Certain·e·s commerçant·e·s s’associent aux sphères néofascistes et patrouillent armé·e·s lors des manifestations à Besançon
Dans une enquête parue le 22 octobre, « le Ch’ni » révélait combien les franges néonazies comtoises entendaient s’impliquer au sein des « comités citoyens » levés suite aux pillages du 17 octobre 2026. Une incursion qui s’est depuis confirmée partout en France, les villes de Dijon, Montpellier ou encore Nice ayant été le théâtre de descentes néofascistes. Pas d’effusion comparable sur Besançon, nombre de volontaires s’étant finalement refroidis ou reportés sur d’autres communes, après la parution de notre article, bien diffusé et commenté dans le canal « Telegram » alors dédié à cette synergie. Mais sans baisser les armes, bien au contraire. Samedi dernier, nous avons constaté, auprès d’une boutique du centre, la constitution d’une véritable petite milice, avec matraque télescopique, gazeuse-extincteur et machette.
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Une garde prétorienne chez « Military look »
Après avoir largement communiqué sur le vandalisme de sa boutique, l’enseigne « Military Look » située rue Battant s’est préparée à affronter la manifestation du 24 octobre. Une volonté d’autant plus affirmée que le gérant n’est pas massivement soutenu par la population locale, ses orientations nationalistes suscitant bien des critiques. « Alors qu’on l’entendait se lamenter sur son sort en pleine rue, une femme qui passait dans le coin l’a entendu et a spontanément crié ‘pas de solidarité avec les fachos’. Ça l’a mis dans une colère noire, il en est venu aux mains » rapportent plusieurs riverains. Craignant que les mêmes scènes ne se reproduisent, André Sanchez-Fernandes a alors vu les choses en grand. Afin que son échoppe ne soit pas de nouveau prise pour cible, il s’est attaché à divers individus, dont deux ont été spécialement dépêchés pour lui prêter main forte.
Samedi dernier, le patron, son fils et ce binôme providentiel se retrouvaient toute la journée sur le pas de porte, pour garder les lieux. Mais, ainsi que nos deux journalistes Nadwo et Toufik-de-Planoise l’ont constaté dans l’après-midi et la soirée, les intéressés ne se sont pas contentés de tenir le site avec leur seul courage. Au moins trois armes ont été repérées par nos soins, celles-ci étant d’ailleurs parfois ostensibles : une matraque télescopique, une gazeuse-extincteur, ainsi qu’une machette. Un arsenal édifiant, exhibé sur la voie publique, sans que les forces de l’ordre, dont plusieurs agent·e·s directement au fait de la situation, n’aient trouvé quoi que ce soit à redire. Si tant est qu’elles puissent exister, quelles justifications légales peuvent légitimer ce recours ? À toutes nos interrogations, nous n’aurons aucune réponse d’André Sanchez-Fernandes.
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Un front commun qui compte plusieurs notables
Également sollicitées, les institutions se montreront évasives sur ce cas. Adrien Pourcelot, pour « l’Union des Commerçants de Besançon », condamne les « dégradations et pillages » mais indique que « les questions relatives à la sécurité publique et au maintien de l’ordre relèvent des autorités compétentes ». Quant au « Bureau de la communication interministérielle de l’État » justement, il se lancera dans une explication aussi déplacée que sommaire, à savoir « nous pouvons simplement vous indiquer que les commerces sont libres de faire appel à des entreprises de sécurité privée ». Un statut-quo étonnant lorsque, en parallèle, les autorités se prévalaient, suite au cortège du 24 octobre, d’une dizaine de poursuites pénales, la plupart motivées par le port « de ciseaux [à bouts ronds], de désinfectant, de sérum physiologique, de gants et de masques de protection ».
Concernant le concours du tandem auprès de « Military Look », il n’a pas fallu chercher plus loin que ses messages pour établir comment ce service s’est constitué. Car ces bonnes âmes s’avèrent issues du fil « Telegram » lié à l’influenceur « Alpha rise », synergie épinglée pour être à l’origine des guet-apens dans une quinzaine de villes. À Besançon en particulier, ses membres ont clairement admis la participation du groupuscule néonazi « Vandal Besak » dont quelques têtes avaient été identifiées par nos soins. Mais dans le lot se succèdent, aux fans du IIIe Reich et internautes envisageant « guerre civile » et « riposte », des profils beaucoup plus lisses et intégrés, comme un agent de sécurité localisé aux Rousses, un conseiller municipal officiant sur le village de Thise, ou encore la tenancière d’une prestigieuse succursale vestimentaire de l’hyper-centre.
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« Je veux juste qu’on ne détruise pas le matériel public et les commerçants »
Une dirigeante qui, contactée, n’assumera plus ses ancrages, plaidant une confusion avec une hypothétique homonyme, qui partagerait donc, comme elle, les mêmes nom/prénom, la gestion d’une boutique Grande-Rue et jusqu’au numéro de téléphone portable. L’élu de périphérie se montrera plus enclin à la discussion, concédant être présent en soutien et à la demande des professionnel·le·s pour éviter la casse. « [Sur « Telegram »] Je n’ai pas vu passer les propos extrêmes, ce que j’ai vu par contre c’est une désorganisation totale, aucune gestion, aucun management, donc un post amateur. Me concernant, je ne suis vraiment pas d’extrême droite, j’adhère à un tout autre parti républicain, le RN [Rassemblement National] est un danger, on ne gouverne pas en divisant. Je veux juste qu’on ne détruise pas le matériel public et les commerçants » nous explique-t-il.
Si la base concrète semble donc diverse sur ses opinions, reste une structuration dominée par un milieu souvent très marqué. Énième illustration avec l’émergence ce lundi d’une page « Instagram » intitulée « anticassebesac25 », qui proclame « réunissons-nous contre le pillage et la casse de notre bien commun ! ». Une phrase d’accroche parlante mais qui n’oublie pas de conclure sur le drapeau de la république française ainsi que la fleur de lys, symbole régulièrement décliné par les souverainistes ultras. Un détail qui s’ajoute encore au répertoire d’abonné·e·s et abonnements tournant presque exclusivement autour de formations, plateformes et personnalités qui ne cachent rien d’une appartenance au « Rassemblement National », à « Reconquête » et à tout ce que le pays compte de références identitaires comme « Némésis » ou « anti-LFI forever ».
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Photographie réalisée le samedi 24 octobre 2026 en début de soirée, sur le pas de porte de la boutique « Military Look » 10 rue Battant. On y aperçoit trois hommes, dont deux portant, de manière distincte, une machette et une gazeuse-extincteur – Crédit : Nadwo.
