MJC Clairs-Soleils menacée de fermeture : un mélodrame évitable ?
Mardi 6 octobre 2026, la MJC du quartier des Clairs-Soleils à Besançon organisait son assemblée générale (AG) au sein de ses locaux. Un événement au cours duquel il était question du vote des différents rapports d’activité de l’année. Dans une ambiance de salle comble, les tensions étaient souvent palpables entre les différents acteurs de la Ville et du quartier. Au-delà de la question des responsabilités quant à l’éventuelle fermeture du centre social, il était surtout intéressant de garder à l’esprit que, comme souvent, les habitant·e·s sont les premiers à payer les négligences et autres jeux de politiques locales… Pour rappel, trois salarié·e·s de la MJC pourraient être licencié·e·s et les activités pourraient aussi cesser au mois de novembre.
Qu’adviendra-t-il de la MJC des Clairs-Soleils au cours des prochains mois, voire des prochaines semaines ? C’était tout le propos de cette AG ayant eu lieu mardi dernier au Centre Martin Luther King à Besançon. Et même si la tenue de cette réunion était un préalable au déblocage financier de la situation, pour l’heure, les problèmes sont loin d’être réglés. Le président de la structure Jean-Marie Dame a introduit l’AG en lisant le rapport moral 2025 de l’association (consultable à la MJC) qui se voulait rassembleur, mais aussi lucide sur une situation financière problématique : « Chers adhérents, chers habitants, chers partenaires, chers bénévoles, chers salariés, prendre la parole pour présenter le rapport moral de l’année 2025 est un exercice particulier, car nous devons regarder avec lucidité les difficultés que nous rencontrons depuis plusieurs années ».
Une situation que la MJC du quartier des Clairs-Soleils explique par une hausse générale des frais de gestion dans un contexte économique de plus en plus compliqué : « L’augmentation du coût de la vie et l’inflation, la hausse de nos charges, mais également l’évolution des salaires liés à nos conventions collectives ». Autre élément à prendre en considération, selon la structure, l’augmentation de l’offre des activités à destination des habitant·e·s du quartier : « Nous avons continué à agir. Il y a quelques années, nous avons tout de même fait le choix de développer la médiation sociale par le sport pour répondre à une forte demande des familles […] Nous avons fait ce choix car nous avons cru et nous croyons toujours à la capacité du sport à créer du lien, à briser les difficultés et à accompagner les jeunes et les familles ».
Pour autant, l’association a aussi précisé dans cette note du rapport d’activité 2025 qu’elle souhaitait trouver des solutions durables pour pouvoir maintenir son action sociale : « Nous avons, pendant plusieurs années, utilisé nos fonds propres. Aujourd’hui, nous n’avons plus ces réserves et nous allons commencer à réfléchir collectivement et à nous interroger sur la pérennité de notre modèle et sur les moyens nécessaires pour continuer à répondre aux besoins des habitants ».
Des problèmes évidents
Une tonalité générale d’AG qui se voulait apaisante pour la structure associative, qui avait annoncé le 31 août dernier sur ses réseaux sociaux sa situation financière alarmante et potentiellement intenable. Ce qui avait donné lieu à de nombreuses réactions de la part de divers·e·s acteurices des quartiers et autres élu·e·s à la municipalité. Le lendemain de cette annonce, la Ville de Besançon avait même réagi par communiqué, relayé par la presse locale, afin de donner d’autres éléments permettant d’éclaircir la situation de la MJC, en mettant l’accent sur des problèmes anciens de « gouvernance ». Aussi, on apprenait que la municipalité, la CAF et l’État demandaient depuis des mois à la structure associative de sécuriser ses comptes, de se réunir davantage en instance et de transmettre les documents permettant aux financeurs de vérifier sa situation financière.
Un discours rappelé lors de l’AG mardi dernier par l’adjointe municipale aux quartiers et à la vie associative, Myriam Lemercier. « La ville de Besançon n’a jamais suspendu la subvention. Il reste juste un solde à verser et nous étions en attente de documents. Peut-être que nous les aurons suite à cette AG et à ce moment-là, la décision sera prise et ça passera au conseil municipal, donc ce n’est pas non plus dans 15 jours. C’est début décembre. C’est la loi […] Elle est la même pour tout le monde », argumente-elle. Une annonce qui fera réagir les élu·e·s d’opposition à la Ville de Besançon. Séverine Véziès d’abord, « la MJC des Clairs-Soleils doit vivre et doit continuer à proposer des activités aux familles. Nous sommes d’accord en tant qu’élu·e·s d’opposition pour que ce dossier soit mis à l’ordre du jour du conseil municipal dans une semaine, le 15 octobre prochain, et que nous votions cette subvention de 80 000 euros parce qu’on ne peut pas attendre le mois de décembre », a martelé la coordinatrice locale de « La France Insoumise ».
Outre les réactions de l’opposition pour avancer la date de la délibération au 15 octobre (date du prochain conseil municipal) en faveur d’un versement de la dernière tranche de la subvention par la ville, la réaction d’une habitante du quartier semble aussi très révélatrice, un peu plus tard lors de l’AG : « Madame Lemercier nous annonçait que les aides n’avaient pas été accordées parce qu’il manquait des documents et je ne comprends pas ça », a-t-elle déclaré. Autre intervention, celle du communiste Hasni Alem, en particulier à l’égard des potentiel·le·s ancien·ne·s salarié·e·s de la structure : « Je tiens à saluer le travail des salarié·e·s et en particulier de celles et ceux qui se reconnaitront et qui malheureusement pourraient, peut-être, nous quitter. Je veux les saluer car ils ont fait un travail extraordinaire, ils ne comptaient pas leurs heures ces personnes-là, ils venaient le matin très tôt, ils partaient le soir très tard, le week-end et les jours fériés ça n’existait pas pour eux. Ils étaient toujours là, présents ». Cette dernière intervention sera fortement critiquée par l’adjointe à la Ville pour les quartiers et la vie associative, pour qui les problèmes de la MJC ne dataient pas d’hier.
La parole nécessaires des habitant·e·s
En dehors des moments de tension perceptibles, il y avait aussi des notes plus positives lors de cette AG, notamment grâce à la prise de paroles de certain·e·s habitant·e·s et de jeunes ayant bénéficié des activités de la MJC lors de leur parcours. Lors du vote des nouveaux membres du conseil d’administration de l’association, plusieurs jeunes du quartier et adhérent·e·s ont expliqué en quoi l’existence de la MJC leur avait été bénéfique et avait contribué à leur réussite. « Je suis à la MJC cela fait six ans environ, nous avons pu vivre beaucoup de choses ici, on a voyagé, on a fait de la boxe ici, nous avons été accompagnés et entourés. Nous ne voulons pas que ça ferme », avance l’un d’entre eux.
Un peu plus tôt aussi, la parole d’Asma, habitante et aussi salariée de la structure associative, a recueilli de nombreux applaudissements de l’assemblée : « J’aimerais vraiment que la discussion soit bienveillante, que tout le monde y mette du sien parce que les premières personnes impactées, ce seront les habitants, ça va être la jeunesse, les enfants […] Ce que je ne veux pas, c’est un bras de fer entre les différentes parties ici. Tout le monde doit s’asseoir autour d’une table et discuter de façon bienveillante et le but, c’est que la MJC ne ferme pas ».
Même si le scénario de la fermeture définitive semble s’éloigner, il n’en reste pas moins que trois salarié·e·s de l’association pourraient être licencié·e·s. Dans l’assemblée, la question d’un participant adressée aux diverses instances présentes est restée sans réponse sur cette issue : « Si les problèmes financiers et structurels de la MJC étaient connus depuis des années, pourquoi cela n’a pas été traité bien en amont ? » Une chose est certaine, le rôle des habitant·e·s du quartier qui bénéficient de la structure est toujours plus nécessaire afin de conserver cette dernière et de l’améliorer.
Myriam Bendjilali
Illustration d’en-tête : Aperçu de la MJC du quartiers des Clairs Soleils à Besançon. Crédit : Wikipedro/cc-by-sa-4.0.
