Johann Chapoutot remplit l’amphithéâtre Donzelot
À l’occasion de la sortie de son livre La Bascule (Gallimard), l’historien Johann Chapoutot était de retour à Besançon pour une conférence à l’UFR Sciences du langage, de l’homme et de la société, rue Mégevand. Sa formule mêlant explications fleuves et parallèles avec le présent fait manifestement toujours mouche.
C’est dans un amphi Donzelot occupé depuis les révoltes estudiantines – et redécoré en conséquence par des slogans de luttes – que la conférence était organisée conjointement par le Musée de la Résistance et de la Déportation et la librairie l’Intranquille. L’invité étant auréolé depuis quelques années d’un statut de star de sa discipline, les 290 places ont été réservées en une petite journée. Dans le sillage de son précédent ouvrage relatant l’arrivée d’Hitler au pouvoir dans l’Allemagne des années 30 (Les irresponsables, Gallimard), Johann Chapoutot a cette fois poussé ses recherches sur la période immédiatement ultérieure : à partir du printemps 1933, quels groupes élitaires ont tour à tour laissé les nazis s’installer dans tous les appareils du pouvoir ?
Loin de l’imaginaire d’une Allemagne acquise à la cause du Führer dès sa nomination à la chancellerie, il décrit les premiers ratés d’avril 1933 du nouveau pouvoir en place, d’un important revers électoral syndical à l’échec d’un boycott antisémite. S’ensuivent alors six mois de renoncements progressifs des corps constitués, de l’Église catholique à l’armée, en passant par les médias libéraux. Un récit qui nous renseigne cependant sur un fait important trop souvent oublié : la mainmise des nazis sur l’Allemagne n’était pas inéluctable. Comme lors de son précédent passage dans la capitale comtoise, les occasions de dresser certains parallèles entre la situation de l’époque et la France de ces dernières années se sont multipliées, non sans une dose d’absurdité.
Au terme de cinquante minutes de conférence, la salle a bénéficié d’une quarantaine de minutes de questions, au cours desquelles Johann Chapoutot a pu approfondir son sujet. L’occasion de revenir sur les rôles de l’Université, sur les déchirements entre socialistes et communistes, ou sur la brutalité avec laquelle les hauts fonctionnaires nazis ont détruit les structures de l’État allemand. Pas avare en petites piques à l’endroit de responsables politiques et médiatiques actuels, le conférencier a su initier des instants d’amusement au milieu de récits décrivant le cynisme et la violence des fascistes. La soirée s’est terminée par une séance de dédicaces, et sur le même constat que lors de sa précédente venue : la prochaine fois, il faudra trouver une salle encore plus grande.
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Peha
Illustration d’en-tête : Johann Chapoutot au bas de l’amphithéâtre Donzelot plein à craquer, richement décoré par les étudiant·e·s en lutte. Crédit : Myriam Bendjilali
