« Ce mardi, on espère un raz-de-marée populaire »
Ce lundi 5 octobre, le « soulèvement lycéen » s’est poursuivi à Besançon. Dans des proportions certes bien moindres que les jours précédents, seuls quelques établissements ayant été perturbés, totalement ou partiellement, comme Condé, Jules Haag, Louis Pasteur et Victor Hugo. Pas de quoi démoraliser les troupes, toujours engagées entre blocus et cortèges sauvages pour faire entendre leurs revendications. Outre le manque de moyens et de dialogue, s’ajoute désormais le grief de la répression, encore très marquée aujourd’hui malgré le calme apparent. Tous les regards se portent désormais sur la journée de demain, qui verra la reprise du mouvement avec une convergence des étudiant·e·s et syndicats.
Déclin amorcé ou pause stratégique ?
Au petit matin, il y avait peu de monde pour maintenir les barricades. Au lycée Victor Hugo de Besançon-Planoise par exemple, devant les grilles baissées, le front était tenu par une bonne dizaine de participant·e·s seulement. Un contingent actif plus modeste, mais toujours autant déterminé à ce que des solutions répondent à leurs préoccupations, dont la suppression de « Parcoursup », un plan de recrutement ou une meilleure organisation des emplois du temps. « Comme d’autres, j’ai priorisé un domaine pour l’université. Mais, si dans ce thème, il y a des carences, genre un·e prof pas remplacé·e pendant longtemps, ça veut dire moins de cours, moins de savoirs, bien moins de chances de réussite. Derrière, comment je fais ? » interroge une élève.
Quartiers prioritaires, zones rurales, centres-villes, les inquiétudes se recoupent partout. Mais, pour l’instant, à part l’instauration d’une « plateforme de concertation », sur le modèle des « gilets jaunes », la promesse régalienne s’est surtout incarnée par une omniprésence policière. « Personne n’aime les débordements, mais sans ça nous n’aurions jamais été entendu·e·s. Les problèmes qu’on évoque ne sont pas nouveaux, mes deux grandes sœurs peuvent en attester. Macron, ça fait deux mandats qu’il est là, rien n’a été fait pour la jeunesse, chaque année c’est pire. Et alors que la situation est déjà chaotique et la colère à son comble, son gouvernement prévoit des suppressions de poste ? Ce mardi, on espère un raz-de-marée populaire » explique un trio de Jules Haag.




Une répression encore omniprésente
À l’exception d’incidents isolés, comme un tir de mortier d’artifice sur une crèche, dont les liens avec la grogne ambiante restent à établir, les foules et tensions n’étaient donc pas au rendez-vous. Les « forces de l’ordre » n’en sont pas moins restées visibles, enchaînant les interpellations. Au moins cinq selon notre comptage, sur des bases qui interrogent parfois. C’était le cas place Marulaz vers 11h30, lorsqu’un adolescent est arrêté. « Il ne faisait rien de particulier, donc pendant qu’il se faisait embarquer, je lui ai dit qu’il avait le droit de voir un·e avocat·e et un·e médecin. Un agent était en rage, il m’a assené que j’aidais un individu qui avait gravement blessé un fonctionnaire. J’ai demandé à ses copains ce qu’il en était, tous ont démenti » expose une enseignante.
Même incompréhension devant Louis Pasteur quinze minutes plus tard, lors d’une opération menée par les « Brigades Anti-Criminalité » devant l’entrée principale. Suscitant, cette fois, une réaction des protestataires présent·e·s, aux cris de « libérez-le ! ». « À ma connaissance, aucun dérapage n’est à déplorer ici. Alors, pourquoi le prendre lui ? Comme par hasard, ça tape souvent dans des profils racisés… » tonne une camarade. Une ultime « prise » qui entraîne la formation immédiate d’une manifestation, deux à trois cents soutiens hésitant à rejoindre le commissariat, la préfecture, avant de rejoindre le siège du rectorat à Sarrail. Les slogans antifascistes et anti-autoritaires rythmant le trajet, la reprise de la chanson soixante-huitarde « à bas l’État policier » en tête.




« La police n’a pas sa place entre ces murs »
Au sein du corps social et militant, l’heure est à la préparation, en particulier à l’université Marie et Louis Pasteur. Entre une réunion à la Bouloie à 10h00, qui a réuni une trentaine de personnes, et une assemblée à Mégevand à 18h00, avec un amphithéâtre plein à craquer, une entrevue a été proposée à 12h15 par le doyen de l’UFR-SLHS, Yohan Sahraoui. Celui-ci revenant sur les évènements du 2 octobre, quand des uniformes se sont illégalement introduits dans la fac : « Je tiens à redire ici que non, jamais le président n’a autorisé, toléré ou consenti d’une quelconque façon cette intervention. La police n’a pas sa place entre ces murs, je le dis d’autant plus volontiers que ce n’est pas une position personnelle mais simplement l’application de la loi ».
Soutien aux lycéen·ne·s, lutte contre les frais d’inscription pour les extra-communautaires, difficultés budgétaires autour de certaines filières, autant de sujets qui, par ses soins ou ceux d’autres intervenant·e·s, brosseront, là aussi, une colère spécifique et complémentaire. Un écho au malaise rencontré plus généralement dans la fonction publique et la société dans son ensemble, ainsi que le défilé du 29 septembre l’exposait. « Demain, il faut une levée de toute la population face à ce qu’il se passe. Qu’on ne se contente pas d’une gueulante sectorielle, mais que chaque élève, chaque parent, chaque salarié·e, soit en grève et dans la rue. Si on laisse passer les dingueries de la semaine dernière, c’en est terminé de nos libertés » s’indigne un chercheur.

.Toufik-de-Planoise
Illustration d’en-tête : Aperçu du blocus au lycée Condé – Crédit : V.L.
