À Vesoul, les soutiens de Nisrine Driouich appellent à poursuivre la mobilisation
Un peu plus d’une centaine de personnes se sont mobilisées samedi 15 août 2026 devant la préfecture de Vesoul (Haute-Saône) pour manifester leur soutien à Nisrine Driouich, mère d’origine marocaine de six enfants sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
.
Placée puis libérée d’un centre de rétention de Metz (Moselle) la semaine dernière, Nisrine Driouich était bien présente lors du rassemblement, ce samedi à Vesoul. Elle n’a eu de cesse de le répéter, face aux personnes venues la soutenir, les larmes aux yeux et le visage tremblant d’angoisse : « Je n’ai rien fait. Je veux juste vivre avec mes enfants ! ».
Interrogée par « le Ch’ni », Nisrine Driouich s’exprime, encore très affectée par son expérience ces derniers jours : « J’ai tout fait correctement. J’ai pris des cours de français. J’ai réussi à obtenir le niveau A2. J’ai deux enfants qui sont nés en France. Mon mari travaille. Je suis bénévole dans plusieurs associations. J’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai toujours tout respecté ». Il y a tout juste une semaine, dimanche 9 août, elle s’était rendue au commissariat de police de Vesoul pour pointer dans le cadre de son assignation à résidence en rapport avec son OQTF. Elle sera alors conduite directement au centre de rétention. De là, il était prévu qu’elle monte dans un avion pour le Maroc. Mais, la veille du départ, en raison d’un malaise, elle n’a pas pu embarquer.
La mère de famille garde un goût amer de son expérience : « Pour eux, nous ne sommes rien du tout. J’ai déposé mon dossier. Les autorités ont refusé et ils m’ont fait une OQTF. Ils m’ont expliqué qu’il fallait que j’aille au Maroc. Mes enfants, eux, devront rester là. Je ne peux pas l’accepter. Je préfère mourir plutôt que d’accepter cette situation ». Nisrine Driouich explique n’avoir qu’une requête : « Je veux juste vivre avec mes enfants ».

.
Toute la famille affectée
La situation de la mère de quarante ans est complexe et manque manifestement de clarté, notamment sur la raison invoquée pour son OQTF : son absence d’activité professionnelle en cours. Derrière cette irrévocable sentence, une réalité plus nuancée qu’elle n’y parait. La mère de famille raconte à ce propos : « J’ai trouvé plusieurs emplois, ils m’ont donné le récépissé mais sans autorisation de travail. Donc avec ce document, je ne peux pas travailler. S’ils me donnent une autorisation de travail, là le lendemain je travaille directement, mais je ne peux pas, sans autorisation ». Une situation fâcheuse quand on sait que des documents attestant de ses activités professionnelles lui sont ensuite demandés (fiches de paie ou des attestations) pour justifier de sa situation administrative. Libérée ce vendredi sur décision du juge des libertés du tribunal de Metz, son expulsion a néanmoins été reprogrammée pour le dimanche 23 août, la semaine prochaine.
Derrière Nisrine Driouich, son fils de dix-sept ans regarde sa mère s’exprimer. Calme et posé en apparence, il n’en reste pas moins que, pour ce jeune homme, cette expérience vécue par lui et sa famille est « insupportable » : « Je trouve tout cela injuste. Je suis touché, c’est ma maman. Je ne peux pas vivre sans elle. C’est impossible de vivre sans elle. C’est elle qui gère tout, c’est elle qui veille au foyer. Mon père travaille, mais qui va aider les petits ? Moi, je vais étudier. Je passe le bac cette année. Je ne sais pas ce qui nous attend. J’ai plus les mots. Je n’y arrive plus. Je suis sidéré, j’arrive pas encore à y croire », témoigne-t-il. Si la situation de la mère de famille et de ses enfants est très incertaine, c’est aussi le cas de celle de son conjoint. Intérimaire à « Stellantis », il risque de perdre son emploi s’il ne retourne pas très vite travailler, comme lui expliquera Cédric Fischer, mandaté par l’union départementale « CGT » Haute-Saône, en marge du rassemblement.
.
Des prises de parole militantes
Lors de la mobilisation, les condamnations des soutiens sont unanimes comme pour Romain M., vice-président de l’Alliance pour l’émancipation sociale (« AES »), à l’initiative de la mobilisation ce jour-là. Il revient sur la situation ubuesque : « Nous condamnons cette décision. Tout a été fait pour que Nisrine Driouich ne puisse ni être soutenue, ni contester, ni bénéficier du droit à sa défense », dénonce-t-il. Face à ce constat des associations de défense des droits humains, la question reste de savoir : pourquoi Nisrine Driouich ? Le militant associatif avance que sa situation particulière n’est que le résultat de politiques nationales et européennes qui dépassent le seul cadre de la préfecture de Haute-Saône et de la situation particulière de la mère de famille marocaine : « Ne nous y trompons pas, ce dont Nisrine est victime, c’est le durcissement des politiques migratoires mises en place depuis plusieurs décennies, tous gouvernements confondus. Le but est d’accéder aux mesures d’expulsion pour réduire les demandes de recours et les demandes d’asile », explique le militant devant la petite foule de personnes venues soutenir.
Cédric Fischer, de la « CGT » à « Stellantis », explique à son tour que la situation du mari de Nisrine Driouich est tout aussi compliquée et qu’une analyse plus générale pour la comprendre est nécessaire. « Les patrons exploitent les travailleurs de tous les pays. Ils veulent de la main d’œuvre qui acceptent les bas salaires dans des conditions de travail des plus difficiles. La chasse aux étrangers aggrave leur situation, ainsi que celle des immigrés qui ont les conditions les plus fragiles », détaille le syndicaliste.
Dans tous les cas, les acteurs associatifs et politiques qui se sont mobilisés affirment tous que la décision du préfet de Haute-Saône est dictée par des instances plus hautes au sein du ministère de l’Intérieur. Ainsi, l’un des militants associatifs présents interpelle le préfet en s’exclamant : « Arriverez-vous à vivre avec ça sur la conscience, Monsieur le préfet ? Reste-t-il un semblant d’humanité chez vous ? Le 23 août prochain, nous aurons la réponse à ces questions ».
.
« Il faut rester mobilisés »
Les acteurs associatifs et du monde politique de la gauche locale souhaitent dorénavant maintenir la mobilisation pour éviter la séparation de Nisrine Driouich d’avec sa famille. Un autre militant associatif appelle à faire « de cette journée de rassemblement devant la préfecture de Haute-Saône ‘le début d’une véritable résistance citoyenne face à la fascisation de notre société’ ».
Romain M. de l’« AES » réaffirme aussi la nécessité de transformer le rassemblement en une mobilisation citoyenne plus importante : « Pour l’instant, la décision de l’expulsion de Nisrine est toujours en cours. Il lui a été demandé de se rendre au commissariat dimanche 23 août avec ses affaires pour partir à Casablanca. Donc vraiment la mobilisation est très importante, nous avons une semaine pour nous mobiliser », conclut-il.
Une liste de diffusion a été mise en place pour toute personne souhaitant manifester son soutien à Nisrine Driouich. Son sort, celui de ses enfants et de son époux sera donc tranché au cours de la semaine à venir. Ce qui est certain c’est que le possible départ de cette marocaine bouleversera une famille tout entière dans un contexte politique national, européen et international de reculs des droits et de repli identitaire fort.
Une liste de diffusion a été mise en place pour toute personne souhaitant manifester son soutien à Nisrine Driouich. Une pétition a également été lancée, recueillant une centaine de signatures à ce jour.
.
Myriam Bendjilali
.
Illustration d’en-tête : Photo du rassemblement en soutien à Nisrine Driouich et sa famille devant la préfecture de Haute-Saône à Vesoul le samedi 15 août 2026 – Myriam Bendjilali.



