#TouchePasÀMaVille, à Besançon, la jeunesse contre le vieux monde
À l’appel de l’Association des maires de France se tenait, ce soir à 18h00, partout dans l’hexagone, un rassemblement affublé d’un #TouchePasÀMaVille. À Besançon, c’est le maire Ludovic Fagaut qui en était à l’initiative, peinant à rassembler plus de deux cents personnes. Mais, alors que son allocution allait commencer, un cortège d’à peine moins de participant·e·s est arrivé pour perturber l’évènement municipal, transformant la situation en véritable fiasco pour le maire.
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La grande bafouille
Entassé·e·s devant une porte latérale de l’hôtel de ville, place du Huit-Septembre 1944, près de deux cents personnes s’étaient réuni·e·s pour répondre à l’appel du premier édile, pour faire « face aux violences urbaines qui ont touché plusieurs villes de France, dont Besançon, ce rassemblement citoyen et transpartisan entend rappeler l’attachement aux valeurs républicaines, au respect et à la tranquillité publique ». Un appel national porté par l’Association des maires de France, une organisation présidée par David Lisnard, candidat à l’élection présidentielle et président du parti Nouvelle Énergie, auquel adhère le maire de Besançon qui posait, chez certaines personnes présentes, une véritable interrogation sur le côté « citoyen et transpartisan ».
La place semblait très peu remplie mais déjà, quelques tensions émergeaient. Là une personne seule portant une pancarte se faisait insulter, ailleurs, un passant essayait d’arracher une affiche dénonçant les violences policières. C’est peu avant 18h00 qu’un long cortège silencieux en provenance de la Grande rue est venu prendre place de l’autre côté de la route qui sépare la place en deux. Sont alors apparues de nouvelles pancartes et feuilles avec des inscriptions, comme par exemple « la police ça éborgne, ça c’est choquant, stop violences policières » ou encore « #touchez pas nos enfants », « #touchez pas nos festivals », « touche pas à besak ! ». Plusieurs empoignades se font, des affiches et pancartes sont arrachées, déchirées.
C’est le top départ pour le cortège jusque là silencieux, les slogans s’enchaînent, « siamo tutti antifascisti », « tout le monde déteste la police », « À bas l’état policier » alors que Ludovic Fagaut tente de faire son discours depuis une porte de l’hôtel de ville. Un discours totalement inaudible qui rappelle l’épisode de fin d’été aux « Mardis des rives » pendant lequel l’édile avait dû quitter la scène sous les huées du public. Mais le maire persiste et continue de parler, tremblant, alors qu’une banderole est déployée à la fenêtre d’un des immeubles entourant la place. On peut y lire « Monarc Démission » ; la moitié de la foule réunie en bas acclame l’action avant de reprendre huées et slogans, tels que « Fagaut facho » , cette fois directement dirigés vers le maire et ses récentes déclarations.

Et au milieu coule… Un cordon de police
Du côté de ceux et celles qui ont répondu à l’appel du maire « Les Républicains », on retrouve plusieurs personnalités politiques locales, des membres de la majorité municipale, mais aussi du Grand Besançon Métropole et des communes qui le composent. Engoncé·e·s dans leurs écharpes tricolores, ils et elles sont entouré·e·s d’une foule de notables et commerçants du centre-ville. Majoritairement bien plus âgé·e·s que les contre-manifestant·e·s, iels n’en sont néanmoins pas plus calmes ou « respectueux » comme le voulait l’appel. De leurs bouches, les insultes fusent, le mépris aussi : « allez trouver un travail ! », « retournez à l’école », « qu’est-ce que ça pue par là-bas », certains tentent même d’en venir aux mains.
Pour voir de la jeunesse et de la diversité, il fallait regarder de l’autre côté. Ce n’est pas pour rien que le cortège venait de la Grande rue, puisqu’une Assemblée Générale de lutte se tenait à l’Université, composée des étudiant·e·s, des lycéen·ne·s et d’autres personnes mobilisées dans le mouvement social qui sont ensuite venues. Face aux insultes et aux menaces, la réponse est collective, slogans et chants, refus de la discussion avec les personnes agressives. Sans se concerter, elles et ils font bloc, donnant corps au groupe qui semble uni face aux invectives individuelles, refusant la confrontation physique, leurs slogans n’en restant pas moins forts et cohérents, en accord avec le mouvement social qui dure depuis près d’un mois.
Rapidement, un cordon de police se dresse entre les deux groupes. Aux agent·e·s municipaux déjà présents sur place viennent s’ajouter des agent·e·s de la police nationale et des membres de la BAC, présent·e·s en civil, d’abord au milieu des contre-manifestant·e·s. Certain·e·s arrivent avec casques et boucliers, un est même équipé d’un lanceur de grenades lacrymogènes MP7 cougar. Au final, ce sont presque quarante policièr·e·s qui sont dépêché·e·s pour former un cordon, faisant face aux contre-manifestant·e·s et tournant le dos aux autres, qui redoublent alors de provocation et d’insultes, comme pris·e·s d’un sentiment d’impunité permis par la présence policière. Dans cette agitation, on distingue Laurent Croizier, le visage blême, visiblement conscient du raté du rassemblement, peinant à ne pas perdre la face au milieu des uniformes.
Les rassemblements se divisent en deux catégories : ceux non-déclarés et ceux…?
Dans sa déclaration au soir du 17 octobre, Ludovic Fagaut expliquait vouloir « que soit systématiquement sanctionnée toute personne participant à une manifestation non déclarée », insistant, dans une surenchère autoritaire, sur la violence des participant·e·s à ces manifestations. Pourtant, ce n’est que ce Dimanche 18 octobre au soir qu’a été communiqué le rassemblement de ce soir par le biais du compte personnel du maire puis aujourd’hui sur les réseaux de la ville. Sachant que les délais légaux de déclaration d’un rassemblement sur la voie publique sont d’au moins trois jours francs, la question de la légalité de ce rassemblement s’est posée. Les membres du « Ch’ni » sur place ont alors mené l’enquête auprès des forces de l’ordre et représentant·e·s de la majorité municipale. Résultat : aucune réponse, personne n’étant capable de confirmer qu’un dépôt préalable a bien été opéré en bonne et due forme.
« Je n’en sais rien et je pense que ce n’est pas du tout le sujet de la manifestation » répondra par exemple Laurent Croizier, député « MoDem » et conseiller municipal de Besançon. On ne peut que fortement présumer qu’aucune déclaration préalable n’était faite et donc s’interroger sur la rigueur à deux niveaux du maire de Besançon. Sauf s’il s’agissait de la part du maire de permettre à ses soutiens de profiter de cette non-déclaration pour embrasser la violence qu’il a lui même tant décriée. Car de la violence il y en a eu, au-delà des empoignades et insultes déjà citées, d’autres propos plus grave ont été proférés. « Vous ne devriez même pas exister » lance par exemple un homme à une contre-manifestante, une autre reçoit un crachat et des menaces de viol.
Un déferlement de violence qui en dit long sur les soutiens du maire et que « le Ch’ni » a déjà relatés, notamment au travers des commentaires sous les publications de l’édile. Certains propos sont d’ailleurs très récents, comme ceux d’Emmanuelle Hugonnot, colistière de Ludovic Fagaut, qui, quelques heures avant la manifestation du samedi, s’esclaffait via « Facebook » sur le fait que « les clodots se réveillent » (sic), pour parler des protestataires. Cette fois, cette haine et cette violence n’étaient pas numériques, elle était bien là, présente dans ce groupe à la sociologie bien identifiable et transpirant un mépris et une haine viscérale du mouvement social qui ébranle tout le pays. « C’était un vrai moment de clarification » concluait le député Croizier, fustigeant la contre-manifestation, « En effet c’en était un, au moins c’est clair, ces prétendus représentants du peuple sont incapables de comprendre ce qu’il se passe sous leurs yeux » s’agaçait une contre-manifestante à l’écoute de ces propos.

Au final ce sont bien deux mondes qui se faisaient face ce soir, séparés par un cordon de police aux ordres d’un maire et d’une Préfecture qui ne manquera pas de commenter la situation de manière plus politique qu’administrative ou judiciaire. De son côté, humilié par sa déclaration inaudible, Ludovic Fagaut disparaîtra couardement, sans tenter d’aller au contact de la foule d’opposant·e·s, malgré le dispositif l’entourant, pour aller poster sur les réseaux sociaux sa colère et sa frustration, rejetant une nouvelle fois la responsabilité sur l’éternel coupable : l’extrême gauche.
Nadwo
Illustration d’en-tête : Un contre-manifestant, le poing levé, face au cordon de police qui sépare les deux foules – Crédit Nadwo









