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Dans la première circonscription du Doubs ce dimanche, c’est un triple affrontement qui s’annonce entre Laurent Croizier (« Ensemble »), Séverine Véziès (« Nouveau Front Populaire ») et Thomas Lutz (« Rassemblement National »). Au cœur de ces listes et candidat·e·s, le Ch’ni vous propose un panorama synthétique du scrutin.

Le sortant en tête du premier tour
Dans les circonscriptions liées à la capitale comtoise, il s’agit du seul député sortant et sous l’étiquette majorité présidentielle encore en lice. Laurent Croizier s’engage ainsi pour un troisième mandat consécutif, la dernière élection l’ayant confirmé l’opposant déjà… À la LFI Séverine Véziès. Arrivé en pole position avec 33,52 %, il fait figure de favori. Mais la concurrence s’avère particulièrement rude, puisque seulement quelques centaines de voix le séparent de ses adversaires. « La campagne à Planoise a été menée, sans trop de difficultés. Il me semble que des tracts ont été distribués dans toutes les boites aux lettres du quartier, rien de plus n’est prévu pour le moment » nous détaillait par exemple l’un de ses assistants.

Alors que la Macronie est en difficulté, le parlementaire du « Mouvement Démocrate » (MoDem) met en avant son parcours de conseiller municipal (à Besançon), son ancrage sur le territoire (des quartiers prioritaires aux petits villages), ainsi que son positionnement « au centre » (face aux « extrêmes »). Une vision qu’il juge « pragmatique », mais qui l’amène aussi à des choix critiqués. Certains lui reprochent encore son implication dans une manifestation contre « l’invasion des gens du voyage », le 6 août 2015 à Thise ; ou d’avoir plébiscité la « loi immigration », décriée jusque dans son propre camp. Sur ce dernier sujet, Croizier reste ferme et assume « qu’il faut pouvoir discuter et réguler l’immigration, dans le pays et le Doubs ».

Séverine Veziès, l’outsider du scrutin
Séverine Véziès concourt sous les couleurs du « Nouveau Front Populaire », mais c’est bien avec « la France Insoumise » (LFI) qu’elle a fait ses premières armes. Directrice de publication du « Journal de l’insoumission » et plusieurs fois candidate à des échéances locales, la professeure est désormais parvenue à fédérer une bonne part des nuances de gauche autour d’elle. Peu volontaire pour autopsier les logiques d’appareil, c’est vers son programme et l’attente des habitant·e·s qu’elle souhaite se plonger. Avec 31,76 % des suffrages, elle a arraché la seconde place à moins de mille bulletins du MoDem Laurent Croizier. Une performance notable, pour celle qui n’a jamais été élue et rappelle ses origines modestes et ouvrières à Montbéliard.

« Il y a de l’inquiétude face à la montée de l’extrême-droite, de lespoir dans nos propositions mais aussi de la résignation face aux trahisons des politiques passées » admet-elle. Mais avec ses équipes, elle sillonne inlassablement les barres HLM et les fermes de la circonscription. « Son principal atout, c’est d’aller à la rencontre de la population et de s’intéresser à ses préoccupations. Je l’ai déjà aperçue lors des cortèges pour la Palestine, ou à Planoise en-dehors des élections. Est-ce que c’est suffisant pour faire bouger tout le monde, je ne sais pas. Je n’ai pas confiance en nos représentant·e·s, mais je me dis qu’avec son programme et ses convictions, pourquoi pas » indiquait notamment une riveraine de la place Cassin, en écho à d’autres voix.

Un RN en troisième place, mais tenace
Troisième personnalité de cette triangulaire avec 31,20 %, Thomas Lutz évolue sous la bannière du « Rassemblement National ». Passé par la marine et patron de plusieurs entreprises dans la région, il est aussi conseiller régional RN de Bourgogne/Franche-Comté. Axant son argumentaire sur l’immigration, la sécurité et le pouvoir d’achat, ce lepéniste convaincu est souvent remarqué pour ses « coups de gueule » en opposition à la socialiste Marie-Guite Dufay. Également actif sur le terrain où il dirige ses troupes, nous l’avons notamment croisé en pleines opérations sur Avanne-Aveney et Besançon-centre. Mais comme son camarade Éric Fusis de la deuxième circonscription, il n’accordera aucune suite officielle à nos sollicitations.

À travers un portrait en biais, nous avions toutefois dressé quelques interrogations quant à ses convictions traditionalistes. Fidèle de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre », les rites et perspectives prônées apparaissaient en effet peu conciliables avec des concepts tels que l’inclusivité des citoyen·ne·s LGBT+, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), ou la défense des droits féministes et des minorités. Autre point épineux, celui de ses entourages passés et actuels ; ainsi que nous le relevions en avril, sa colistière, Monique J., outre des propos tendancieux sur les réseaux sociaux, a vu son fils adhérent RN s’afficher avec des néonazis et son petit-fils condamné pour sa participation aux émeutes racistes de Romans-sur-Isère.

Illustration : Séverine Véziès pour le « Nouveau Front Populaire », lors d’une élocution à Planoise.