Dans les cortèges lycéens de Besançon, la communication en délicatesse
Mardi 6 octobre, une riche journée s’est offerte aux observateurs/observatrices. À l’occasion des cortèges qui se sont formés dans le sillage des « soulèvements lycéens », trois faits nous enjoignent à formuler un petit focus sur l’exercice d’une « communication » engagée par des éléments externes au mouvement. À Besançon, uniformes, élu·e·s, influenceurs, ont essayé de surfer, à leur manière, sur la contestation ambiante. Mais les réactions suscitées à leur encontre furent souvent à la hauteur de l’audace, réserves et oppositions se multipliant pour dénoncer voire empêcher ces velléités. À tout juste une heure d’une nouvelle manifestation appelée ce jour à 14h00 place de la Révolution, retour sur ces phénomènes, jadis secondaires, qui deviennent aujourd’hui un sujet de préoccupation.
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Deux flics viré·e·s de la manif
Il est 11h30 avenue du Huit-Mai 1945, quand deux uniformes sont exfiltré·e·s du défilé par un manifestant aux cris de « ça dégage ». Il faut dire que ce tandem est dédié à la communication officielle de la police, étant particulièrement visible dans les mouvements sociaux depuis le 29 septembre dernier. Une présence toutefois loin d’être approuvée par l’ensemble des contestataires, qui s’interrogent d’ailleurs sur la destination réelle des prises d’images massives effectuées. « Lors de l’intersyndicale pour les services publics, ielles ont pris au moins une centaine de clichés en se focalisant sur les lycéen·ne·s et étudiant·e·s » affirme une syndicaliste. Une collecte qui semble, en proportion, très éloignée des restitutions concrètes relevées sur les comptes du commissariat, une seule et unique photographie ayant été utilisée dans ce cadre.
Autre protagoniste controversé, l’influenceur masculiniste « Gohan_fit ». Celui-ci est apparu à 17h15 à Canot, tendant le micro aux participant·e·s du cortège sauvage. Ce qu’il a également tenté avec le correspondant du « Ch’ni », qui n’a pas donné suite compte-tenu de l’opacité de l’opération et du passif de l’intéressé. Car, exhorté à se présenter, le « tiktokeur » refusera, puis se réclamera de la chaîne « M6 », avant de nier tout relent parfois problématique sur ses vidéos. Mais le même, sous couvert « d’humour », a bien produit du contenu misogyne, comme le 8 mars 2025, pour « la journée de la femme » [sic], avec des propos du genre « demain retour à la normale, j’me lève à 11h00, donc la bouffe sera prête à midi, et le ménage l’après-midi à fond ». Invité à expliciter ses positions lors de l’assemblée qui suivait, il préférera s’en aller.
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Anne Vignot en thaumaturge
En début d’après-midi, quelques centaines de personnes se sont retrouvées place de la Révolution pour maintenir la mobilisation. Une « sauvage », qui verra deux types de « chaperon·ne·s » s’y précipiter : un contingent important de forces de l’ordre, nassant le regroupement, ainsi que les politiques, très enclin·e·s à vouloir s’exposer en première ligne. À l’instar d’Anne Vignot, conseillère municipale « les Écologistes », qui s’est autoproclamée porte-parole et négociatrice en cheffe, multipliant les suppliques aux gradé·e·s afin de négocier une sortie sans répression en direction du Pont Battant. Une mise en scène filmée sous toutes les coutures par ses communicant·e·s, qui publieront aussitôt ce narratif sur « Facebook ». Ovationnée par certain·e·s, cette intromission est aussi sévèrement critiquée par d’autres.
Dès la concertation générale organisée le soir à l’UFR-SLHS Megevand, des voix se sont élevées pour dénoncer nommément Anne Vignot, Anthony Poulin et Cécile Prudhomme. En premier lieu sur le fond, par un détournement qui irrite, d’annonces en interviews aux relents volontiers interventionnistes, moralistes et paternalistes. Une réprobation entérinée à travers un communiqué de « Solidaires Étudiant·e·s », le syndicat soulignant que « le cordon social-démocrate qui s’est mis en place entre les manifestant·e·s et la police n’a servi qu’à faire leurs vidéos de communication, et silencier la colère légitime des manifestant·e·s lycéen·ne·s et étudiant·e·s. Nous dénonçons aussi cette tentative de récupération de la part des élus municipaux en manque de buzz, qui mettent les manifestant·e·s en danger en publiant des images non-floutées ».
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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Anne Vignot en négociation avec la police, afin de laisser passer le cortège de la place de la Révolution au pont Battant – Crédit : Nadwo.
