Après la destruction d’une fresque sur les violences policières, l’artiste NaCle porte plainte contre le maire Ludovic Fagaut

On apprend, ce mercredi 4 novembre 2026, que l’artiste graffeur bisontin a déposé une plainte auprès du procureur de la République pour destruction du bien d’autrui et entrave concertée à la liberté de création artistique. Cette procédure judiciaire fait suite à la création d’une fresque de NaCle, en septembre dernier, dénonçant la loi « permis de tuer » sur la présomption de légitime défense de la police. Retour sur les derniers éléments du dossier, ainsi que sur cet épisode ayant pris une dimension hautement politique.
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L’affaire de la fresque réalisée par l’artiste bisontin NaCle avait fait grand bruit dans la capitale comtoise et au-delà, le 20 septembre dernier. Une énième polémique avait alors éclaté après que le maire « Les Républicains/Nouvelle Énergie » (LR/NE) de Besançon, Ludovic Fagaut, avait effacé ladite fresque située dans le secteur de la Malcombe, sur un mur d’expression libre mis à disposition par la Ville. Pour rappel, l’œuvre représentait un policier habillé en faucheuse sous lequel on pouvait lire la mention « la police tue ». L’expression artistique engagée et ancrée dans les récents débats d’actualité n’avait pas été au goût de tous·te·s. Deux jours après avoir été finalisée, la fresque avait tout bonnement disparu, complètement effacée sur décision du maire de Besançon, en concertation avec la Préfecture du Doubs.

En outre, l’édile s’était offusqué et avait tenu à prendre ses distances vis-à-vis du « message » de la fresque urbaine, qu’il estimait ne pas correspondre aux valeurs de la République, notamment. Dans une publication sur les réseaux sociaux de Ludovic Fagaut datant du 22 septembre, on pouvait ainsi lire le communiqué de la Ville : « Le maire de Besançon souhaite clarifier la position de la Ville concernant le message ‘La police tue’ qui y est porté. Le maire se désolidarise clairement de ce message, qui ne correspond ni à la position de la municipalité ni aux valeurs républicaines que la Ville entend défendre », était-il notamment précisé.

 

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Mais, nouveau rebondissement, près d’une semaine plus tard, NaCle persistait, signait et exposait une nouvelle fresque intitulée « où est Charlie ? », en référence directe à la notion de liberté d’expression artistique détruite sur décision politique arbitraire. L’artiste écrivait également sur ses réseaux : « Une œuvre peut déranger, choquer ou provoquer le débat : c’est aussi le rôle de l’art. Une question reste néanmoins sans réponse : sur quel fondement juridique une œuvre réalisée sur un mur officiellement consacré à l’expression libre, et respectant les règles qui y sont affichées, peut-elle être supprimée en raison de son message ? ».

La question de NaCle au maire de la Ville a particulièrement résonné quelques semaines plus tard, mais dans un tout autre contexte, avec l’arrivée, du 27 février au 4 juillet 2027 à Besançon, de l’exposition « Ni Dieu ni maître ! Art et anarchie de Courbet à Banksy », qui, pour l’occasion, devra changer de nom, à nouveau sur décision de la mairie. Ainsi, à Besançon seulement et de manière tout à fait exceptionnelle, l’exposition s’intitulera plutôt « L’Art en liberté. De Courbet au street art ». Un pied de nez à l’histoire commune entre  quartier populaire bisontin de Battant et la pensée anarchiste.
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Intimider pour faire taire ?
Des entraves à la liberté d’expression artistique à Besançon qui ne passent décidément pas. Le changement de nom de l’exposition lors de son passage dans la ville de Joseph Proudhon avait aussi suscité de nombreuses critiques de membres de l’opposition municipale et de militant·e·s de gauche. Quant à NaCle, il n’a à ce jour toujours pas eu de réponse à ses interrogations face à la destruction de son œuvre.

Aussi apprend-on ce mercredi 4 novembre, par voie de communiqué de maitre Pierre Brunisso, avocat de NaCle, que ce dernier a porté plainte contre Ludovic Fagaut. « L’artiste bisontin […] a déposé plainte auprès du procureur de la République de Besançon contre Monsieur Ludovic Fagaut, maire de Besançon. La plainte vise la destruction du bien d’autrui et l’entrave concertée à la liberté de création artistique », est-il notamment écrit dans le communiqué.

En outre, le document explique les raisons qui ont conduit NaCle à finalement déposer plainte. Parmi elles, la censure d’un artiste par Ludovic Fagaut : « Un maire n’a pas à trier les œuvres selon qu’il en approuve ou non le message, surtout sur un mur que sa propre ville a consacré à l’expression libre ». Autre raison invoquée : celle de la liberté d’expression. Elle « ne se négocie pas. Un artiste n’a pas à demander la permission de déranger. Quand un maire sort le rouleau de peinture pour faire taire un message, ce n’est plus l’œuvre qu’il efface, c’est la capacité de réflexion de ses administrés », peut-on aussi lire dans le communiqué. Interrogé sur ce point, maitre Brunisso complète ses propos : « L’enjeu ici est de savoir si ce n’est pas, d’une certaine manière, manquer de respect au libre-arbitre de ses administrés lorsqu’on efface une fresque en empêchant un débat. Est-ce que les habitants de Besançon ne sont pas assez doués d’intelligence pour pouvoir réfléchir par eux-même sur une œuvre ? », interroge-t-il.

Plus grave encore, l’avocat du graffeur dénonce « une tentative d’intimidation  […] NaCle a été convoqué auprès du commissariat de Besançon pour « outrage » après une plainte déposée par le ministère de l’intérieur ». Or, selon l’avocat contacté par « le Ch’ni », « les autorités judiciaires, le préfet et le maire savent pertinemment que l’outrage ne peut pas être caractérisé. L’outrage doit être destiné à une personne lorsque l’on porte atteinte à sa dignité ou à son uniforme. Si l’on tient des propos de manière générique sur un corps de métier, ça ne peut en aucun cas être un outrage. Le fait d’utiliser son pouvoir et de l’instrumentaliser de cette manière, c’est clairement une tentative d’intimidation », détaille Maitre Brunisso. Il ajoute que la seule exception consiste à ce que les propos tenus entrent dans le champ d‘une incitation à la haine. « C’est une toute autre infraction et dans le cas de la fresque de NaCle, nous ne sommes pas dans ce cas », poursuit l’avocat.

Enfin, l’avocat de NaCle raconte le déroulé de l’audition de son client : « Cela ne s’est pas très bien passé avec le policier qui a échangé avec NaCle, parce qu’il souhaitait que l’audition se déroule rapidement. Je lui ai donc indiqué que je voulais accompagner mon client, car il avait le droit d’avoir un avocat. Ensuite, le policier a quand même tenté de me contourner en appelant NaCle directement pour pouvoir l’entendre. Il a alors tenu des propos faisant comprendre à mon client que sa situation pouvait empirer si un incident grave se déroulait à Besançon lors des prochaines manifestations », explique Maitre Brunisso.

À la fin du communiqué, ces termes qui font un écho indirect à une actualité politique nationale, voire internationale brûlante : « Dans une démocratie, une œuvre se discute, se critique, se conteste : elle ne se règle pas dans un bureau de police ». Quoiqu’il en soit et même si l’œuvre de NaCle a été définitivement détruite, les décisions politiques d’un maire sont appelées à ne pas toujours rester durablement dans l’histoire de sa ville, mais la portée d’une œuvre artistique, la manière dont elle suscite des émotions positives ou dérangeante ou encore des échanges respectueux et des débats de société entre les citoyens et citoyennes, même localement, restent la trace la plus saillante d’un service rendu à la population dans une démocratie vivante. Preuve en est de l’hommage rendu à l’artiste et son œuvre durant les mouvements sociaux des dernières semaines, sa fresque ayant été reproduite sous forme d’autocollants largement apposés dans les rues.

Myriam Bendjilali 

Illustration d’en-tête :  Un autocollant en hommage à la fresque de NaCle, collé sur un uniforme de policier le 13 octobre 2026 au lycée Louis Pergaud – Crédit : Alerte témoin.