En mémoire du génocide arménien, un projet de stèle à Besançon
Entre 1915 et 1923 en Anatolie, le régime nationaliste des « Jeunes-Turcs » engage un processus de nettoyage ethnique visant à la « turquisation » du territoire par l’extermination des communautés jugées indésirables. Une politique de massacres, de déportations, de famines, frappe alors, de façon organisée et systématique, les populations grecques pontiques, assyriennes, chaldéennes, syriaques… Mais aussi arméniennes. Pour cette seule catégorie, les estimations varient de 1,2 à 1,5 millions de victimes. Un génocide reconnu par une trentaine de pays, dont la France depuis 2001. Une mémoire d’abord portée par la diaspora, laquelle souhaite ériger une stèle commémorative à Besançon.
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Après un précédent à Belfort le 24 avril 2026, l’association « Garegin Njdeh » souhaite que la capitale comtoise dispose aussi d’un « khatchkar » ou « pierre à croix ». Un petit monument sculpté, dont l’art a été reconnu au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. « Nous souhaitons qu’il puisse devenir un lieu de mémoire et de recueillement, mais également un symbole de paix et de transmission pour les générations futures. Ce projet est pleinement soutenu par la Ville de Besançon, avec laquelle nous sommes en collaboration afin de déterminer l’emplacement le plus adapté. Notre objectif est de pouvoir l’inaugurer le 24 avril 2027, à l’occasion de la commémoration du génocide des Arméniens » explique ainsi Naré Kirakosian, secrétaire de la structure.
Une date qui a été officialisée en 2019 avec depuis, chaque année, des cérémonies dans la région. « Même si elle est plus modeste que dans certaines grandes villes, il existe une communauté arménienne à Besançon et plus largement en Bourgogne-Franche-Comté. Notre association contribue notamment à faire vivre la langue et la culture arméniennes auprès des jeunes générations, à travers des cours, des activités culturelles et des événements. Cette ville est également connue pour son attachement aux valeurs humanistes et aux droits de l’Homme, comme à travers la figure de Victor Hugo. Cela donne, à nos yeux, une résonance particulière à un projet consacré à la mémoire d’un génocide et à la transmission de cette histoire » précise notre interlocutrice.
Une parole d’autant plus utile que les lectures révisionnistes font jour. « Concernant la négation du génocide arménien, elle reste malheureusement une réalité. Nous savons que cette mémoire peut encore susciter des réactions hostiles ou négationnistes. Pour notre part, nous souhaitons surtout défendre la transmission de l’histoire et la reconnaissance du génocide, sans entrer dans une logique d’opposition entre communautés. Notre association porte un message de paix, de respect et d’échange. Ce monument sera un lieu ouvert à toutes et tous : aux familles arméniennes de la région, aux jeunes générations, mais également à l’ensemble des habitants de Besançon et des environs, afin de favoriser la découverte, le dialogue et le rapprochement entre les cultures ».
Un horizon certes limpide, mais est-ce que le principe de laïcité permet bien aux pouvoirs publics de s’impliquer ? « Sur la dimension confessionnelle, il est vrai qu’il s’agit traditionnellement d’une pierre à croix, profondément liée à l’histoire et à la culture chrétiennes arméniennes. Toutefois, notre projet ne s’inscrit absolument pas dans une démarche religieuse ou de prosélytisme. Il s’agit avant tout d’un monument culturel et mémoriel consacré aux victimes du génocide des Arméniens de 1915 » rassure Naré Kirakosian. Ne manquent donc plus que les financements, environ 7 200 euros pour le transport, l’installation, le socle, la plaque explicative ainsi que les différents frais nécessaires à sa réalisation ; à cette fin, une cagnotte en ligne vient d’être ouverte.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Aperçu de « khatchkars » au complexe monastique de Noravank, en 2018 – Soghomon Matevosyan/cc-by-sa-4.0.
