À Besançon, un ras-de-marée arc-en-ciel pour la « marche militante contre les discriminations LGBTQIA+ »

Hier dans la capitale comtoise, pas de « fiertés » ou de « pride » mais une « marche militante contre les discriminations LGBTQIA+ ». Cette nuance, les membres du « collectif 17 mai » y tiennent. « On le répètera, cette date a pour base les émeutes de Stonewall. Ce n’était pas une boom bien rangée, il y avait des engagements, des enjeux et des risques importants. Aujourd’hui, l’aspect festif a beaucoup pris le relais. Pour autant, on ne doit jamais plus reléguer nos revendications, qui demeurent clairement politiques » nous explique-t-on. Une orientation partagée par les référent·e·s invité·e·s, de Belfort à Vesoul en passant par Arbois. Si les problématiques de la ruralité sont ainsi visibles, les craintes quant à la nouvelle majorité menée par Ludovic Fagaut ont été largement abordées. Mais pour toustes, le constat est évident : « quoi qu’il arrive, pas question de céder ».
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Un scrutin municipal qui change la donne
Depuis le retrait de l’association « le Cercle », une nouvelle équipe-pilote s’est donc formée à Besançon. Davantage affirmée, unitaire et intersectionnelle, ainsi que l’exposait un texte diffusé le 8 mai dernier. Avec environ 2 500 participant·e·s dont beaucoup de jeunes, la réussite a été une nouvelle fois au rendez-vous. À l’instar du 1er mai, faut-il y voir une forme « d’insurrection » face aux contextes locaux et généraux chaque jour plus austères ? « Je pense qu’il y a plus de monde car cette manifestation s’inscrit concrètement dans les cercles militants, les calendriers et les esprits. Il faut aussi dire que ça tient souvent à pas grand chose, la météo étant un aléa primordial. Mais oui, dans nombre de discussions, le sujet revenait forcément. On a désormais une majorité de droite dure, dont la principale tête a proclamé son opposition frontale au mariage pour tous » nous explique un adhérant de « Lier nos existences Queer ».

Un édile qui fut d’ailleurs copieusement hué, lorsque son nom fut évoqué sur scène au parc Chamars. L’intéressé, pourtant, en plus de s’être fait représenter par les adjoint·e·s Myriam Lemercier et Didier Gendraud venu·e·s sur place, s’est surtout fendu d’une publication sur ses réseaux sociaux, rappelant que « aucune personne ne devrait subir de discrimination, d’insultes ou de mise à l’écart en raison de son orientation sexuelle ou de son identité » et que « la Ville de Besançon a maintenu le même niveau de moyens pour l’organisation de l’événement que lors des années précédentes ». Une série de gages culminant avec la levée de quelques étendards officiels, aux couleurs du jour, notamment au pont Robert Schwint, acte symbolique qui provoquera l’ire de son partenaire Jean-Phillipe Allenbach, intarissable quant à ce drapeau qu’il dépeint comme « identitaire », « communautariste », « woke » et qui « divise la population ».
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« Nos baisers sont des révolutions », banderole placardée le long du parcours par des riverain·e·s au niveau de la Grande-Rue.

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« Poursuivre, quelles que soient les conditions »
« Ce type ne pèse rien, heureusement. Mais ses discours ont le mérite d’illustrer pourquoi il est encore utile de se mobiliser, en 2026. Car loin d’êtres isolés, de tels propos continuent à se diffuser, à rendre normal l’inacceptable et à légitimer rejet, répression et violences. C’est aussi un marqueur des ambigüités qu’on retrouve dans le camp conservateur, tiraillé entre un électorat bien réactionnaire et la volonté de ne pas se mettre la société civile à dos. La seule interrogation finalement, ça sera de savoir combien de temps ce petit numéro d’équilibriste pourra durer. Car si le vent rétrograde continue de souffler, nul doute que les gentilles attentions affichées par Monsieur le Maire cesseront a minima. C’est pour ça, que ce soit sur le 17 mai, le projet de centre LGBT+, ou toute autre initiative, on se doit de prendre ce qu’on peut, mais veiller, plus que jamais, à ouvrir des alternatives pour ne dépendre de personne » analyse ainsi une historique.

Une trame de fond palpable jusque dans le cortège, sans entacher la bonne humeur ambiante ni le succès de cette journée. Pique-nique collectif, chars animés, prises de parole, banderoles colorées, village associatif, marché de créateurices, défilé non-genré, spectacles de danse, drags shows et autres concerts, s’enchainant de 13h00 à 23h00. Jusqu’à la prochaine, espèrent les différent·e·s protagonistes. Reste une démonstration que riverain·e·s, commerçant·e·s et gens de passages semblent avoir majoritairement apprécié ; bien des habitant·e·s, à leurs fenêtres, témoignant de leur solidarité, par des gestes, des pancartes, des lancers de confettis. « Est-ce qu’à la première édition, nous aurions pu imaginer cet accueil ? Même maintenant, on anticipe de potentielles réactions agressives. Mais ça montre une chose, que rien n’est immuable. Ce qui donne d’autant plus de force pour poursuivre, quelles que soient les conditions ».
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« Le Ch’ni » consacrera son prochain photoreportage du mois à cette « marche militante contre les discriminations LGBTQIA+ », le lundi 1er juin 2026.

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Illustration d’en-tête : Aperçu du cortège rue des Granges, depuis la place Victor-Hugo.