Journée nationale de mobilisation, le mouvement lycéen continue
Alors que ce 6 octobre marquait une journée de mobilisation nationale pour soutenir le mouvement lycéen, les jeunes bisontins et bisontines ont encore une fois montré leur détermination à poursuivre l’action. De manifestation déclarée en « manifestations sauvages », d’arrestations absurdes à une nouvelle intrusion policière à l’intérieur de la fac, « Le Ch’ni » propose de revenir sur cette journée de mobilisation en en relatant le déroulé, mais aussi en témoignant des questions qui semblent traverser l’organisation de la lutte dans la capitale comtoise.
Une mobilisation massive
Encore une fois au petit matin, les lycéen·ne·s ont montré une vive énergie dans les lycées généraux. Tous à l’exception des établissements privés et de Jules Haag site Labbé, théâtre des rassemblements lycéens de ces derniers jours, étaient bloqué par les élèves. Empêché·e·s par un dispositif conséquent, l’autre lieu des rendez-vous de mobilisation bisontine, le Lycée Condé, était lui aussi bien ouvert. Pourtant entraînés par un appel national qui aura permis un soutien supplémentaire des étudiant·e·s et des actives et actifs d’autres secteurs d’activité, les lycées professionnels n’auront pas réussi à trouver un nouveau souffle. Particulièrement touchés par la répression policière de ces derniers jours, beaucoup ont préféré rejoindre d’autres établissements pour plus de sécurité.
Mais le point culminant de la matinée ne consistait pas en ces blocages éparses et démarrait aux parc des Glacis. Initialement prévue à 10h00, la marche officielle a finalement démarré vers 11h00 pour permettre à l’ensemble des personnes mobilisées à travers la capitale comtoise d’arriver sur place. Mais l’attente en valait la chandelle, plus de 4 150 participant·e·s selon la CGT ont déambulé dans les rues bisontines, suivant scrupuleusement le parcours, jusqu’à arriver au croisement de la rue des Granges et de la rue de la République. Lassé de suivre les véhicules municipaux et syndicaux, un groupe qui avait réussi plus tôt à reprendre la tête de cortège s’est élancé dans « une sauvage », direction le rectorat rue Sarrail. Suite à ce bref détour, le groupe de plusieurs centaines de personnes s’est redéployé dans le centre-ville jusqu’au point de chute initial : le parc Micaud.
Là-bas, les syndicats ont pu témoigner matériellement de leur soutien aux élèves en distribuant gratuitement de quoi manger : « C’est vraiment bien d’avoir fait ça, on avait pas toujours la possibilité d’aller à la cantine le midi et ça commençait à vider le porte-monnaie […] Ce serait vraiment bien que ça puisse continuer » expliquait une lycéenne sur place. Cette pause méridienne n’aura finalement pas entaché l’entrain de la journée et très rapidement, un nouvel appel à se réunir place de la Révolution en début d’après-midi était lancé. C’est donc autour de 14h30 que se sont massivement réuni·e·s des personnes de tous âges et de toutes professions, avant de lancer une nouvelle « manifestation sauvage » réunissant à son pic plus de 1 000 personnes. La journée s’achèvera avec une assemblée générale sur le site Mégevand de l’Université, de quoi discuter de la suite du mouvement.



Un maintien de l’ordre chaotique
Mais encore fallait-il arriver à Mégevand, car après une nasse sur la place de la Révolution, le cortège a été empêché par deux fois de traverser les ponts permettant l’accès au centre-ville. Des méthodes rappelant les mobilisations des Gilets Jaunes ou celles contre l’augmentation de l’âge de départ à la retraite. Finalement le cortège a été autorisé à traverser le pont Canot dans une espèce de couloir de sécurité, encadré par les gendarmes mobiles et dont les modalités étaient plus que floues. Un moment de tension particulier qui a attisé la colère des participant·e·s, déjà bien vive après la nasse. « C’est scandaleux, ces méthodes sont illégales et n’ont pour but que d’attiser la colère des manifestant·e·s, ils n’attendent que ça, un jet de pierre, un slogan, pour gazer, charger et interpeller » s’offusque un étudiant militant syndical, avant de poursuivre : « Si certains avaient encore des doutes sur les méthodes fascistes de la police, ils sont servis ».
Mais des jets de pierres ou d’autres objets n’auront pas lieu. « Ça vient apaiser la situation en sortant sa matraque, entouré par une vingtaine de robocops » fustige un lycéen, persuadé que les forces de l’ordre n’attendaient qu’une chose, charger. Un « calme » tel de la part des manifestant·e·s qu’à plusieurs reprises, les discussions avec les gradés ont généré un va-et-vient entre leur directives préfectorales et les décisions de terrain. Des temps d’attente exaspérants pour les jeunes mobilisé·e·s, qui n’ont alors pas hésité à changer plusieurs fois de lieu, bloquant la place Leclerc et se déversant dans la rue de la Madelaine. Au final, les bleus armés jusqu’aux dents finiront par céder aux demandes premières de la manifestation : rejoindre la faculté de Lettres pour y faire une assemblée générale.
Mais si au final, l’après midi s’est achevée sans affrontement, la journée n’a pas été calme pour autant. De nombreuses arrestations ont ponctué la journée, souvent de manière isolée des groupes et effectuées en majorité par les brigades mobiles à motos, véritable « fléau » pour les manifestant·e·s. « Ils arrivent à toute vitesse avec les gyro pour effrayer tout le monde, vendredi ils ont roulé sur des gens, j’ai peur qu’ils finissent par percuter quelqu’un » explique une lycéenne. Obstruction de la prise de photo, refus de reconnaître les ordres de mission comme valables, intimidations, auront été le lot de ces arrestations, captées par nos reporters sur place, relevant des motifs pour le moins étranges : « Port d’arme ? il avait un couteau à bout rond je crois qu’il découpait quelque chose à manger » désespérait un jeune après l’arrestation devant le lycée Pergaud.



Dans le cortège rue Antide Janvier. Toufik-de-Planoise. Un mineur, menottes aux poignets. Nadwo


Place de la révolution des manifestant·e·s font face au dispotif policier. Sur le un mur est apposée une pancarte « Condés Racistes Sexistes ». Toufik-de-Planoise
Entre paternalisme et bienveillance
Mais au-delà de la répression policière, une autre question semble avoir pris une importance particulière durant cette journée de soutien à la mobilisation lycéenne : la place des adultes dans l’organisation et le déroulé de la journée. Un premier point de tension est né en amont, sur l’heure de départ en manifestation. « On a essayé d’expliquer qu’avec un départ au centre-ville à 10h00, ça allait être compliqué de mobiliser et déplacer les lycéen·ne·s de tout Besançon alors qu’on vient parfois de loin, qu’un départ à 14h00 était mieux » explique un membre de l’Union Syndicale Lycéenne. « On nous a répondu que c’était comme ça, que le dépôt en préfecture s’était fait dans l’urgence et qu’on ne pouvait pas changer l’heure », poursuit-il. Une posture qui interroge quand il est question de venir en « soutien au mouvement sans vouloir le récupérer ».
Un soutien qui n’a d’ailleurs pas toujours été du goût de tout le monde : « On est nassé sur une place et la seule chose qu’ils trouvent à faire c’est chanter ‘la police avec nous’ ; non la police n’est pas avec nous, on chante ‘ACAB’ depuis tout à l’heure, on a rien à dire à ces clébards de l’État » s’énerve un étudiant. En effet, plusieurs syndicalistes et personnes plus âgées avaient entrepris de faire un « cordon de sécurité » autour des plus jeunes pour les protéger lors de la nasse, un choix sûrement bienveillant mais non concerté que d’autres, encore, ont jugé comme un excès de paternalisme : « En faisant ça ils ont complètement bloqué nos revendications et notre dynamique, ils étaient seuls à aller discuter avec les flics, seuls à prendre les décisions, je me sens infantilisée » expliquait une lycéenne après être sortie de la nasse.
Côté « adultes » les positions sont variables, certain·e·s abondent dans le sens des jeunes : « Je ne comprends pas ce que fais la « FSU » avec sa voiture et ses drapeaux, nous notre centrale nous a dit ‘on est là en soutien, pas de drapeau juste des chasubles pour être identifiables et on laisse les jeunes s’exprimer‘ » raconte une militant « CGT ». D’autres sont convaincu·e·s du bien-fondé de leurs agissements : « Si on était pas allé discuter, on se serait déjà fait gazer » rétorque un homme, sans rattachement syndical ou partisan, ayant participé aux discussion. La palme de celleux qui auront le plus provoqué la colère des jeunes revient tout de même aux écologistes : « Je sais pas ce qu’elle est venue faire Vignot, à part des images pour se mettre en avant avec Poulin, ils n’ont pas attendu la fin de la manif sauvage pour poster la vidéo de leur intervention, sans floutage, alors qu’on était en pleine nasse » s’emporte un étudiant lors de l’assemblée générale de Mégevand.



Une chaîne humaine visant à protéger le cortège et un jeune perché sur un poteau de signalisation brandissant un fumigène. Toufik-de-Planoise

Au final, la journée s’est conclue sur une nouvelle nationale : la banalisation des cours pour l’ensemble des lycées de France. Une nouvelle accueillie entre joie d’avoir réussi à faire fléchir le gouvernement et crainte d’une manigance pour étouffer le mouvement. Toujours est-il que l’élan se poursuivra demain et qu’élèves comme étudiant·e·s sont déterminé·e·s à continuer jusqu’à ce que leur revendications soient écoutées et prises en compte. Qui sait, peut-être que cette détermination associée à une première mobilisation inter-secteur fera naître l’étincelle d’une réelle grève générale ?
À noter également la tenue d’une mobilisation parallèle, les auxiliaires de vie du CCAS s’étant retrouvées à 13h30 sur le parvis des Droits Humains pour des revendications portants sur les astreintes, les contrats et surtout une revalorisation de la prise en charge du carburant
Nadwo
Illustration d’en-tête : Le cortège en bas de l’avenue Charles Siffert. Nadwo
