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Hier soir dans le centre-ville, c’est une marée humaine qui a déferlé pour protester contre l’arrivée de l’extrême-droite aux portes du pouvoir. Une montée brune d’autant plus conséquente, que la cité de Proudhon avait elle aussi placé le « Rassemblement National » en tête d’une élection pour la première fois de son histoire. Alors qu’une dissolution de l’assemblée a entrainé la convocation de législatives anticipées le 30 juin prochain, la demande d’une union des gauches était dans toutes les bouches. Une mission également opérée au niveau local où une coordination se dessine, la mobilisation pouvant s’ancrer dans les semaines à venir.

Porcherie au hit parade
Pour les nombreuses organisations représentées hier soir, ce sursaut unitaire s’imposait comme une évidence. Mais c’est à travers divers collectifs antifascistes et syndicats étudiants qu’il a d’abord émergé via les réseaux sociaux, après une tentative plus modeste samedi dernier. « Il était important que cette date continue d’être issue de la base militante et non des seuls appareils, afin d’obliger ces derniers à réellement écouter nos revendications. Que toutes les nuances en place comprennent qu’il y a une exigence de ralliement large et franc, au risque de provoquer une colère encore plus grande en cas d’échec » indiquait par exemple un adhérent de Génération.s.

Entre 1 000 et 1 500 participant-e-s se sont ainsi retrouvé-e-s place Louis Pasteur, avec, au cœur, les états-majors PS, EÉLV, PCF et LFI, submergés par les masses dont une part considérable de jeunes iconoclastes et déterminé-e-s. Beaucoup n’ont d’ailleurs pas connu le précédent de 2002, à l’instar d’un lycéen de C.N. Ledoux : « Les héritiers de Pétain sont près de revenir, je comprend que ce n’est pas toujours simple mais on se doit de faire front commun pour l’éviter. Cette construction elle commence ici, dans une entente des urnes et de la rue ; le premier plan permet de structurer et organiser un projet, le second de maintenir un droit de regard populaire afin de garder le cap ».

S’agissant d’un mouvement spontané réagissant à un évènement d’actualité, la date du jour n’était pas déclarée ni signée. Ce qui n’a pas empêché une foule immense de partir en cortège, arpentant le bitume pendant près de trois heures. « Besac’, Besac’, antifa ! », « à bas, l’État, les flics et les fachos », ou encore « la jeunesse emmerde, le Front National » étant les slogans les plus repris. La soirée s’est terminée en comité réduit sur Préfecture, secteur transformé en camp retranché… Y observant graffitis, brasiers et affrontements, ainsi que trois interpellations. Une effervescence ardente, renouant avec les embrasements relatifs à la réforme des retraites.

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« À nous de défendre nos valeurs, pour qu’elles vivent ! »
Reste que le soulèvement pourrait se poursuivre, la perspective d’une ville où les listes nationalistes emportent le quart des bulletins n’en finissant pas de susciter colère et révolte. « Dans mon entourage et ma famille, on prend enfin conscience de la menace. La majorité d’entre nous s’est jusqu’ici reposée sur quelques bonnes volontés, mais aujourd’hui il nous faut toutes et tous entrer en résistance pour balayer les réactionnaires » indique un trentenaire apartisan. Dans le sillage de cette analyse, les annonces émanant de la société civile abondent : des cinéphiles du Club Lumière à la référence musicale et culturelle du Bastion, les apports se succèdent.

« Pour y arriver, l’indignation ne peut qu’être portée par toute la population. Dans nos entreprises, nos bars, nos immeubles, les citoyen-ne-s sensibles à ces questions se doivent d’agir. En tolérant une parole raciste, une affiche xénophobe, une discrimination, la haine et la violence se normalisent au quotidien, jusque dans les médias et au sein des institutions. Si on souhaite préserver nos enfants d’un tel avenir, c’est maintenant que ça se joue. Il ne s’agit pas de taper dans le spectaculaire, mais de tenir la ligne au mieux. Notre métropole est ouverte, plurielle et cosmopolite, à nous de défendre nos valeurs pour qu’elles vivent ! » abonde un responsable associatif.

Alors que d’autres mobilisations sont envisagées dans les prochains jours, les principales formations politiques nationales ont successivement confirmé la mise en place d’un accord. Un ouf de soulagement à gauche, qui souffle aussi dans la capitale comtoise. Une réunion doit ainsi se tenir ce jour, afin de discuter collectivement des suites concrètes. « Il y a un puissant élan qui vient de surgir, il ne va pas se tarir de si tôt. C’est un nouveau front populaire qui émerge, avec l’ensemble de ses dimensions sociales et électorales. L’objectif est ainsi de coordonner tout cela, afin de traverser la société comme une lame de fond jusqu’à la victoire » s’enthousiasme un cadre insoumis.