Entre règlements de compte et surenchère sécuritaire, la lassitude des habitant·e·s de Besançon-Planoise

Une fusillade est survenue dans la nuit du 12 août à Planoise, le passager d’un véhicule ayant ouvert le feu sur des individus fixés près d’une épicerie de l’avenue d’Île-de-France. Une vingtaine de douilles et trois blessés graves plus tard, le quartier replongeait dans les scènes de guérilla qui se sont succédé ces dernières années. Entre destruction d’immeubles et démantèlement des réseaux de narco-trafic, les autorités assurent qu’elles agissent sur le temps long. Mais en attendant les résultats, la réponse sécuritaire est toujours la même… Dans l’urgence, toute la chaîne régalienne s’en remet à un déploiement policier accru. Une arrivée qui suscite un sentiment mitigé dans la population, les un·e·s saluant l’initiative quand les autres se montrent sceptiques.
.

Le soleil commence à se coucher lorsque les premières fourgonnettes débarquent. Une s’arrête devant « l’Intermarché » de Cassin, encore bien animé à 19h00. Quatre uniformes en sortent, pour une ronde dans ce qui est désigné comme le centre-ville de Planoise. Les passant·e·s prêtent peu attention à ce manège, continuant leur vie avec une franche indifférence. Mais pour celleux interrogé·e·s, ce dispositif est globalement bien perçu. « Ça montre que l’État est encore là, que nous ne sommes pas abandonné·e·s » tranche une locataire des Époisses. Une bonne réception confirmée par un agent, posté à deux pas « d’Euromarket » : « On est là pour sécuriser les lieux et apporter de la sérénité, donc tout se passe bien avec les gens qui sont souvent en demande de cela ».

Une opération qui se révélera toutefois plus platonique à Île-de-France, où les commerces sont fermés et les rues clairsemées. Une réalité que pointent certain·e·s riverain·e·s, peu convaincu·e·s par cette exposition : « À quoi ça sert, autant de moyens pour surveiller une zone totalement vide ? Le problème, c’est de réagir au quart de tour quand il y a un incident majeur mais qu’il n’y ait personne le reste du temps. Le commissariat ouvert en 2019 est un bon exemple, c’est un simple bureau de secteur dont on nous promet sans cesse une montée en gamme, qui ne vient pas. Alors on peut continuer de vider l’océan à la petite cuillère, mais si à un moment on ne pose pas de vraies ambitions, arrêtons la supercherie » s’emporte une historique, présente depuis la fin des années 1980.

Comme elle, beaucoup critiquent une opération vue comme éphémère et intéressée. « On nous a fait le coup en avril déjà, c’est juste de l’affichage. Demain, tout ce petit monde repartira et nos problèmes reviendront, comme d’habitude » tranche une résidente de la rue Albrecht Dürer. À la Gare-d’Eau ou en Préfecture, les pouvoirs publics ne ménagent pourtant pas leur communication autour de cette brigade spécialisée dans les violences urbaines et la lutte contre les stupéfiants. Une hardiesse relayée par bien des politiques, en premier lieu Ludovic Fagaut. Près de cinq mois après avoir raflé la municipalité, il devient difficile de se reposer encore sur le bilan « laxiste » de la précédente majorité. Un contre-coup dialectique, qui n’a pas échappé à son électorat.

« On ne s’attendait pas à ce qu’il révolutionne la situation du jour au lendemain, mais il y a un peu de déception. Les défis sont immenses, sur tous les plans. Alors je me demande, est-ce que c’est une question de personne ou de système… Car la sensation que cela donne, c’est qu’un maire ne peut pas grand chose face au crime organisé » évoque un néo-partisan qui « souhaitait l’alternance ». Plus sévère, un second relève : « Il multiplie les vidéos sur ‘Facebook’, c’est bien. Mais ça ne remplace pas les services publics, l’éducation nationale, la cohésion sociale. Bref tout ce qui se délite, à propos duquel il ne peut rien ou presque. On verra la suite, mais je crains que ce mandat ne se résume qu’en une agitation. Pas pire qu’avant, pas mieux qu’après, la routine pour les administré·e·s ».

.
Toufik-de-Planoise
.
Illustration d’en-tête : Aperçu d’une fourgonnette de la CRS 83, positionnée au soir du 14 août devant le centre commercial Cassin – Toufik-de-Planoise.