La « Brigata Vesontio » fête ses cinq ans
Oui, la capitale comtoise est une terre de football. Si le « FC Sochaux-Montbéliard » reste la principale tête de gondole régionale, le « Racing Besançon » compte aussi, depuis 1904, ses histoires, succès et déconvenues. Mais également ses troupes de supporteurs/supportrices, à l’instar des « Aigles Rouges », depuis 2009 et, plus récemment, de la « Brigata Vesontio », née en 2021. Une formation qui se veut jeune et familiale, tout en assumant sa ligne clairement « ultra ». Ce 9 mai, celle-ci fêtait ses cinq années d’existence. En tribune, bien sûr. Avec, pour l’occasion, une ambiance décuplée. « Le Ch’ni » était de la partie.
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Besançon/Thonon-Évian, c’était l’affiche du week-end au stade Léo Lagrange. Un match de cinquième division, mais non sans enjeux, puisqu’une victoire à domicile aurait permis d’envisager une montée du « Racing ». Malheureusement celui-ci s’inclinera, avec un unique but encaissé en début de jeu. Mais pas de quoi entamer la bonne humeur et la détermination des membres de la « Brigata Vesontio », venu·e·s en nombre dans la tribune sud. « Sur la quinzaine de dates annuelles où nous sommes présent·e·s, on est un noyau dur d’environ vingt à trente personnes. Avec notre anniversaire, il y a un peu plus de monde » nous explique un historique.
Beaucoup d’hommes entre vingt et trente-cinq ans bien sûr, mais aussi des femmes, des enfants, des habitant·e·s de quartiers. « On revendique d’être un groupe dynamique, reprenant les codes habituels : tambours, mégaphones, slogans, drapeaux, banderoles, fumigènes… Toutefois, il ne faudrait pas nous résumer qu’en une assemblée viriliste et primaire. C’est vrai que certains profils sont très visibles et que notre ADN est le soutien inconditionnel à Besançon, mais ça n’empêche pas de s’ouvrir. Ici, vous retrouvez toutes les classes sociales, origines, orientations. Avec ou sans bière, dans une ambiance chaude et conviviale, derrière notre équipe » poursuit-il.
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En tête, un étendard proclame en effet « un jour on a décidé de tous se rassembler ». Une réalisation maison, comme presque tout ce qui compose la « BV » : « On est d’abord une association, avec ce que ça sous-entend comme moyens parfois modestes. On ne tourne qu’avec les adhésions, les dons, le bénévolat. Ce soir on a mis les petits plats dans les grands, donc il y a une buvette, une tombola, un DJ-set. Ça nous aide à récolter quelques sous pour du matériel, lors de déplacements en France, ou en soutien à un·e collègues en difficulté. Il y a une certaine fierté à cela, avec trois bouts de ficelle, on peut quand même engager des choses » ajoute un fondateur.
Entre les dérapages racistes observés ailleurs et la répression étatique récurrente, une identité singulière s’est forgée. Sur des bases sociales indéniables, mais aussi politiques ? « On ne veut pas être assignables à une chapelle précise, c’est pourquoi on ne dira pas d’emblée que nous sommes lié·e·s à telle ou telle mouvance ou idéologie. Mais il est clair qu’ici on défend des principes de respect, de tolérance, de cosmopolitisme. Autant que de libertés, alors que les interdictions se multiplient. En cela, nous avons des convergences avec les milieux autonomes et le monde de la teuf. Cet espace est une bouffée d’oxygène pour nous, on se battra pour le garder ! »
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Les relations avec les pouvoirs publics et adversaires sportifs sont donc généralement courtois, même si la vigilance est de mise. « En avril, on a vu les mesures exceptionnelles prises pour Sochaux-Dijon. Alors ici et pour l’instant, on est loin de ce tumulte. Mais ne soyons pas non plus naifs/naïves, d’ici à ce que de telles restrictions s’appliquent de façon globale, il n’y a qu’un pas. Même dans notre petite ville, ça peut arriver demain. Là-dessus on se retrouve avec pas mal de clubs concurrents, avec eux ça se passe très bien. Ce samedi, il y a des gens de Chalon-sur-Saône, avec qui on boit des coups. Loin des descentes et des bandes, on est avant tout des passionné·e·s ».
Pas d’étiquette ni d’embrouilles, mais des valeurs palpables. Le 22 novembre dernier par exemple, ielles participaient en bloc à la « journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des minorités de genre », en mémoire de Laure Zygmaniak, leur camarade abattue par son ex-compagnon. Unanimement, toutes et tous ne voulaient pas se contenter d’un hommage dans les arènes. « Les gradins, c’est notre base. Mais cette cause, elle nécessitait qu’on porte le message jusque dans la rue. Ce n’est pas forcément notre rôle initial d’être en manif, mais, si besoin, il ne faut plus hésiter à s’affirmer quand des combats vitaux se rejoignent ».
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Illustration d’en-tête : Aperçu de la tribune sud et du stade Léo Lagrange, lors du match Besançon/Thonon.
