Soigner par l’écriture : à la rencontre de Nelly Albanna, qui témoigne de son expérience de la bipolarité
Nelly Albanna, 36 ans et maman de deux enfants, est l’autrice de deux courts récits de vie qui retracent son expérience de la bipolarité. Pour « le Ch’ni », cette bisontine d’adoption revient sur son parcours avec une écriture authentique et sans fioritures, comme pour revenir à l’essentiel. C’est le portrait du mois.
« C’était ma première crise maniaque de bipolarité et j’avais envie de transmettre, car il s’était passé des choses extraordinaires », relate Nelly Albanna en parlant de son roman intitulé « Soleil dans un ciel d’orage », son premier roman. « Cette histoire, c’est mon histoire, qui se déroule au Togo en 2015, où je découvre mes capacités incroyables d’empathie, mais où ma vie finit par basculer, car je perds petit à petit contact avec notre réalité… » sont les premiers mots de la quatrième de couverture qui présente le livre. Nelly Albanna va droit au but, sans passer par de longues analyses pompeuses, quand elle évoque le processus d’écriture : « J’avais envie de raconter ça. Je me suis dit que ça pourrait faire réfléchir les gens sur la perception de la vie, d’abord. Et faire réfléchir les soignant·e·s sur la façon dont ils traitent leurs patient·e·s. J’avais développé un don d’empathie. Et aujourd’hui, ça reste toujours un mystère pour moi », explique-t-elle.
Dans son récit, elle raconte les étapes de son expérience, alors même qu’elle ignore à ce moment-là souffrir d’une maladie psychiatrique. Elle écrit ce récit de vie cinq ans après avoir vécu au Togo. « Quand je l’ai écrit, j’ignorais que j’étais bipolaire ». Plusieurs années s’écoulent entre les moments racontés et le processus d’écriture. Ce dernier a commencé par une simple dissertation réalisée à la faculté dans le cadre d’un cours d’anglais. « C’est comme ça que cela a commencé, je me suis dit que ce serait une bonne idée de détailler cette dissertation ». D’ailleurs, au moment de la publication de son premier récit autobiographique, Nelly ignore encore le nom de la maladie dont elle souffre. Comme elle l’explique, sa première crise maniaque n’est pas que de l’ordre de la maladie au sens strict du terme : « Il n’y avait pas que ça. Chacun·e interprète comme iel veut, il y en a qui interprètent que ce que j’ai vécu au Togo est du délire. Sachant qu’au début, quand j’ai publié le livre, je voulais être crue absolument. Je voulais qu’on croie que c’était réel. Mais après, j’ai lâché l’affaire. Je me suis dit que chacun interprète comme iel veut parce qu’il y en a que ça bouleverse trop d’y croire. De croire que c’est possible ».

Depuis l’enfance et bien avant son voyage au Togo, Nelly se souvient s’être toujours sentie différente et à part, vivant dans son imaginaire et croyant qu’elle avait des super-pouvoirs. C’est en regardant un épisode d’une série bien connue des année 1990/2000 que Nelly Albanna fait un lien avec ses capacités d’empathie. Très jeune, elle se dirige aussi vers des études de psychologie.
Écrire pour témoigner et pour aider
Revenue du Togo, Nelly poursuit sa vie et se reconstruit après cette première crise maniaque et après avoir édité son premier livre. En 2020, elle va alors à nouveau être confrontée à la maladie. À la suite de son accouchement, elle va vivre une expérience de psychose du post-partum. C’est en raison de cette rechute qu’elle décide alors de concevoir un deuxième récit de vie avec un accent un peu différent du premier : « La démarche derrière c’était toujours témoigner. Le premier c’était de témoigner davantage sur l’aspect mystique de l’expérience de la bipolarité, montrer ce qu’il peut y avoir derrière la maladie mentale. Et le deuxième, c’était plus rendre compte, rapporter des maltraitantes que j’ai vécues à l’hôpital. C’est aussi une démarche de témoignage », poursuit la mère de famille. Pour elle, la psychose du post partum est très peu abordée dans la société française actuelle. « J’ai pu voir qu’il y a très peu de livres sur ce sujet. Il y en a peut-être un, voire deux. Donc, témoigner sur la psychose du post partum était aussi très important pour moi ».
Au delà des clichés et des préjugés à propos du trouble bipolaire, Nelly Albanna poursuit aujourd’hui sa vie professionnelle dans le domaine du soin, tout en espérant que ses récits pourront aider d’autres personnes vivant les mêmes types d’expériences à mieux se comprendre et se connaitre, patient·e·s comme soignant·e·s. Une manière parfaite de boucler la boucle, réalisant ainsi, à sa manière, un rêve d’enfant. « J’ai toujours eu a volonté d’apporter du bien aux autres, voyant les humain·e·s comme des individus interconnectés devant s’entraider », écrit-elle au début de son premier récit de vie. Comme le rappelle le ministère de la Santé en France, « Le trouble bipolaire est une affection de santé mentale chronique caractérisée par des changements d’humeur extrêmes. Les personnes vivent ainsi alternativement l’expérience de périodes de manie (définie par une exaltation extrême, une expansivité et/ou une irritabilité, associées à une activité accrue) et de dépression au cours de la vie ». À l’échelle internationale, la bipolarité est la sixième cause mondiale de handicap, selon l’Organisation Mondiale de la Santé.
Myriam Bendjilali
Illustration d’en-tête : Nelly Alabanna, autrice de deux récits auto-biographiques sur l’expérience du trouble bipolaire. Crédit : Archive personnelle de Nelly Albanna
