« Œil de Lynx photography », critique interdite d’un virtuose de l’objectif
Édito. À l’instar du monde littéraire ou musical, certains milieux se pensent si hautement « artistiques » qu’exprimer la moindre réserve sur leur « œuvre » est synonyme de retour aux autodafés ou à l’inquisition. Une attaque tellement grave contre la liberté affirment-ielles, que cette hérésie justifie dès lors tous les arrangements et lynchages inverses. Chez Cyril Mayeur, alias « Œil de Lynx photography », on joue désormais à fond cette carte victimaire. Alors que celui qui se jure « ni de gauche ni de droite » a multiplié les portraits politiques, surtout très à droite, des internautes ont osé questionner son principe affiché de « neutralité ». Inadmissible pour l’intéressé qui, de publications en commentaires, n’hésite plus à s’en prendre, à travers les réseaux sociaux et sa flopée de fans assez marqué·e·s, non seulement aux critiques, mais aussi à celleux qui n’auraient pas suffisamment pris sa défense.
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Quand on pense à des photo-reporters martyrs en lien avec la Franche-Comté, le nom d’Antoni Lallican, tué l’année dernière sur le front ukrainien, émerge spontanément. Mais, visiblement, pour une poignée de fanatiques, Cyril Mayeur est au moins autant digne de figurer à ses côtés. Tout commence le 25 novembre dernier, lorsque Jordan Bardella, responsable du « Rassemblement National », est en visite à Vesoul. L’occasion de vingt-sept tirages publiés le lendemain à 00h14 sur les plateformes « Œil de Lynx photography », de gros plans sur le potentiel présidentiable, à la vente de ses bouquins, en passant par ses bains de foule. « Voici », « Gala » ou « Paris Match » n’auraient guère fait mieux, tant le cadrage se veut parfait et éloigné des péripéties fâcheuses qui ont fait le tour de France. Un exercice qui a cependant suscité interrogations et réprimandes, certes parfois virulentes d’internautes, sur les limites d’une prétendue « objectivité » alléguée.
Après avoir tenté de juguler l’affront y compris en bloquant des comptes à la pelle, le reporter se fend d’un premier communiqué à 11h58… Estampillé « liberté ? », l’auteur dénonce avoir été « piétiné, insulté, black listé » pour n’avoir « fai[t] que [s]on métier » tout en affirmant n’être « ni d’extrême gauche, ni d’extrême droite, je ne suis que photographe ». Il justifie également l’absence de parti pris dans sa démarche, en listant les personnalités passées sous son flash ; mais à l’exception de quelques clichés de François Hollande ressortis en caution, à ce jour l’essentiel des lauréat·e·s se nomment Marine le Pen (« RN »), Éric Zemmour (« REC »), Valérie Pécresse (« LR »), Ludovic Fagaut (« LR »), Christine Bouquin (« LR »), ou encore Laurent Croizier (« MoDem »). « Œil de Lynx » semble donc avoir une cécité notable à son orbite gauche, limitant ses modèles à un spectre bien précis. Mais, quand bien même il en aurait été autrement, la problématique n’en reste pas moins posée.
Car, la neutralité, en journalisme, est un mythe absolu ; notre parcours, notre angle, notre vocabulaire, oriente toujours ce qui reste finalement un point de vue, qui peut être factuel, mais jamais désincarné de ces prismes. La photographie, c’est également un choix, une grammaire, une capture de l’instant. Réaliser un dossier sur un militant d’extrême droite, qui le met en valeur, en fait l’égal d’autres orientations, ne s’accommode d’aucune note ou contradiction, c’est donc une prise de position. « Le Ch’ni » n’échappe pas à la règle, les sensibilités qui y font parfois jour lui étant régulièrement remontées ; Il n’y a bien qu’une « intelligentsia » étriquée pour se croire au-dessus de ces réalités, jusqu’à en nier et en empêcher toute appréciation. L’affaire aurait pu en rester là sans gâcher davantage un vrai talent, mais c’était sans compter l’égo ou l’opportunisme ambiant. Alors que rien ne lui était demandé, Cyril Mayeur va émettre un « droit de réponse » le 10 août.
Plus besoin de prétexter une franche opposition cette fois, le cinquantenaire annonçant à son auditoire ne plus couvrir le « No Logo festival » car « la direction a brillé par son absence de réponse à ma demande de soutien [en 2025] » et dépeignant « ces mascarades de manifestations culturelles prônant soit disant l’amour, la tolérance, la fraternité ». S’ensuit alors un torrent de réactions, dont beaucoup émanant de sympathisant·e·s ostensiblement lepénistes. Avec des proses, publiquement « likées » par « Œil de Lynx photography », telles que « bravo faut continuer à chier sur ceux qui jugent », « voilà le niveau de tolérance de ces sales fascistes de gauche », « début de la dictature c’est honteux », « les sauvages ont le monopole de la parole », « la tolérance n’est acceptée que dans l’appartenance à la secte morale castratrice de gauche », « les fascistes (LFI) ne supportent aucun débordement de leur ligne de pensée et tu en as malheureusement fait les frais », les « dictagauchos », etc.
Aux diatribes visant le « No Logo » alpagué en « meeting politique » succèdent les promotions du « Canon Français » lui aussi « attaqué », le tout encore approuvé par le gestionnaire de la page. Si besoin en était, énième démonstration de la fameuse « impartialité » vendue. Le post ayant récolté bien davantage de mentions « j’aime » que toutes les galeries réunies ces derniers mois, c’est peu dire que cette traque aux « taciturnes » est devenue un excellent filon. Heureuse convergence, Cyril Mayeur vient de faire son entrée à « l’Est Républicain » en tant que « correspondant de presse » pour le secteur de Saint-Vit. Le média, propriété de la multinationale bancaire « Crédit Mutuel », se targue des mêmes vertus que son poulain, promettant une objectivité parfaitement incontestable. Mais entre une ligne éditoriale toujours plus partisane, des dérapages racistes qui se multiplient, des voix dissidentes harcelées, décidément, les promesses se heurtent hélas aux faits.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Le 25 novembre 2025 lors de la « Sainte-Catherine » à Vesoul (Haute-Saône), la grande famille du « Rassemblement National » s’est retrouvée avec (de gauche à droite) Antoine Villedieu (député de la première circonscription de Haute-Saône), Jordan Bardella (président du parti), Émeric Salmon (député de la deuxième circonscription de Haute-Saône) et Matthieu Bloch (député de la troisième circonscription du Doubs) – photo témoin. Un évènement que « le Ch’ni » a également couvert, mais avec un horizon autrement plus critique que le simple suivi.
