À Besançon, une mobilisation « contre la vie chère » qui ne faiblit pas
Dans la capitale comtoise, « l’acte III » du « mouvement contre la vie chère » avait lieu ce samedi 31 octobre. Plusieurs milliers de personnes s’y sont à nouveau ralliées, défilant en-dehors d’un hyper-centre toujours cadenassé par les pouvoirs publics. Démonstration, s’il le fallait, que la détermination des protestataires reste intacte, malgré les semaines qui passent et les menaces de coercition. La rocade, érigée en cible du jour, ne sera finalement pas prise par les assaillant·e·s, refoulé·e·s par des escouades dépêchées en conséquence. Une démarche qui n’a cependant pas entraîné d’affrontements majeurs, l’essentiel des heurts se canalisant finalement en soirée via une poignée d’agents locaux surexcités. Avec le retour des lycéen·ne·s et étudiant·e·s dès demain, la crise pourrait reprendre de l’ampleur.
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« Bismillah c’est les ténèbres »
Près du monument aux morts de la Grande-Guerre, la foule était au rendez-vous. Beaucoup de jeunes, lycéen·ne·s, étudiant·e·s, vingtenaires, de chasubles, encore régulièrement réunies au rond-point de Chalezeule, mais aussi de formations et représentant·e·s politiques, comme l’ex-maire, Anne Vignot, qui avait envie de se rendre visible en hissant un drapeau « les Écologistes » à cette occasion. Sur « Facebook », celle-ci indiquera que « les chiffres déclarés sont tellement clairement sous évalués » et qu’à « Besançon nous étions deux fois plus nombreux que samedi dernier » (sic). Soit 8 à 20 000 participant·e·s, selon les calculs retenu·e·s par les un·e·s ou les autres. Via la même plateforme, le communiste Hasni Alem affirmera qu’il y a « près de 10 000 personnes mobilisées aujourd’hui ». Quant à la préfecture du Doubs, elle en concédera « 4 500 ».
Une chose est certaine, le pourrissement escompté par le gouvernement et les restrictions successives au local ne sont pas parvenues à engager un « essoufflement ». Bien au contraire, puisque la constitution de cortèges sauvages et populaires devient progressivement un acquis. « Le contexte est grave, il ne faut pas qu’on s’habitue à ce qu’il se passe. Aujourd’hui, on nous refuse de manifester dans la Boucle, si on accepte cela sans rien dire, demain ça sera toute la commune, après-demain la Franche-Comté ou le pays entier » peste un membre de « À Gauche Citoyens ». Une analyse partagée au-delà de la sociale-démocratie, des voix « sans-étiquettes » ou assumant une sensibilité « conservatrice » se retrouvant globalement dans les revendications exprimées contre le régime d’Emmanuel Macron, un système qualifié d’autoritaire, ou le pouvoir d’achat en berne.
Avec les fêtes d’Halloween, l’apparition de déguisements était aussi en vogue. Démons, sorcières, fantômes, mais aussi animaux tels qu’un homard et un requin, se retrouvant au milieu de pancartes alternant revendications, satire et art. « On peut poser des problèmes très sérieux de société avec finesse, légèreté, humour », explique un élève de Louis Pergaud. « L’ironie, c’est aussi un moteur fort. ‘Bismillah c’est les ténèbres’, il avait d’abord pour but de railler une police hors-sol. Face à cette phrase qui est aussi une forme de violence, on a préféré le rire à la colère ou à la désolation. Mais, désormais, c’est un cri de ralliement, qui a des fans de toutes générations, promettant des jours sombres aux autorités si elles n’écoutent pas nos revendications. Un leitmotiv qu’on reprendra certainement à la rentrée, ce lundi » développe une voix de « l’Union Syndicale Lycéenne ».
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Le 10 septembre 2025 dans le viseur
Après deux-trois discours, un bloc se dessine enfin pour prendre l’avenue de la Paix. Une voiture sérigraphiée se colle au plus près de l’ensemble, comme pour mieux diriger le tracé, refusé quelques heures plus tôt, en direction de la rue de Dole. Mais la masse s’en détache rapidement au niveau de la place Leclerc, pour arriver ensuite devant le stade Léo Lagrange. Les fenêtres se remplissent de riverain·e·s peu habitué·e·s à ce type de passage, les signes de soutien se multipliant, comme avec cette infirmière apparaissant avec sa blouse blanche et un énorme cœur dessiné sur une feuille A4. À ce moment-là, plus grand monde ne cache ses ambitions, l’objectif étant d’atteindre la rocade et ses 50 000 véhicules quotidiens. Une mission réussie le 10 septembre 2025, mais que les uniformes de la région veulent désormais à tout prix éviter.
Un jeu du chat et de la souris s’opère alors sur le campus de la Bouloie, où la confrontation se précipite brièvement. Si les sommations sont effectivement entendues, celles-ci s’avèrent balancées à la chaîne sans laisser le temps à la dispersion. Aux barrières et poubelles placées sur la chaussée, répondront alors les gaz lacrymogènes. Jusqu’en soirée, cette rixe sera l’exception. Car, sitôt après cette salve, le gros des troupes prendra le chemin de la vieille-ville. À Battant très exactement, entre la place Claude de Jouffroy d’Abbans et le parvis de l’église Sainte-Madeleine. Les gendarmes mobiles garderont fermement les ponts, tout en ne cédant pas à la facilité de réprimer les rares projectiles qui s’écraseront sur leur boucliers. Si bien que le rassemblement s’est mué en slogans antifascistes, en danses improvisées et en dispersion dès 19h00.
Seul un petit contingent se détachera sur Canot, installant une occupation plutôt calme des lieux. Mais l’initiative provoque la fureur des fonctionnaires du commissariat de la Gare d’Eau, un policier tentant d’imposer le fait d’aller « percuter » les importun·e·s, ainsi que le démontre une séquence virale captée par Emma Audrey. Une escalade dispensable, mais qui permettra deux interpellations s’ajoutant à six précédentes. Une double arrestation qui sera ensuite légalement justifiée, un agent ordonnant « eux, tu leur mets outrage et rébellion, ça ira bien ». Une scène qui se déroulera en présence des journalistes de « Média 25 » et de « le Ch’ni », non sans entraves, puisqu’un responsable exhortera à ces témoins gênant·e·s de « reculer » même au-delà des distances de sécurité puis s’amusera à brouiller les captations photos/vidéos avec une lampe torche.
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La stratégie syndicale ouvertement critiquée
Pour la troisième semaine consécutive, l’appel à la convergence était lancé à 14h00 place de la Révolution. Mais cette fois, l’intersyndicale « CGT »/« FO »/« FSU »/« Solidaires » avec le soutien de « l’USL » et de la « Ligue des Droits de l’Homme » voulait être à la manœuvre, déposant un parcours officiel assuré d’être validé car « n’imaginant pas qu’il puisse en être autrement de la part des autorités ». Lequel était cependant à nouveau prohibé la veille par un arrêté préfectoral verrouillant toute la Boucle, motivant encore un recours devant le tribunal administratif rejeté le matin-même, puis l’annonce d’une alternative en urgence toujours aux Glacis. Un ping-pong qui commence à agacer nombre de participant·e·s, des interlocutrices/interlocuteurs y voyant « un spectacle », « une dépossession » et une « inertie » jugée « préjudiciable au mouvement ».
« Il va en falloir combien comme ça, pour comprendre que le pouvoir ne veut pas négocier ? Je ne reproche à personne d’essayer, mais de ne plus voir qu’à travers ces tentatives qui virent au train-train scénarisé. Que les structures passent par des canaux réguliers et que les référés suivent, pas de soucis. Mais on pourrait éviter de tout miser là-dessus sachant le faible espoir de réussite, histoire qu’on apprenne pas par la radio passé midi que c’est mort. Ça a été mon cas, alors qu’adhérant à une des ces structures. Pour foutre le bordel et tuer l’énergie, il n’y a rien de mieux. Verbalisons d’emblée une option sur Battant, comme ça, si par miracle, les juges cassent l’interdiction, on avise sur place en position de force, sinon, bah ça ne nous empêche pas de garder la dynamique et de nous organiser, plutôt que de seulement être dans l’attente d’une bonne nouvelle qui n’arrive jamais » tranche un encarté.
Carence toute aussi palpable, le choix de concentrer les procédures sur la manifestation. Car les dispositions édictées sont loin de se limiter aux « regroupements, cortèges et rassemblements » dans un périmètre défini, s’agissant également de permettre des contrôles routiers et ferroviaires préventifs, de capter des images par drone, ou de réprimer le port « [d’]équipements de protection individuelle » comme les « casques, masques, lunettes » sans « motif légitime ». « À ma connaissance, les contestations n’ont porté que sur le trajet. C’est déjà bien, mais quitte à mettre des moyens chaque semaine, pourquoi ne pas récuser des éléments tout autant scandaleux ? Samedi dernier, des gens ont été arrêtés et poursuivis car ielles avaient du matériel de premiers secours sur elleux… Je pense que ça, ça aurait mérité d’être posé » s’interroge notamment un « street-medic ».
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Musée, cinéma, transports… Besançon toujours à l’arrêt
Rituel hérité du 24 octobre, quelques commerces ont gardé leurs renforcements afin de pallier toute éventuelle casse. Une pharmacie rue des Granges, un magasin de vêtement Grande-Rue, un artisan-glacier rue Luc Breton… Si la plupart des badaud·e·s y voient une précaution nécessaire, certain·e·s brocardent un zèle qui concourt à l’anxiété ambiante. Un catastrophisme au summum chez « Military Look » rue Battant, l’enseigne ayant une énième fois sollicité les cercles d’extrême droite pour sa protection. Une information révélée par « le Ch’ni », introuvable, évidemment, dans la communication orchestrée par « l’Est Républicain » – propriété du « Crédit Mutuel ». Pas de machette visible cette fois, mais des gazeuses, sur la voie publique, ainsi que des menaces de mort, adressées à un jeune « Tiktokeur » racisé, qui a eu le tort de passer par là.
Mais la morosité ne se borne pas aux négoces, puisque bien des institutions ont aussi affiché porte close. Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie qui ferme dès midi, le cinéma Victor-Hugo qui s’astreint aux deux premières séance du matin, la maison de quartier Battant qui reporte ses célébrations, une liste s’ajoutant à la bibliothèque municipale ou aux lieux de culte dont nous avions constaté l’interruption des activités la semaine passée. Dans cette catégorie, la palme revient toutefois à « Ginko ». La société, détentrice de la « délégation de service public » censée assurer les transports en commun de la métropole a décidé, brutalement, de suspendre l’ensemble de sa desserte, dès le début d’après-midi. Sans en avoir préalablement averti les usagers/usagères, les seules perturbations médiatisées ne concernant que la ligne « citadelle ».
Exemple à partir de 13h00 sur la station « Île-de-France » pour le centre-ville, le minuteur des trams défilant normalement sans que plus une rame ne prenne quiconque. Un retrait ensuite confirmé par la régie jointe au téléphone, qui jurera cependant que tout a bien été communiqué. Pour les dizaines de personnes découvrant la situation en temps réel et laissées sur le carreau, difficile à avaler. Les plus opiniâtres se reporteront sur le bus numéro quatre direction Orchamps, laissant ses hôtes à l’intersection des rues du Polygone et de Dole. Une paralysie qui se poursuivra toute la journée, alors que le défilé ne bloquera le trafic que de manière parcellaire. Et si plus aucun trouble n’était relevé où que ce soit passé 20h00, les navettes pour Planoise ne seront pas rétablies avant le lendemain, au motif d’une « manifestation » martelée sur internet jusqu’à 02h00…
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Toufik-de-Planoise (rédaction), avec l’apport de Nadwo, AL, Racoon, Marius
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Illustration d’en-tête : Aperçu du cortège, au niveau de la rue Voirin – Crédit : Toufik-de-Planoise.






