La police entre illégalement dans la fac, syndicats et direction s’indignent
Hier en début d’après-midi, les manifestations lycéennes se sont poursuivies dans les rues adjacentes à la préfecture du Doubs. Présentes en nombre pour suivre le cortège qui s’était alors formé rue Laurent Mégevand, les forces de l’ordre ont délibérément pénétré au sein de l’UFR-SLHS de Besançon afin de traquer les protestataires qui auraient pu s’y réfugier. Une situation inédite dans l’histoire de cet établissement pour toutes les voix interrogé·e·s, puisqu’en dehors de cadres très précis, ce type d’intervention est absolument contraire à la tradition universitaire et à la législation en vigueur. Un précédent qui a immédiatement suscité une indignation générale, syndicats et direction réclamant des comptes.
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Dans une vidéo d’une minute et cinquante-trois secondes qui nous a été transmise et depuis en partie publiée sur les réseaux sociaux par « SUD/Solidaires Étudiant·e·s », la scène apparaît limpide. Six hommes, avec casques, boucliers, protections ainsi que tonfas et gazeuses en mains, s’engagent dans une entrée secondaire. Après une longue hésitation, l’un vocifère « allez on y va on les fait sortir » en entraînant ses collègues. Évoluant dans un étroit corridor et finissant d’ouvrir une grille, la formation atteint la cour dite « Parisiana ». Une venue engagée à marche vive et en repoussant deux jeunes munis de pancartes qui se trouvaient sur le trajet, selon une autre prise inédite de quatre secondes où des apprenant·e·s multiplient les cris « vous n’avez pas le droit d’entrer ».
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Aperçu complet de la première vidéo, entièrement floutée par nos soins afin de préserver les protagonistes – Crédit : Alerte témoin.
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Le temps de se mettre en sécurité face au rouleau-compresseur qui arrivait, l’autrice du premier document corrige son angle de fuite et s’insurge à son tour. « Vous n’avez pas le droit d’entrer dans la fac » lance-t-elle à plusieurs reprises, avant de persister en interrogations : « Le doyen vous a-t-il donné l’autorisation ? » Face à la stupeur générale et aux questions qui se répètent, un uniforme finit par répondre : « Oui, extérieure, on l’a [l’autorisation] ». Une incursion qui n’ira finalement pas plus loin, mais qui a immédiatement choqué les syndicats étudiants et professionnels. À travers des sollicitations et réactions, toutes les instances locales ont exigé des explications aux autorités. À commencer par la présidence, concernant la prétendue validation accordée.
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Via un communiqué, l’intersyndicale « CGT », « SUD » et « FSU » de l’Université indiquait : « Aujourd’hui, […], autour de 15h30, des CRS se sont introduits dans les locaux de l’UFR SLHS rue Mégevand, par le portail Parisiana. Nous dénonçons avec force cette intrusion illégale dans nos locaux. La police ne peut entrer dans une université qu’à la demande expresse de son président. Nous demandons à la direction de l’UFR SLHS et à la présidence de l’université de confirmer qu’aucune autorisation n’a été donnée aux CRS pour entrer dans l’université et de rappeler au préfet le principe plus que séculaire de la franchise universitaire. Nous souhaitons voir des suites données à cet évènement traumatisant pour de nombreux personnels et étudiant·es présent·es dans les locaux de manière pacifique. […]. ».
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Dans un courrier électronique adressé au personnel à 18h59 que nous avons pu consulter, le cabinet d’Hugues Daussy n’a pas manqué de remettre les pendules à l’heure : « Ce jour […] à 15h50, le Directeur de l’UFR-SLHS appelait le Président de l’Université pour l’informer que des policiers étaient entrés dans l’enceinte de l’UFR, se prévalant, selon des témoins sur place, de l’autorisation du Président. Le Président de l’université s’est immédiatement rendu sur place avec son cabinet et sa direction générale. Avec le Directeur de l’UFR, ils ont largement échangé avec les étudiants et démenti toute demande de réquisition des forces de l’ordre ce 2 octobre. La Gouvernance de l’Université regrette et condamne cette entrée sans autorisation des forces de police et l’a exprimé au cabinet du préfet ».
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Depuis, à travers « l’Est Républicain » – propriété du « Crédit Mutuel », le préfet, Rémi Bastille, se justifie d’une « introduction malencontreuse » exercée « dans le feu de l’action » et cela d’après lui « sans volonté délibérée de violer la franchise universitaire ». Une défense bancale, alors que la loi, en l’absence d’une permission expresse de la direction, ne permet de telles manœuvres qu’en cas de réquisition du parquet ou de péril imminent. Ce qui, de mémoire militante, n’est encore ici jamais arrivé. « Les violences inouïes contre le mouvement lycéen n’ayant pas suffi à le briser, c’est une nouvelle digue qui saute dans la répression. Il n’y a aucun équivalent récent, pas même pendant l’opposition à la réforme des retraites en 2023 » grommelle un encarté « CGT Éduc’Action ».
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Extrait de la troisième captation, qui expose les échanges préalables des policiers avant leur intervention au sein de l’université.
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À travers une troisième captation de douze secondes que nous avons analysée, la liberté prise par ces uniformes, alors postés dans le porche, apparaît d’autant plus difficilement défendable. En effet, ceux-ci s’interrogeaient ouvertement, avant de gagner l’intérieur de l’université, sur les dispositions légales régissant leur intervention. « On a une autorisation permanente pour tout ce qui est extérieurs du CROUS » avance l’un d’eux ; « tout ce qui est extérieurs ? » réplique un autre ; « ouais » dit le même ; « alors on est bon » conclut son interlocuteur, qui se voit une nouvelle fois conforté : « ouais, tout ce qui est extérieurs on a une autorisation permanente ». Un temps de concertation et une interprétation des textes, qui semblent très éloignés des éléments de langage préfectoraux.
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Plusieurs agents en faction au lycée Condé place Marulaz, le 1er octobre dernier – Crédit : Nadwo.
