À la manif du 1er mai, 3 000 participant·e·s sur Besançon

Si 2024 et 2025 tournaient autour de 2 000 protestataires, la « désacralisation » du 1er mai récemment annoncée par l’exécutif a, semble-t-il, permis un réel regain de mobilisation. Car jusqu’à 3 500 personnes ont été comptabilisées cette année selon les estimations internes, une donnée qui corrobore nos observations pronostiquant une hausse notable de la fréquentation. Entre le retour d’un « cortège de tête » et le déploiement conséquent de renforts sécuritaires au niveau de la Préfecture, c’est finalement une colère froide qui s’est abattue de l’esplanade des Droits Humains à la place de la Révolution. Avant que la journée ne se poursuive autour de repas et d’animations, sur les sites de Granvelle et Battant.

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Un cortège de tête déterminé
À l’avant du défilé, plusieurs centaines de participant·e·s se sont détaché·e·s des organisations formelles pour constituer un « bloc » spécifique. Libertaires, autonomes, anarchosyndicalistes, antifas, intermittent·e·s du spectacle, mais aussi étudiant·e·s et lycéen·ne·s, entendaient ainsi donner une visibilité particulière à leurs revendications. Si la plupart assument pleinement leurs diverses adhésions parallèles, cette profusion de banderoles, pancartes et slogans avait donc pour objectif d’offrir une tonalité plus combattive et colorée que les traditionnelles chasubles. « On cherche davantage à affirmer une voix alternative qu’à rompre ou concurrencer les tauliers, même si on a parfois des divergences profondes » explique un manifestant pavoisant pavillon noir.

Entre l’inscription « plus de Saint-Denis – moins de Ciotti » ou le désormais incontournable « ACAB », front contre l’extrême droite, réhabilitation de la lutte des classes et antiétatisme ardent sont ici légion. « Alors que le monde plonge dans la réaction, la sociale-démocratie tente de proposer une voie qu’elle vend comme raisonnable. C’est un compromis sinon une compromission, qui nous a menés là où nous sommes. Je crois qu’il faut revenir aux bases, élargir la perspective en actant qu’il est nécessaire de briser la société actuelle pour la débarrasser de tout ce qui nous pourrit la vie. Le dire ainsi, ça peut faire abstrait ou intello, mais face à une aseptisation généralisée, c’est important d’avoir des espaces où il est possible de le clamer haut et fort » explique une aide à domicile bientôt à la retraite.
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Aperçu général du cortège, rue Charles Nodier.

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« Nos ancien·ne·s se sont battus pour ça ! »
S’il est vrai que le mot « révolution » est désormais plus rare chez les « partenaires sociaux », la fronde n’en est pas moins souvent tenace quand il s’agit de rogner sur les acquis comme le 1er mai. Le gouvernement souhaite en effet autoriser certains secteurs à commercer durant cette date jusqu’alors totalement chômée, selon lui sur la base du volontariat et avec une rémunération augmentée en conséquence. Un horizon que ne partage pas José Avilès, secrétaire de la « CGT » du Doubs : « Cette histoire, c’est la même que les ouvertures le dimanche ; au début on parle des artisan·e·s, puis la grande distribution s’engouffre. Une fois que les choses sont installées, les embauches et planifications sont conditionnées au consentement des salarié·e·s ».

Une analyse recoupée par Frédéric Vuillaume, militant au gilet jaune qui a fait dernièrement trembler les instances de « Force Ouvrière » : « On le criait déjà en 2023 avec la réforme des retraites, nos ancien·ne·s se sont battu·e·s pour ça ! Toucher à la journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs ce n’est pas qu’un symbole, c’est la suite logique d’une destruction méthodique des rares marqueurs qu’ils nous reste encore. Même si une suspension de cette mesure a été consentie, on sait que le pouvoir ne s’arrêtera pas ; c’est alors à la population de se soulever, afin que les choses bougent. Sur ce sujet bien sûr, mais aussi tous les autres ; en premier lieu le pouvoir d’achat, alors que les prix à la pompe et en caisse sont chaque jour plus insupportables ».
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Au niveau de la Préfecture, d’importants moyens policiers avaient été prévus.

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Les questions internationales ancrées dans les esprits
Étendards du Kurdistan, critiques du président états-unien Donald Trump, références pacifistes, démontraient également une réelle perception des enjeux internationaux chez les comtois·e·s engagé·e·s ce jour. Ce qui n’a pas non plus échappé à la section locale de « l’Association France-Palestine Solidarité », plus en amont mais très visible avec ses drapeaux. « Alors que la situation à Gaza comme en Cisjordanie reste dramatique, il était important que ces réalités soient évoquées aujourd’hui. Ce rendez-vous c’est la défense des libertés fondamentales de chaque citoyen·ne, où qu’ielle se trouve. Le génocide, la colonisation, l’apartheid, tout ça se conjugue encore au présent, le plus souvent avec le concours ou la passivité de nos élites » explique par exemple une membre.

À l’arrivée devant le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, des discours se sont improvisés au fil de la dispersion. Le gros des troupes fond néanmoins rapidement sur les villages proposés, avec repas et animations. Le premier, promenade Granvelle, institué par la « CGT » et ses partenaires, incluant expositions et concerts ; le second, le long de la place Marulaz, initié par le milieu anarchiste, avec cuisine à prix libre et végé/végane. À chaque fois, la file d’attente semble interminable, tant la demande est forte ; mais, derrière, découvertes, échanges, partages, achèvent de convaincre les plus farouches. « Les mouvements sociaux, ce n’est pas que le pavé ; ces moments, ils sont au moins aussi déterminants pour forger une conscience et un réseau politique » tranche un convive.

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Illustration d’en-tête : Aperçu du cortège, rue de la Préfecture. Au premier plan, deux pancartes proclament : « ni patrie – ni patron » et « Jean Ferrat fume Quentin dans l’au-delà ».