs et Haut-Jura :
– Sol karstique fortement fracturé avec une roche-mère très proche ou affleurante à la surface ;
– Constructions sur terres battues sans chapes ni vides sanitaires, pourvues de caves/garde manger ;
– Maçonnerie en pierres (moellons) avec remplissage à la chaux (poreux au radon) ;
– Grandes surfaces constructives avec une très faible étanchéité à l’air de l’interface sol/bâti ;
– Chauffage bois avec tirages naturels (mettant en dépression le logement et « pompant » le radon) ;
– Absence de système de ventilation ou mise en place d’un système inadapté voire contre-productif.
Attention : Les sols argileux étaient auparavant de bons remparts au transit du radon grâce à leurs propriétés imperméables, cependant, les contraintes hydriques causées par le dérèglement climatique affectent son efficacité en les rendant poreux par le phénomène de « retrait-gonflement » qui est de plus en plus marqué.
Si l’on va plus loin dans la comparaison, nous pouvons opposer l’actuelle carte Française à celle Suisse [figure 5], qui est basée sur de nombreux contrôles et met en lumière une très forte concertation de ce gaz sur la bande frontalière.

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Est-ce que la limite administrative d’un pays en contient la radioactivité ? La question pourrait faire sourire si elle n’avait pas un air de « déjà vu ». Pour conclure sur ce chapitre, il est important de bien comprendre que les indications géographiques peuvent être vagues, voire contradictoires, spécifiquement sur le territoire du Doubs, et qu’elles ne seraient à même de vous exclure de ce risque.
Plus important encore, que d’un logement à l’autre, même mitoyen, d’une pièce à l’autre, les concentrations en radon peuvent sensiblement varier en fonction de la composition du sol, du type de construction, de la ventilation en place et de son entretien, des habitudes des usagers, etc. Pour connaitre son niveau d’exposition réel, il n’existe qu’une seule solution : le dépistage.
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Comment procéder au dépistage de mon logement ?
Le moyen le plus simple et abordable : le kit de dépistage passif.
Il s’agit, pendant les mois de chauffe du bâtiment (période où nous confinons le plus nos lieux de vie et où, pour des raisons physiques, le radon y est plus facilement attiré) de poser un ou plusieurs testeurs passifs à hauteur de personne et dans les pièces de vie pour évaluer son exposition moyenne.
Après deux mois de pose minimum, vous pourrez renvoyer vos testeurs pour analyse. A l’issue de cette analyse, vous connaîtrez alors votre niveau d’exposition moyen lors de cette période (en Bq/m3). Ces kits sont généralement pré-affranchis avec l’analyse des résultats incluse dans le prix, qui est comprise entre 30 et 50€ en fonction du nombre d’appareils et du fabricant.
Vous avez également la possibilité d’acheter un détecteur électronique ou de faire appel à un bureau d’étude technique qualifié, qui seront dans les deux cas plus onéreux. Quelques exemples de fournisseurs de kits passifs :
– PEARL. ZAC de la technopôle – 20, rue Atlantis – 87068 Limoges Cedex / www.pearl-sas.com ;
– ALGADE. Avenue de Brugeaud – 87250 Bessines-sur-Gartempe / www.algade.com ;
– RADONOVA. Box 6522 – 75138 Uppsala – Suède / https://radonova.fr.
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Que faire si le résultat des mesures de dépistage dépasse les recommandations de 300Bq/m3 ?
Si vous êtes concerné·e par des concentrations élevées en radon, il est fort probable que cela soit le symptôme d’un manque de renouvellement de l’air de votre maison, et donc que sa qualité soit globalement dégradée.
Cette problématique peut toucher tous les logements, qu’ils soient anciens, rénovés ou tout juste construits.
Premier coupable : la ventilation. Ne pas confondre ventilation et aération :
– L’aération est une action ponctuelle qui permet le renouvellement de l’air d’un logement en ouvrant les menuiseries.
– La ventilation est un système qui à pour but de forcer le renouvellement de l’air de l’ensemble d’un logement de manière permanente et homogène, c’est-à-dire continu et dans chaque pièce.
Vous devez aérer votre logement, 5 à 10 minutes par jour mais, sans une ventilation continue et homogène, cela sera insuffisant pour vous garantir une qualité de l’air satisfaisante. Face à une exposition au radon, il faudra multiplier ce processus, au moins deux à trois fois par jours (matin, midi et soir) pour chasser le maximum de polluant possible dans l’attente d’une solution technique pérenne.
ATTENTION : La présence d’un système de ventilation dans votre bâtisse ne vous garantit pas d’être à l’abri de tous risques, au contraire : nombre de VMC sont installées de manière non optimale et peuvent même être contre-productives, concourant ainsi à faire augmenter la concentration en radionucléides dans votre logement. Des points d’entrée peuvent également être incriminés (réseaux d’eaux, de chauffage, télécoms, cave, bordures de chape, trappes…). Il faudra alors chercher à en améliorer l’étanchéité.
Il sera primordial de faire le point sur la situation de votre logement avec les bons conseils, pour passer au crible tous les éléments pouvant concourir à ces résultats tels que : la typologie du logement, la configuration des lieux, le système de ventilation et sa complète conformité, de chauffage, vos habitudes d’occupation, les points d’entrée du gaz… Par la suite, des actions correctives pourront être mises en place pour circonscrire la problématique : étanchéification des points d’entrée, mise en légère surpression du logement, mise en conformité de la VMC, installation d’un puisard à radon, etc.
Une partie de ces actions sont simples et peuvent tout à fait être réalisées soi-même. Dans tous les cas, un contrôle post-action sera nécessaire pour confirmer l’efficacité de la campagne de travaux engagée. Pour vous accompagner et vous informer sur cette problématique, vous pouvez vous rapprocher d’un espace conseil « France Rénov’ » et prendre rendez-vous avec un conseiller en rénovation à la Maison de l’Habitat du Doubs (conseils neutres et gratuits) et/ou consulter le site internet ressource : https://jurad-bat.net/.
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Paco Guardado.
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Illustration d’en-tête : https://pixabay.com et retouches par Paco Guardado.
