À Belfort, l’auteur du salut nazi serait loin d’être un inconnu

Le samedi 3 octobre, la « Poudrière » de Belfort accueillait deux groupes pour une scène 100% metal. Cependant, la bonne ambiance a rapidement été gâchée par un spectateur, qui, de saluts ouvertement nazis en propos antisémites, est également accusé d’attouchements sexuels, de menaces physiques ainsi que du port d’une arme blanche. Une main courante a été déposée par la direction de l’établissement, initiant l’ouverture d’une enquête. Alors que la presse locale et nationale s’est faite le relais de cet incident, l’identité du quarantenaire mis en cause n’a pas été communiquée. Or, selon nos informations, il s’agirait d’un certain Geoffrey Monnier. Un militant d’extrême droite féru de musique « NSBM », passé par le « Front Comtois », les « Werwolf Sequania » et le staff local de Dieudonné…
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La « Séquanie » comme étendard
Chez les journalistes du média « le Ch’ni » et nombre de sources, le nom de Geoffrey Monnier a immédiatement fait tilt. Car l’individu désigné est un vieux routard de l’extrême droite régionale, ayant été un militant particulièrement actif au sein du « Front comtois ». L’organisation identitaire avait toutefois disparu en 2011-2012, minée par les procès, dont le dernier voyait la condamnation de son président pour « provocation à la discrimination ». Entre-temps, l’intéressé est apparu auprès d’autres mouvances, comme les « Werwolf Sequania », un groupuscule néonazi et semi-clandestin revendiquant de nombreuses agressions politiques, ou s’affichait avec un tee-shirt floqué « Sédition Séquane », une association confidentielle servant de prête-nom pour administrer concerts ultranationalistes et boutiques en ligne dédiées à la gloire du IIIe Reich.

Une profusion loin de se limiter à une présence passive, Geoffrey Monnier s’étant par exemple fait tatouer, sur son épaule gauche, un « soleil noir », symbole mystique nazi par excellence. Entre les voyages en Scandinavie et au Canada, cet alsacien d’origine n’a jamais oublié ses terres d’adoption. Au survivalisme et à la confection de couteaux, il s’est rapidement investi sur les évènements produits par l’activiste antisémite Dieudonné. Il a ainsi assuré la promotion de son spectacle « Foxtrot » en 2012-2013, posant en train de coller des affiches en faisant une « quenelle ». Lors de la crise des « gilets jaunes », il apparaît encore, le 4 février 2019, à Paris, auprès du soralien Vincent Lapierre, exhibant un sweat « ferme-la ! ». Désormais investi dans un atelier de coutellerie, ses réseaux sociaux regorgent de publications liées aux lames sous toutes leurs formes.
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Geoffrey Monnier en 2012, tee-shirt « Werwolf Sequania – vaincre ou mourir » et tatouage « soleil noir » bien visible – Crédit : Capture d’écran Fafwatch Franche-Comté.

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Une adjointe de Ludovic Fagaut dans ses « ami·e·s »
Via son compte « Facebook » créé en mars 2024, on relève que Geoffrey Monnier n’a rien perdu de son écosystème partisan. Dans sa liste « d’ami·e·s », se succèdent des blases comme Thomas Joly, responsable de la formation pétainiste « Parti de la France », Daniel Conversano, chantre de la pureté de la race blanche, Paul-Arnaud Croissant, tête terrifortaine pour la liste « non aux minarets » en 2010, ainsi que diverses petites mains, comme Pascal L. dit Émile, ex-flic de la Gare-d’Eau connu pour ses saillies racistes, ou Alexis L., membre des « Vandal Besak » fan de « National-Socialist Black Metal » (NSBM). Un contingent de 496 personnes aux orientations resserrées, mais qui comprend également, de manière surprenante, une adjointe au maire de Besançon Ludovic Fagaut.

Il s’agit de Manon Monnier, déjà épinglée par « le Ch’ni » le 6 mars dernier. Contactée, elle assure qu’elle « ne connaî[t] absolument pas cette personne » et « n’est en aucun cas de ma famille et n’apparaît nulle part dans mon arbre généalogique. Toute tentative d’établir un lien entre nous serait factuellement erronée et malveillante ». Une dénégation qui va plus loin, la « Déléguée à l’Égalité & aux Droits des Femmes » jurant « [qu’]il ne fait en aucun cas partie de mes amis ; j’ignore s’il suit mon compte, mais il n’existe aucune relation, aucun lien ni aucune interaction de mon côté ». Une position réitérée, malgré la démonstration, captures d’écran horodatées à l’appui, que Geoffrey Monnier apparaissait bien, jusqu’au contradictoire, dans ce répertoire, avant de s’en volatiliser (lire notre boîte noire).
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Boîte noire
Nous avons préalablement tenté de joindre Geoffrey Monnier, afin de recueillir sa vision des choses quant aux accusations relatives à la soirée du 3 octobre 2026 à « la Poudrière » ainsi que sur la nature de son parcours politique. Malgré un message adressé à son compte « Facebook Messenger » hier à 15h14 puis un courrier électronique envoyé à l’adresse de son entreprise à 15h25, nous n’obtiendrons absolument aucune réaction de sa part. Par ailleurs, nous rappelons que le mis en cause, tant qu’il n’a pas été définitivement reconnu coupable par une instance judiciaire, bénéficie de la présomption d’innocence.

Concernant Manon Monnier, adjointe du maire Ludovic Fagaut, en charge de « l’Égalité » et des « Droits des Femmes », nous avons fait le choix de reproduire intégralement nos échanges ci-dessous, ses positions ne pouvant pas, à notre sens, être seulement résumées aux quelques citations reprises ci-avant. Si un désaccord lourd persiste sur son lien avec Geoffroy Monnier via « Facebook », elle a toutefois « condamn[é] avec la plus grande fermeté les idées ainsi que les agissements de cette personne ; mes idées et mes valeurs n’ont absolument rien à voir avec ce type de comportement et les agissements que vous décrivez »..

Échanges électroniques entre « le Ch’ni » et Manon Monnier, reproduits ci-dessous :

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Toufik-de-Planoise
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Illustration d’en-tête : Geoffrey Monnier, exhibant un sweat « ferme-la ! » en hommage à Dieudonné, auprès de Vincent Lapierre, exécutant une « quenelle », le 4 février 2019, à Paris, lors d’une manifestation des « gilets jaunes ». Cette photographie, comme toutes les prises ici publiées, ainsi que les éléments personnels autres que le nom des protagonistes, ont été floutés/caviardés par nos soins – Crédit : Archives.