Face au mouvement social sur Besançon, l’extrême droite se rêve en force supplétive du pouvoir

Avec leur appel à « l’unité nationale » contre les « violences du 17 octobre », les autorités municipales, départementales et préfectorales, réunies lundi dernier devant l’hôtel de ville, n’ont jamais exclu une potentielle sympathie pour les tentations miliciennes. Mais, afin de garantir à tout prix leur vision de l’ordre, en plus des interdictions générales et du recours à l’armée, les pouvoirs publics pousseront-ils la convergence jusqu’aux nostalgiques du IIIe Reich et adeptes de tabassages racistes ? Car, depuis une démonstration de force lyonnaise, dont ielles s’inspirent désormais partout en France, les franges néonazies ne cachent plus leur volonté de reproduire, ce samedi à Besançon, les mêmes scènes. Via les réseaux sociaux et les canaux « Telegram », plusieurs têtes tentent de s’organiser en ce sens dans la région.
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C’est une vidéo de vingt-sept secondes qui en dit déjà beaucoup, publiée hier soir sur le compte « Instagram » de « Protège ta franc-comtoise ». Un collectif confidentiel, prétendument destiné à venir en aide aux femmes visées par harcèlement de rue, mais qui dans les faits multiplie surtout les mises en scène d’agressions avec une tendance palpable contre les personnes racisées. Un filon qui, dans le contexte, va naturellement se transposer aux révoltes qui ont secoué le pays, les propos se voulant aussi simples que tranchés : « On va fournir des hommes et de la logistique [à] Dijon, Besançon, Toulon pour protéger les vitrines des commerçants de la racaille ». Une prose alignée par Alexis Blanchet, militaire ultranationaliste proche des « Vandal Besak », formation qui n’a d’ailleurs pas attendu longtemps avant de relayer ce contenu à ses quelque neuf-cents abonné·e·s.

Le clip renvoie à divers fils « Telegram », structurés autour du site « Alpha rise », dépourvu de mentions légales, mais tenu par un influenceur fitness de Montpellier. Malgré l’anonymat ambiant, on retrouve, chez la soixantaine de membres du Doubs, beaucoup de quidams et de badaud·e·s, mais, aussi, les noms de Florent Gaillot et Nathan Gavoille, déjà repérés en marge du cortège de samedi dernier. Auprès desquels un débat s’est engagé, sur les objectifs, modalités et cadres des interventions. Résumées par Charles, agent de sécurité vivant aux Rousses, une ligne « légaliste » est préconisée afin de constituer « plusieurs groupes qui communique[nt] entre eux » en faisant de la « dissuasion par le nombre », pour « s’interposer verbalement », « immobilis[er] un casseur en attendant la récupération par les FDO [force de l’ordre] » et « prendre des images et vidéos pour justifier ».

Une optique qui viole déjà la charte de cette plateforme « d’entraide citoyenne entre habitants et commerçants », laquelle préconise pourtant que toute action se fait « à la demande du commerçant, jamais de notre propre initiative, jamais sans son accord », ou que « on ne contrôle et on ne retient personne, ce rôle appartient à la police, on appelle le 17 ». Un fossé entre les prétentions et les actes, que l’on constate également entre le soi-disant « apolitisme » affiché de l’entité et l’organisation, qui se dote d’un référent local « choisi pour son sérieux » avec pour mission de « modère[r] les échanges, coordonne[r] les volontaires disponibles et exclu[re] immédiatement toute personne qui ne respecte pas la charte ». C’est toujours Alexis Blanchet qui a été désigné sur le secteur de Besançon, avec, pour l’instant donc, une gestion particulièrement magnanime des admissions et discours.

D’autant plus que, via d’autres posts, il s’agit de ne « pas parler d’organisation ici » mais « en aval de la manif » et « sur place », d’appels à la « guerre civile » et d’exhortations à la « riposte ». Une ligne plus raccord avec la plupart des parcours présents, leur tenant·e·s ayant été épinglé·e·s pour des coups portés contre un journaliste (2021), une descente visant des étudiant·e·s et un pompier (2023), un guet-apens au cortège intersyndical du 1er mai (2023), le tabassage de deux personnes LGBT+ (2023), les émeutes de Roman-sur-Isère (2023), les brutalités au domicile d’une activiste pro-palestinienne (2025–2026), etc. Un palmarès qui a souvent rencontré la bienveillance des services régaliens, leurs auteurs, évoluant souvent aux « Vandal Besak », ayant rarement été inquiétés. C’est que, pour la police et la justice, en période de crise, les mains tendues sont toujours bonnes à prendre.
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Mise à jour du jeudi 22 octobre à 23h30.
Via une « story Instagram », parue à 20h06, Nathan Gavoille a republié notre article, avec la mention « wesh ça me repere a des manifs ou je suis pas » (sic), quand, par commentaire « Facebook », à 20h13, sa mère, Nathalie Gavoille, s’est emportée contre le rédacteur qui selon elle « écrit des articles é citant des personnes et tout est faux !! » (sic). Outre une longue proximité, parfaitement documentée, auprès des « Vandal Besak », soulignons avoir relevé, ce jour à 14h13, l’apparition, sur le fil « Telegram » bisontin lancé par « Alpha rise »,
d’un compte, au motif reprenant la « totenkopf », utilisant exactement le même pseudonyme, très particulier, que celui pris par le mis en cause, à minima depuis notre enquête publiée le 16 août 2024, ainsi que l’identification de l’intéressé, affirmée par différents groupes de témoins, le 17 octobre 2026 entre 15h50 et 16h00, en marge de la manifestation, place de la Révolution et rue Gustave Courbet. À titre informatif et contradictoire, nous précisons donc quelle est la position de cette partie, tout en exposant également le faisceau important sur lequel nous nous sommes basés pour affirmer que « le nom de Nathan Gavoille » s’est trouvé dans le canal litigieux mentionné et que celui-ci fut par ailleurs « déjà repéré en marge du cortège de samedi dernier ».

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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Publication d’Alexis Blanchet sur ses réseaux sociaux, pose d’un groupe de neuf individus façon « houligans », la plupart camouflant leur visage avec cagoules, caches-cous et supports tricolores, l’ensemble laissant apparaitre drapeau (de la république française) et signes ultranationalistes (bras croisés, index pointé vers le ciel…) bien visibles, le 7 juillet 2025 à Dole – Capture d’écran page « Facebook » d’Alexis Blanchet, lien d’origine aujourd’hui supprimé.